Sénégal : La répression anti-LGBTQ entrave la lutte contre le VIH
Au Sénégal, les arrestations et la nouvelle loi anti-LGBTQ font chuter la fréquentation des centres de soins de 25%. Un risque majeur pour la lutte contre le VIH.

Alors que le Sénégal fait face à une recrudescence inquiétante des cas de VIH, une vague de répression sans précédent contre les minorités sexuelles paralyse le système de santé. Entre durcissement législatif et arrestations arbitraires, la peur de la prison pousse désormais des milliers de patients à abandonner leur traitement. Enquête sur un virage sécuritaire qui, en stigmatisant une partie de la population, menace de déclencher une crise sanitaire majeure à l’échelle nationale.
Sénégal : La lutte contre le VIH menacée par une vague d’arrestations anti-LGBTQ
Lutte contre le VIH – Un durcissement législatif et une série d’arrestations visant les communautés LGBTQ au Sénégal provoquent une désertion massive des centres de soins. Entre peur des représailles et rupture de traitement, les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme sur un risque de rebond épidémique.
Par la Rédaction | Publié le 29 avril 2026
Au Sénégal, la lutte contre le VIH vacille. Alors que le pays est l’un des quatre seuls d’Afrique de l’Ouest et Centrale à enregistrer une hausse des nouvelles infections selon l’ONUSIDA, une offensive sécuritaire et législative sans précédent contre les minorités sexuelles éloigne les patients des structures de santé.
Un climat de terreur
Le mois dernier, le Sénégal a franchi un cap répressif en doublant la peine maximale pour les actes homosexuels, désormais passible de 10 ans de prison, assortie d’amendes pouvant atteindre 10 millions de francs CFA (environ 15 000 euros). Depuis février, au moins 86 personnes ont été interpellées dans le cadre de cette répression, selon des militants des droits de l’homme.
Ces arrestations, parfois accompagnées de la divulgation des noms et du statut sérologique des prévenus dans certains médias locaux, créent un climat de paranoïa. « Je n’ose plus sortir de chez moi. Je vis barricadé », confie sous anonymat un agent de santé communautaire à Dakar. « Les gens ont peur de garder leurs médicaments avec eux. Certains préfèrent arrêter leur traitement plutôt que d’être identifiés comme homosexuels. »
Une chute brutale de la fréquentation des centres
Les données du Conseil National de Lutte contre le Sida (CNLS), consultées par Reuters, confirment l’impact dévastateur de cette politique. Une enquête menée auprès de 22 centres de traitement fin février révèle une baisse de plus de 25 % des visites en un seul mois, passant de 2 425 patients en janvier à 1 803 en février.
Des entretiens de suivi menés auprès d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) — une population où la prévalence du VIH atteint 27,6 % contre 0,3 % au niveau national — montrent que la crainte d’être dénoncé ou agressé est le principal frein à la continuité des soins.
« Nous craignons que cette vague d’arrestations n’ait des répercussions durables sur notre travail », admet le Dr Safiatou Thiam, directrice exécutive du CNLS et ancienne ministre de la Santé. Bien que la nouvelle loi stipule que les activités des organisations de santé ne sont pas illégales, la réalité du terrain est tout autre. L’Alliance Nationale de Lutte contre le Sida (ANCS) a déjà suspendu certaines interventions auprès des groupes les plus exposés, citant un « environnement de travail difficile ».
Un risque de santé publique majeur
Pour les experts, le danger est mathématique : l’arrêt des traitements antirétroviraux augmente la charge virale des patients, rendant le virus bien plus transmissible. « La criminalisation détourne les populations des services de santé », rappelle l’ONUSIDA, rejoignant les avertissements de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur la résurgence d’épidémies au sein des populations marginalisées.
Alors que certains fuient vers les pays voisins comme la Mauritanie, la Gambie ou la Côte d’Ivoire, ceux qui restent au Sénégal s’enfoncent dans la clandestinité. Pour les acteurs de santé, le défi est désormais de rétablir un lien de confiance rompu par la peur de la prison, au risque de voir des années de progrès sanitaire s’évaporer.



