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Mauritanie : Retour sur le coup d’État du 3 août 2005 qui a renversé Ould Taya

Mauritanie 2005 : Le coup d'État contre Ould Taya expliqué

Récit détaillé du coup d’État militaire du 3 août 2005 en Mauritanie : la chute de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, les enjeux géopolitiques et la transition.

Nouakchott, 3 août 2005 : La chute programmée du système Ould Taya

Alors que le président mauritanien assistait aux funérailles du roi Fahd en Arabie saoudite, ses proches lieutenants ont pris le contrôle de la capitale en quelques heures. Récit d’une transition militaire inédite, entre rupture diplomatique et promesse démocratique.

Un coup de maître en l’absence du « Rais »

Ce mercredi 3 août 2005, le silence pesant de la capitale mauritanienne est brusquement rompu par le crépitement des armes lourdes. À Nouakchott, les rues se vident à une vitesse foudroyante. Le Bataillon de sécurité présidentielle (BASEP) vient de boucler le palais présidentiel, l’État-major et les médias d’État.

À des milliers de kilomètres de là, le président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya est à Riyad pour rendre un dernier hommage au roi Fahd. Il ignore encore que son avion ne se posera plus jamais sur le tarmac de Nouakchott. Contraint d’atterrir en urgence à Niamey, le chef de l’État commence une itinérance diplomatique qui le mènera de la Gambie jusqu’au Qatar, où il finira par se reconvertir en enseignant pour une académie militaire.

À la télévision nationale, les visages ont changé, mais pas tout à fait les uniformes. C’est le colonel Ely Ould Mohamed Vall, jusqu’alors fidèle chef de la Sûreté nationale, qui prend les reines du pays à la tête du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD). Le message de la junte est sans équivoque :

« Les forces armées et de sécurité ont décidé à l’unanimité de mettre un terme définitif aux actes totalitaires du régime défunt, sous lequel notre peuple a tant souffert. »

Sous la surface, l’usure d’un régime contesté

Si l’onde de choc est réelle, ce coup d’État n’a rien d’un tonnerre dans un ciel serein. Au pouvoir depuis son propre putsch sans effusion de sang en décembre 1984, Ould Taya régnait sur un pays sous haute tension.

L’étincelle couvait depuis longtemps. Pour s’attirer les faveurs de Washington dans sa lutte antiterroriste, le régime avait opéré un virage stratégique audacieux — et très impopulaire — en nouant des relations diplomatiques officielles avec Israël. Une décision qui avait fait de la Mauritanie l’un des rares pays du monde arabe à franchir ce pas, cristallisant les rancœurs au sein de l’armée et de la population.

Entre purges à répétition dans les rangs militaires, répression de l’opposition et tentative de putsch manquée par le major Saleh Ould Hanenna en 2003, le pouvoir semblait suspendu à un fil.

Entre ferveur populaire et réprobation internationale

Dans les artères de Nouakchott, l’annonce de la chute du régime est accueillie par un concert de klaxons et des scènes de liesse improvisées. Mais sur la scène internationale, la musique est différente :

  • L’Union africaine (UA) réagit vivement, condamnant la prise de pouvoir inconstitutionnelle et suspendant immédiatement la Mauritanie de ses instances.
  • L’ONU, par la voix de Kofi Annan, se dit « profondément troublée ».
  • Les États-Unis, pris de court par la chute d’un allié clé dans la région du Sahel, exigent d’abord le rétablissement d’Ould Taya avant de se ranger à la position de l’UA.

Une parenthèse démocratique… au goût d’inachevé

Conscients de la pression internationale, les hommes forts de Nouakchott jouent la carte de la transparence. Le CMJD prend un engagement inédit : aucun membre de la junte ne se présentera aux électorats à venir.

En 2006, un référendum constitutionnel verrouille la durée des mandats présidentiels. Le 11 mars 2007, la promesse est tenue : la Mauritanie organise une élection présidentielle saluée pour sa transparence, portant Sidi Ould Cheikh Abdallahi au pouvoir.

L’illusion d’une transition parfaite sera pourtant de courte durée. Dès 2008, un nouveau coup d’État militaire orchestré par les mêmes acteurs de 2005 renversera le président Abdallahi, replongeant le pays dans ses vieux démons politiques.

avec agences

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