IRA à la recherche de son ‘’passif humanitaire’’. / Ely Ould Sneiba

IRA à la recherche de son ‘’passif humanitaire’’. / Ely Ould Sneiba

En août 2009, le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi est renversé par les militaires. Son camp s’organise, prend le nom de Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) et place deux figures politiques d’envergure nationale à sa tête : le président de l’Assemblée Nationale sortant, Massaoud Ould Boulkheir et le ministre secrétaire général de la présidence sortant, Beidiel Ould Houmeid.

La Haut Conseil d’État, le comité militaire désormais aux commandes du pays est gêné par l’agressivité du FNDD et le charisme débordant de ses deux dirigeants harratines.

C’est alors que les services secrets décident d’inventer un conflit de générations entre la vieille garde et la jeune garde harratine. Le général Mohamed Ould El hadi, directeur de la Sureté Nationale, invite à dîner, tour à tour, Ahmed Ould Khattry, directeur de la PROCAPEC (une institution de microfinance) et Birame Ould Dah, greffier de son état.

À Ould Khattry, le général El Hadi, propose de combattre, avec son appui, Boidiel au Trarza. Ahmed s’excuse, car il n’a pas de prédilection pour la question harratine, surtout qu’il a réussi sa carrière sans y recourir. À Birame, il demande de contrer Messaoud, il accepte et un deal est conclu. Birame recevra tout le soutien politique et financier nécessaire pour mener à bien sa mission.

Dans ce cadre, les sites électroniques, principalement ceux des islamistes (composante du FNDD) vont jouer le rôle médiatique nécessaire à la promotion du jeune leader à la recherche du sensationnel pour la notoriété publique.

Le discours de Birame sera violent, raciste et particulièrement haineux envers les Maures et aucune bombe verbale incendiaire n’est épargnée. Mission accomplie avec succès. Les commanditaires sont contents : les Maures Mohamed Ould Abd El Aziz, chef de l’État, et Mohamed Ould El Hadi, directeur de la Sureté Nationale.

‘’Le couteau suisse’’ sera encore mis à contribution. Face au boycott de l’opposition, Birame sera présenté et financé par le pouvoir pour briguer la magistrature suprême. À l’élection présidentielle de 2014, il sera gratifié d’un score de 9 %, truqué.

Mais les services secrets sont quelquefois ingrats. Ils leur arrivent d’utiliser des « honorables correspondants » puis les laissent tomber une fois usés.

Birame trahi va se venger contre « le système beïdane ».

C’est toujours en voulant calmer ses opposants que le président Aziz se crée de nouvelles difficultés, parfois inextricables à l’échelle nationale. Il a financé IRA pour gêner le président Messaoud, cette arme lui sera retirée et récupérée par les Nationalistes négro-mauritaniens qu’ils vont pointer contre la communauté nationale, lui intimant l’ordre de lever les mains et se rendre, se rendre à leur conception raciale de la Mauritanie : un État, deux races constituées. En outre, le président Aziz a développé durant son règne un discours populiste axé sur les disparités entre riches et pauvres : un îlot d’opulence cerné par un océan de misère. La collusion entre IRA et les FLAM est due à son attitude vexatoire à l’égard de ses opposants. C’est bien lui qui a fait venir les ethnicistes poulo-toucouleurs de leur exil en Europe et aux États-Unis avec la promesse d’ouvrir avec leur mouvement une nouvelle page d’entente et d’insertion dans la vie politique.
Les FLAM avaient déjà connu « une scission historique avec, d’un côté, les FLAM/Rénovateur qui avaient décidé de saisir l’opportunité de la transition pour rentrer au pays et se positionner sur le nouvel échiquier politique, et de l’autre, l’aile dure du parti qui estimait que les conditions n’étaient pas encore réunies » et était restée à l’étranger. La perche tendue par Aziz va leur coûter un autre éclatement. Une partie des flamistes était restée en exile et une autre, conduite par la direction du mouvement avait décidé de légaliser son action et de la mener sur le territoire national, c’est-à-dire dissoudre le Mouvement et le transformer en parti politique : les Forces Progressistes du Changement (FPC).
Au bout du compte, les FCP ne seront pas reconnues par les autorités nationales.
C’est dans ces conditions que les ex-FLAM feront d’IRA, leur « bras armé » comme l’IRA est celui du Sinn Fein.

Birame, l’anti-héros :

Les FLAM déçues adoptent, sans le revendiquer, le leader d’IRA et mettent à sa disposition leur agenda raciste, leur mode opératoire, leurs carnets d’adresses en Europe et aux États-Unis, notamment avec le lobby sioniste, leurs sources de financements et leurs relations avec la presse française et sénégalaise.
Et comme baptême du feu, le Mahatma Gandhi, l’homme « rebelle à la force tranquille », est revisité et un de ses actes sera cloné : quand en réaction à la loi « Black Act », il brûla le livret d’enregistrement colonial et invita ses compatriotes à faire de même. « Le film de Richard Attenborough titré Gandhi, sorti en 1982, a immortalisé l’autodafé de ces documents, un geste de désobéissance civile déclencheur de la lutte anticoloniale »
Pour sa part, Birame a détruit par le feu, devant les caméras et au vu et au su de tous, les livres de droit malékite accusés de consacrer l’esclavage ; une pure provocation heurtant les consciences et froissant les gens dans leur foi, dans le but de choquer par le sacrilège.
Cette violence avait offensé les esprits tranquilles parce qu’elle avait rappelé l’autodafé et les tribunaux d’inquisition, une période d’intolérance et de fanatisme dont avait beaucoup souffert l’Europe avant l’époque des lumières.
Cependant, l’analogie s’arrête là. ‘’La Grande âme’’ était non-violente. Elle n’avait jamais insulté les Britanniques et n’avait jamais incité à leur haine alors que le leader d’IRA a fait de la haine des Beïdanes ses choux gras.
C’est une contradiction flagrante, la violence verbale, prélude en général de la violence physique, conjuguée à la haine raciale, ne peuvent relever du registre des droits humains dont se réclame le leader d’IRA.
Birame se compare également à Mandela, le héros de l’émancipation des Noirs sud-africains et de la chute de l’apartheid !
Mandela était un homme politique conscient et modéré, la haine raciale et lui, c’est le pôle Nord et le pôle Sud.À dire vrai, Birame n’est le héros que de la bande dessinée : « Pourquoi le Maure craint l’eau », signée par Kemado Touré et préfacée par Amadou, des flamistes. C’est une satire vicieuse distribuée au Sénégal. Il y est raconté que la cervelle du Maure peut guérir ! En voici un extrait :
Figure 1 :
Collé, sa douce moitié, le souleva et lui sécha les larmes :
Calme-toi chéri. Tout n’est pas encore perdu, l’espoir est bien permis.
Figure2 :
Comme je l’ai dit à ta femme, ton enfant ressuscitera si on lui enduit le corps avec la cervelle d’un Maure.
Figure 3 :
La baignade eut lieu, le petit maure, malgré l’interdiction de ses parents, fut au rendez-vous. Dès qu’il eut fait quelques plongées, on lui assena quelques coups de gourdin sur la tête.
Figure 4 :
Le crane se fendît et l’eau rougit de sang.
Figure 5 :
Les Enfants ramassèrent la cervelle et allèrent vite la remettre aux vieux Birame qui attendait impatiemment.
Bravo ! Merci les enfants.
Figure 6 :
Birame, le cœur meurtri, en appliqua aussitôt sur le corps de sa fille qui éternua trois fois de suite et ouvrit les yeux.

Lève-toi, mon enfant.

La bande dessinée de Touré n’a pas besoin d’être expliquée, le dessin et le dialogue suffisent pour exprimer de la façon la plus claire et la plus directe ce que veulent les FLAM d’IRA et des Harratines de manière générale…
À ce propos, la question de la lutte contre les séquelles de l’esclavage antique est devenue une « zone franche » en Mauritanie, un raccourci librement emprunté par qui veut se faire une place au soleil. Elle est utilisée sans modération par les ingénieurs de la discorde nationale et les marchands de malheurs qui en font un levier de lutte politico-ethnique et un moyen de lever des fonds.
Quand l’excroissance des FLAM qualifie son pays d’apartheid arabo-musulman, le champ sémantique de cet outrage va au-delà de la simple insulte, c’est une projection freudienne, c’est le subconscient des anti-Arabes qui parle, c’est un rêve inespéré qui est ainsi extériorisé. Qui connaît ces choristes de la division, sait pertinemment qu’une Mauritanie à la sud-africaine, du temps de Pierre Botha, est la finalité ultime de leur prétendue lutte contre la ségrégation raciale.
En Afrique du Sud, les racistes blancs tenaient à vivre avec leurs compatriotes noirs sous le même toit mais en faisant chambre à part, alors que les frères de Mandela, eux, militaient pour faire sauter les murs des Bantoustans dans lesquels ils ont été confinés par racisme pur et dur.
« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », disait Pascal. En Mauritanie, terre de métissage, c’est l’inverse dont il s’agit ; ce sont les Nationalistes négro-africains qui rejettent la cohésion nationale, qu’ils qualifient d’assimilation, et sans l’avouer ouvertement, ils cherchent à ériger un apartheid négocié et institutionnalisé : un pays binational où le pouvoir et les richesses sont partagées de façon millimétrée entre les ethnies, où règne aussi la confusion linguistique institutionnelle, l’intercompréhension nationale n’étant pas à l’ordre du jour.

Dans une interview pleine de haine et cousue de contrevérités, l’anti-Mandela a annoncé aux lecteurs ibériques que l’apartheid sévit encore, juste à la porte d’à-côté, en Mauritanie: « ce qui se passe en Mauritanie est similaire à ce qui s’est passé sous le régime de l’apartheid, en ce qu’une minorité, utilise la couleur de la peau pour soumettre des individus. Un racisme d’État non écrit, mais qui a, tout de même, sa forme institutionnelle », soutient-il.
En général, quand le leader d’IRA prend son bâton de pèlerin, sillonne le monde, c’est pour berner les esprits innocents et revenir plein les poches et avec des prix.
Birame et les flamistes militent pour une Mauritanie zébrée et désintégrée, pour un apartheid érigé en programme démocratique et civilisé.
Qu’est-ce que le Mouvement IRA a bien fait pour la cause anti-esclavagiste pour mériter tant de récompenses internationale ?
Rien de palpable, surtout pas à l’intérieur du pays, aux points les plus reculés où l’esclavage est censé survivre ; sauf, bien sûr, du bruit, trop de bruit, une offensive singulièrement violente et haineuse contre les Beïdanes, un ‘’bashing’’ qui épargne les Négro-Mauritaniens, une population qui avait, elle aussi son passé, esclavagiste.
La lutte contre « l’esclavage » et contre « l’apartheid » en Mauritanie « relève » du viol psychologique » de l’opinion internationale, une mystification utilisée par la coalition FLAM-IRA dans sa littérature propagandiste mensongère afin de choquer la conscience internationale pour s’attirer la sympathie des pays européens, ceux-là mêmes qui avaient soutenu le régime blanc sud-africain, alors que les Arabes, les Mauritaniens en tête, avaient été les plus grands soutiens à la lutte de l’ANC et à son leader Nelson Mandela. Les Flam oublient que les Palestiniens, les Algériens et tous les Nationalistes arabes : Arafat, Nasser, Ben Bella, Boumediene, Kadhafi et tous les autres avaient été les précieux alliés de l’ANC et de tous les mouvements indépendantistes africains. Pour preuve, dès sa sortie de prison, Nelson Mandela se rendit en Algérie en signe de reconnaissance et fit sa fameuse déclaration à la presse : « The Algerian Army Made Me a Man ». Pour cause, les combattants de l’ANC avaient reçu entraînement et soutien logistique et politique « du pays du million de martyrs » alors qu’ils étaient mis sous embargo par les forces impérialistes.
Il faut dire que les Nationalistes poulo-toucouleurs se sont pris dans leur propre filet ; par ethnocentrisme exacerbé et par hypertrophie du moi ethnique, ils avaient provoqué la fracture nationale, et aujourd’hui, ils parlent d’apartheid qui n’existe que dans les têtes des :
Harratines souhaitant rompre avec leur société naturelle beïdane et fonder à sa place une autre qui ne serait pas culturellement arabe, parce que, eux, sont de type négroïde. Une leçon de génétique qu’ils donnent aux 35 millions d’habitants de la République du Soudan et aux Phéniciens, Egyptiens anciens, Nubiens, Berbères… parties intégrantes de la Nation arabe et qui ne sont pas génétiquement des Arabes.
– Des Négro-ethnicistes, partisans du Mouvement de la Négritude créé dans les années trente par Senghor et Césaire, les catalyseurs du « Black Nationalism ». La lutte de ces Nationalistes est axée sur le rejet de l’assimilation culturelle, un concept très mal assimilé (les Beïdanes ne sont pas des Blancs mais des Africains authentiques) et qui a rendu l’intégration de la Nation mauritanienne impossible à réaliser.
Aujourd’hui, après plus d’un demi-siècle de cohabitation, quels sont les éléments importants qui constituent l’identité nationale mauritanienne qu’on chante dans une cacophonie fortement embrouillée?
Quelles sont les particularités communes fondant l’identité du peuple mauritanien ?
Certains vous diront l’Islam, mais cette religion les Mauritaniens la partagent avec plus d’un milliard et demi d’individus…
En définitive, ceux qui maintiennent la « colour line » et font de la désintégration nationale un objectif stratégique sont plutôt, eux, les vrais partisans de la ségrégation raciale et du développement séparé.

Ely Ould Sneiba
Mauritanie : vous avez dit vivre ensemble ? PP 138-151

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