Éducation en Mauritanie : Recommandations stratégiques à l’attention de la Ministre Houda Babah
Découvez la note de recommandations stratégiques adressée à la Ministre Mme Houda Babah pour surmonter la crise de l'éducation en Mauritanie et améliorer la qualité des apprentissages.

Éducation en Mauritanie : Note de recommandations stratégiques au gouvernement.
À l’attention de Madame la Ministre de l’Éducation et de la Réforme du Système Éducatif, Mme Houda Babah.
Objet : Conseils pour relever les défis de l’éducation en Mauritanie.
22 Septembre 2026.
Madame la Ministre,
Avec tous mes respects,
Le système éducatif mauritanien traverse une crise profonde, marquée par des résultats alarmants et une détérioration continue de la qualité des apprentissages. Le taux de réussite au baccalauréat est tombé à 13,56% en 2026, contre 28% l’année précédente.
Près de 93% des élèves en fin de primaire ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture. Ces chiffres ne sont pas une fatalité : ils appellent à une action résolue, structurée et priorisée.
Cette note madame vise à vous proposer des recommandations concrètes, fondées sur les données disponibles et les bonnes pratiques internationales, pour inverser la tendance et engager une transformation durable du système éducatif mauritanien.
Recommandations stratégiques.
1. Prioriser la qualité des apprentissages fondamentaux.
Objectif : Garantir que chaque enfant acquière les compétences de base en lecture, écriture et calcul dès le primaire.
Actions concrètes :
Déployer massivement l’approche TaRL (Teaching at the Right Level) dans les écoles primaires, en s’inspirant des expériences réussies au Maroc et en Afrique subsaharienne.
Cette approche consiste à regrouper les élèves selon leur niveau réel d’apprentissage plutôt que selon leur âge ou leur classe, et à adapter les méthodes pédagogiques en conséquence.
Mettre en place un programme national d’évaluation continue des apprentissages, avec des tests standardisés trimestriels en lecture et en mathématiques, permettant d’ajuster les pratiques pédagogiques en temps réel.
Créer des classes de rattrapage intensif pour les élèves en retard, en particulier dans les zones rurales et défavorisées.
Indicateurs de suivi :
Taux d’élèves maîtrisant les compétences de base en lecture et en calcul en fin de primaire (cible : 80% d’ici 2030)
Nombre d’écoles ayant adopté l’approche TaRL
2. Former, motiver et contrôler les enseignants.
Objectif : Disposer d’un corps enseignant qualifié, motivé et redevable.
Actions concrètes :
Renforcer la formation initiale des enseignants, en partenariat avec les institutions de formation (Écoles normales, Instituts pédagogiques) et les partenaires internationaux (UNESCO, Banque mondiale, Expertise France).
Généraliser la formation continue obligatoire, avec un minimum de 40 heures par an, centrée sur les pédagogies actives, la gestion de classe et l’utilisation des manuels scolaires.
Mettre en place un système d’incitation pour les enseignants acceptant de servir dans les zones reculées (primes, logement de fonction, avantages en nature).
Instaurer un mécanisme de contrôle et d’évaluation des enseignants, avec des inspections régulières et des critères de performance liés aux résultats des élèves.
Indicateurs de suivi :
Pourcentage d’enseignants ayant bénéficié d’une formation continue dans l’année.
Taux de couverture des postes enseignants dans les zones rurales.
Résultats des élèves par école et par enseignant (données anonymisées)
3. Garantir la disponibilité des manuels scolaires et supports pédagogiques
Objectif : Assurer que chaque élève dispose des manuels nécessaires dès le début de l’année scolaire qui arrive bientôt.
Actions concrètes :
Accélérer la mise en œuvre de la stratégie nationale du livre scolaire, adoptée en octobre 2026, en renforçant les capacités de production et de distribution de l’Institut pédagogique national (IPN).
Mettre en place un système de suivi en temps réel de la distribution des manuels, avec une traçabilité jusqu’à la salle de classe, pour éviter les pertes et les détournements.
Diversifier les canaux de distribution, en impliquant les collectivités locales, les associations de parents d’élèves et les partenaires techniques (Expertise France, GPE).
Prévoir un stock de sécurité équivalent à 10% des besoins annuels, pour anticiper les retards d’impression et les ruptures d’approvisionnement.
Indicateurs de suivi :
Taux de couverture des besoins en manuels par niveau et par matière.
Délai moyen entre la commande et la distribution effective
Nombre de manuels distribués par élève et par an
4. Réduire les inégalités d’accès et lutter contre l’abandon scolaire.
Objectif :
Garantir l’accès à l’éducation pour tous les enfants, en particulier les filles et les élèves des zones défavorisées.
Actions concrètes :
Investir massivement dans le préscolaire, en particulier dans les zones rurales et défavorisées, pour préparer les enfants à l’entrée au primaire.
Mettre en place des mesures sociales ciblées : cantines scolaires, bourses d’études, soutien aux filles (kits scolaires, sensibilisation des familles), transport scolaire dans les zones isolées.
Renforcer l’offre éducative dans les zones de réfugiés et les quartiers périphériques, en construisant de nouvelles écoles et en recrutant des enseignants supplémentaires.
Clarifier la politique linguistique, en valorisant les langues nationales et en créant des passerelles entre l’enseignement originel, le système formel et la formation professionnelle.
Indicateurs de suivi :
Taux de scolarisation net au primaire (filles et garçons)
Taux d’abandon scolaire par niveau et par zone géographique.
Nombre de bénéficiaires des programmes sociaux (cantines, bourses, etc.)
5. Améliorer la gouvernance et la redevabilité du système.
Objectif : Restaurer la confiance dans le système éducatif par une gestion transparente et des résultats mesurables.
Actions concrètes :
Créer un observatoire national de l’éducation, chargé de produire des données fiables, de suivre les indicateurs clés et d’évaluer l’impact des réformes.
Publier annuellement un rapport public sur l’état de l’éducation, incluant les résultats aux examens, les taux de réussite, les ressources allouées et les écarts territoriaux.
Instaurer des mécanismes de participation citoyenne, en associant les parents d’élèves, les associations et les médias au suivi des politiques éducatives.
Renforcer la coordination avec les partenaires techniques et financiers (Banque mondiale, UNESCO, GPE, Expertise France), en alignant les interventions sur les priorités nationales et en évitant la dispersion des efforts.
Indicateurs de suivi :
Nombre de rapports publics publiés par an
Taux de disponibilité des données éducatives désagrégées (par sexe, zone, niveau)
Niveau de satisfaction des usagers (enquête annuelle auprès des parents et des élèves)
Opportunités et leviers existants.
Plusieurs initiatives en cours constituent des leviers stratégiques pour accélérer la transformation du système éducatif :
Programme IQRAA de la Banque mondiale (lancé en juin 2026) : doté de 57,53 millions de dollars (40 millions de l’IDA + 17,53 millions du GPE), ce programme vise à améliorer la qualité de l’éducation de base, élargir l’accès au secondaire (en particulier pour les adolescentes) et renforcer la prestation de services dans les zones accueillant des réfugiés.
Projet PAIRE d’Expertise France : appui à la stratégie nationale du livre scolaire, à la conception des manuels, à la formation des enseignants et à l’amélioration de la gouvernance de l’IPN.
Déclaration de Nouakchott (2025) : cadre de coopération régionale (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) pour le renforcement des systèmes éducatifs, avec des recommandations concrètes en matière de formation des enseignants et de gouvernance.
Ces initiatives madame la ministre doivent être coordonnées, amplifiées et alignées sur les priorités nationales définies ci-dessus.
Madame la Ministre,
Les défis sont immenses, mais les leviers d’action existent. La clé du succès réside dans une approche priorisée, fondée sur des données probantes et axée sur les résultats.
Il ne s’agit pas de multiplier les réformes, mais de mettre en œuvre avec rigueur et persévérance les actions qui ont fait leurs preuves ailleurs chez nos voisins et ça marche !
Votre engagement personnel, votre proximité avec le terrain et votre volonté de transparence doivent constituer des atouts majeurs pour engager cette transformation.
Mais vous ne pourrez pas agir seule : il faudra mobiliser l’ensemble de la communauté éducative, les partenaires techniques et financiers, et la société civile.
L’avenir de la Mauritanie se joue aujourd’hui, dans les salles de classe, dans les manuels scolaires, dans la formation des enseignants.
Il est temps d’agir, avec lucidité, courage et responsabilité.
Respectueusement,
Abdoulaziz DEME
© Le 22 septembre 2026.



