Ghazouani et le 3e mandat : Constitution, bilan et avenir politique
Analyse du débat sur un 3e mandat de Ghazouani en Mauritanie : verrou constitutionnel, déclarations du président, arguments de la majorité et enjeux d'ici 2029.
Alors que la classe politique mauritanienne s’agite autour d’un 3e mandat pour Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, le président réaffirme son attachement au strict respect de la Constitution. Entre l’interdiction portée par l’article 28, les appels de ses partisans invoquant la stabilité régionale et le bilan de ses réalisations, décryptage d’un débat politique qui pose la question fondamentale de l’alternance et de l’avenir démocratique du pays d’ici 2029.
Ghazouani et la question du troisième mandat : entre Constitution, bilan et volonté populaire.
La question d’un éventuel troisième mandat pour le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani divise la classe politique mauritanienne en ce moment mais elle se heurte à un verrou constitutionnel clair et à des déclarations répétées du chef de l’État écartant toute prolongation au-delà de 2029.
Le cadre constitutionnel : deux mandats maximum, point final.
La Constitution mauritanienne est explicite :
L’article 28 dispose que « le président de la République est rééligible une seule fois », limitant ainsi le nombre de mandats à deux.
L’article 29 impose au président, dans son serment, de ne prendre « aucune initiative pouvant entraîner la révision des dispositions constitutionnelles relatives à la durée du mandat » et aux conditions de son renouvellement.
Ghazouani, élu en 2019 puis réélu en juin 2024 pour un second quinquennat, est donc, en droit, dans son dernier mandat, qui doit s’achever en août 2029.
Ce que dit Ghazouani : pas de troisième mandat, pas de révision anti-constitutionnelle
À plusieurs reprises, le président a tenu des propos très nets :
En juillet dernier 2026, lors d’une longue conférence de presse, il affirme : « Je ne soutiendrai rien qui soit contraire à la Constitution ou qui ne bénéficie pas de la volonté du peuple », ajoutant qu’il lui reste « plus de trois ans » de mandat et qu’il se concentrera sur la mise en œuvre de son programme.
Dès avril 2026, via le coordinateur du dialogue national Moussa Fall, il fait savoir qu’il ne compte pas briguer un troisième mandat et n’a demandé à personne de porter cette idée.
Il qualifie même le débat sur un troisième mandat de « prématuré » et de nature à « perturber le travail en cours », insistant sur la priorité donnée aux réalisations concrètes.
Pourquoi certains plaident quand même pour un troisième mandat.
Malgré ces garde-fous, une partie de la majorité et des cadres proches du pouvoir défendent l’idée d’un troisième mandat, en avançant plusieurs arguments :
Continuité des réformes : sécurisation, stabilisation institutionnelle, gestion des hydrocarbures offshore, transition énergétique, etc., nécessiteraient, selon eux, plus de temps pour être consolidées.
Contexte régional instable : dans un Sahel en recomposition rapide, avec des coups d’État et des tensions sécuritaires, certains estiment qu’un leadership éprouvé comme celui de Ghazouani serait un atout pour la stabilité.
Bilan jugé positif : ses soutiens mettent en avant des avancées en matière de sécurité, de relations régionales et de gestion économique pour justifier une prolongation exceptionnelle.
Ces arguments restent toutefois politiques et ne changent rien à l’interdiction constitutionnelle tant que l’article 28 n’est pas révisé une révision elle-même très encadrée et politiquement sensible.
Mérite-t-il un troisième mandat ?
Les critères possibles.
Si l’on pose la question en termes de « mérite », plusieurs dimensions entrent en jeu :
1. Respect de la Constitution et de l’État de droit.
Ghazouani a jusqu’ici respecté la limite des deux mandats et s’est engagé publiquement à ne pas soutenir de démarche contraire à la Constitution.
Un troisième mandat, s’il passait par une révision controversée, pourrait affaiblir la crédibilité de l’alternance démocratique, un acquis fragile mais réel depuis 2019.
2. Bilan concret (2019–2026)
Les partisans d’un troisième mandat s’appuient sur :
La relative stabilité politique et sécuritaire comparée à certains voisins.
La gestion des dossiers économiques et énergétiques (gaz, pétrole offshore, projets d’infrastructures).
Une certaine ouverture dans le dialogue national, même si des critiques persistent sur la profondeur des réformes.
Les opposants rétorquent que :
Les promesses sociales (emploi, jeunesse, services publics) restent en deçà des attentes.
La lutte contre la corruption et la transparence dans la gestion des ressources naturelles demandent plus de résultats tangibles.
Le pays a besoin d’une vraie rotation du pouvoir pour renouveler les élites et les idées.
3. Volonté populaire et légitimité
Ghazouani a été réélu en 2024 avec 56,12% des voix, mais dans un contexte de faible participation et de critiques sur l’équité du processus.
Lui-même renvoie la question à « la volonté du peuple », tout en insistant sur le respect de la Constitution.
Un troisième mandat ne pourrait être légitime que s’il reposait sur une consultation claire, libre et crédible, et non sur des manœuvres de palais ou des révisions de dernière minute.
En l’état actuel : un troisième mandat ni prévu, ni constitutionnel.
À ce stade :
La Constitution interdit un troisième mandat consécutif.
Le président a exclu toute initiative contraire à la Constitution et affirmé ne pas vouloir briguer un troisième mandat.
Le débat reste surtout un instrument de pression politique et de positionnement au sein de la majorité et de l’opposition, plus qu’un projet institutionnel formalisé.
Si la question du « mérite » est politique, celle de la légalité est, pour l’instant, tranchée : sans révision constitutionnelle majeure elle-même très encadrée et politiquement risquée, Ghazouani ne peut pas, en droit, exercer un troisième mandat.
Pistes pour un débat utile (au-delà du « 3eme mandat »)
Plutôt que de se focaliser uniquement sur la personne de Ghazouani, le débat pourrait porter sur :
La consolidation réelle de l’État de droit et de l’indépendance des institutions.
La transparence dans la gestion des revenus des hydrocarbures.
Des réformes structurelles (emploi des jeunes, éducation, décentralisation) qui dépassent un seul quinquennat.
La mise en place de mécanismes crédibles d’alternance et de contrôle du pouvoir.
C’est sur ces enjeux que se jugera, in fine, la légitimité historique de Ghazouani, bien plus que sur la question technique d’un troisième mandat.
Abdoulaziz DEME
Le 20 Août 2026.



