Discours de Ghazouani à Atar : Un cap stratégique entre bilan, équité et réformes
Analyse du discours de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à Atar : bilan des investissements dans l'Adrar, équité territoriale, réformes et dialogue national.
Le discours prononcé par le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à Atar va bien au-delà d’une simple séquence protocolaire. S’appuyant sur des investissements majeurs dans l’Adrar, cette intervention s’impose comme un véritable discours d’État, articulant équité territoriale, réformes institutionnelles et dialogue national pour construire une Mauritanie plus juste et moderne.
Le discours prononcé par le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à Atar ne saurait être réduit à une intervention circonstancielle devant les populations de l’Adrar. Il ne s’agit pas davantage d’une simple séquence protocolaire destinée à présenter, chiffres à l’appui, l’inventaire des réalisations gouvernementales dans une wilaya dont l’histoire, la mémoire et le patrimoine occupent une place singulière dans la conscience nationale. Ce discours s’est plutôt imposé comme un discours d’État, à la fois rétrospectif et prospectif, dans lequel bilan, engagements nouveaux, difficultés reconnues et perspectives institutionnelles s’articulent autour d’une même ambition : construire progressivement une Mauritanie plus équitable, plus efficace et davantage capable de répondre aux aspirations de ses citoyens.
À Atar, le Président a choisi de parler le langage qui donne à l’action publique sa véritable mesure, celui des réalisations, des infrastructures, des services et des résultats concrets. Le développement ne peut en effet rester limité aux rapports administratifs, aux statistiques ou aux annonces officielles. Il doit se traduire dans la vie quotidienne par une route qui relie, une eau qui arrive, une école qui accueille, un centre de santé qui fonctionne, une électricité qui éclaire et des services publics capables de répondre aux besoins des citoyens. Il doit également créer des opportunités économiques permettant à chaque territoire de participer pleinement à la dynamique nationale.
C’est dans cette perspective qu’il convient de considérer les chiffres avancés concernant l’Adrar. Les 40 milliards d’anciennes ouguiyas d’investissements publics réalisés dans la wilaya depuis 2019, auxquels s’ajoutent les 12 milliards d’anciennes ouguiyas mobilisés dans le cadre du programme d’accès aux services essentiels du développement local, couvrant quelque 206 chantiers dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’eau, de l’électricité et du désenclavement, ne constituent pas seulement une addition comptable. Ils traduisent une orientation qui accorde une place croissante aux territoires de l’intérieur dans l’effort national de développement.
L’intérêt du discours réside également dans le fait que le bilan présenté n’a pas été considéré comme un point d’arrivée. À côté des réalisations rappelées, le Président a annoncé de nouveaux engagements répondant à des préoccupations concrètes et anciennes des populations de l’Adrar. Il s’agit notamment du raccordement de la ville d’Atar au réseau électrique national, de la reconstruction de 75 kilomètres de la route Akjoujt-Atar, de la réhabilitation de la voirie urbaine, de la poursuite de la recherche de solutions durables à la question de l’eau, ainsi que de la promotion de l’agriculture oasienne et du développement du potentiel touristique de la wilaya.
Ces engagements donnent à l’action publique une perspective de continuité. Ils montrent que les réalisations accomplies doivent servir de base à une nouvelle étape, avec l’objectif de consolider les acquis tout en répondant aux besoins qui demeurent.
Dans cette vision, l’Adrar n’apparaît plus seulement comme une terre de mémoire, de savoir, de résistance et de patrimoine. Il est également présenté comme une wilaya d’avenir, dont les ressources humaines, les oasis, les potentialités touristiques et la position géographique peuvent être davantage valorisées. Cette valorisation peut contribuer à diversifier l’économie nationale, à créer de nouvelles opportunités et à renforcer la participation des populations locales au développement du pays.
Cette conception territoriale rejoint l’un des axes importants de l’action engagée sous la présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani : faire en sorte que l’État soit présent au-delà des grands centres administratifs et des principales agglomérations. L’équité territoriale suppose que les populations des différentes wilayas puissent progressivement accéder aux mêmes services essentiels et bénéficier de conditions favorables à leur développement.
L’égalité entre les citoyens ne peut en effet avoir une portée réelle si elle ne se traduit pas, dans les territoires, par une réduction progressive des écarts dans les conditions de vie et les possibilités de développement. La présence de l’État doit donc être visible dans les infrastructures, les services publics, l’accès à l’eau et à l’électricité, l’éducation, la santé et le désenclavement.
Cette volonté d’équité prend également une dimension particulière dans le domaine social. Dans un contexte international marqué par les crises énergétiques, l’inflation et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, l’État mauritanien a maintenu différents mécanismes de soutien destinés à limiter l’impact de ces difficultés sur les ménages. Le soutien aux prix des hydrocarbures et les mécanismes d’appui en faveur des catégories à faibles revenus, des travailleurs et des retraités illustrent cette volonté de réduire autant que possible les effets des chocs extérieurs sur les populations.
L’un des éléments importants du discours d’Atar réside toutefois dans le refus d’une présentation exclusivement fondée sur l’autosatisfaction. Reconnaître les avancées réalisées ne signifie pas considérer que tout a été accompli. De même, présenter une situation générale comme positive ne dispense pas de reconnaître les insuffisances, les retards et les difficultés qui subsistent.
Cette approche donne au bilan une dimension dynamique. Le développement est une œuvre continue, qui exige de la persévérance, des ajustements et, lorsque cela est nécessaire, de nouvelles orientations. Les réalisations doivent donc être appréciées comme des étapes dans un processus plus large, et non comme l’aboutissement définitif de l’action publique.
Cette vision prend une dimension particulière lorsque le Président replace le présent dans la profondeur historique de la nation en évoquant le Président fondateur Moktar Ould Daddah et le discours prononcé à Atar à la veille de l’indépendance. Cette référence historique rappelle que chaque génération mauritanienne est appelée à répondre à une même interrogation : quelle Mauritanie voulons-nous construire ?
La réponse à cette question doit cependant tenir compte des transformations profondes que connaît aujourd’hui la société mauritanienne. La population a augmenté, la jeunesse occupe une place centrale, la société est davantage instruite et connectée, les villes se développent rapidement et les attentes citoyennes ont considérablement évolué. L’État doit donc adapter ses méthodes et ses institutions aux réalités nouvelles, sans perdre de vue les fondements de la République.
C’est dans cette perspective que prend tout son sens la réflexion présidentielle sur les institutions. Une République vivante ne peut considérer ses mécanismes institutionnels comme définitivement achevés. Leur adaptation aux réalités nouvelles ne constitue pas nécessairement une remise en cause des fondements de l’État, mais peut au contraire contribuer à renforcer leur efficacité et leur capacité à répondre aux attentes des citoyens.
Le dialogue national annoncé s’inscrit dans cette perspective. Sa portée dépasse le simple calendrier des consultations politiques. Il peut constituer un cadre permettant aux différentes composantes nationales de réfléchir aux évolutions nécessaires de l’État, de ses institutions et de son pacte national, dans le respect des fondements républicains, de l’unité du pays et de son identité culturelle et civilisationnelle.
L’objectif affiché est de rechercher les moyens de rendre les institutions plus efficaces, plus adaptées aux réalités contemporaines et davantage capables de répondre aux attentes d’une nouvelle génération de citoyens. La réforme institutionnelle peut ainsi être envisagée comme un processus d’adaptation et de consolidation, plutôt que comme une rupture.
Dans cette nouvelle étape, le rôle du Parti El Insaf mérite également une attention particulière. En tant que formation politique de la majorité, il constitue un relais entre l’action de l’État et les citoyens. Accompagner le projet présidentiel ne signifie pas seulement défendre ses acquis dans les discours. Cela implique aussi d’expliquer les politiques publiques, de faire remonter les préoccupations du terrain, de valoriser les réalisations et de participer au débat sur les réformes.
La responsabilité d’El Insaf est donc importante. Il lui revient de soutenir l’action gouvernementale tout en restant attentif aux attentes des citoyens, d’accompagner les projets présidentiels dans les différentes wilayas et de contribuer à faire du débat politique un espace où les réalisations sont expliquées, les difficultés reconnues et les solutions recherchées.
Une majorité responsable est une majorité qui sait valoriser les résultats sans ignorer les insuffisances. Elle doit être capable de défendre les acquis tout en accompagnant les évolutions nécessaires. Elle doit également contribuer à rapprocher les politiques publiques des citoyens et à transformer les orientations nationales en actions concrètes sur le terrain.
À cet égard, l’Adrar constitue un exemple révélateur. L’importance accordée à ses infrastructures, à son désenclavement, à son électrification, à son approvisionnement en eau, à son agriculture oasienne et à son potentiel touristique montre que les wilayas de l’intérieur occupent une place importante dans la stratégie nationale de développement.
L’avenir économique de la Mauritanie se construira aussi à partir de la valorisation de ses territoires et de leurs potentialités propres. Chaque wilaya possède des ressources, des compétences et des avantages spécifiques qui peuvent contribuer à la diversification de l’économie nationale et à la création de nouvelles opportunités.
Le discours d’Atar apparaît ainsi comme un discours de continuité et d’ouverture. Continuité dans la volonté de consolider les acquis de la période écoulée, ouverture sur de nouveaux projets et ouverture également sur une réflexion institutionnelle destinée à préparer les prochaines étapes de la construction nationale.
Cette approche repose sur une idée simple : la stabilité ne signifie pas l’immobilisme et la réforme ne signifie pas la rupture. La préservation des acquis peut parfaitement aller de pair avec l’ambition de faire mieux, de corriger les insuffisances et d’ouvrir de nouvelles perspectives.
La véritable mesure du discours se trouvera naturellement dans la concrétisation des engagements annoncés, dans la réalisation effective des infrastructures promises, dans l’amélioration tangible des services et dans la capacité du dialogue national à faire émerger des propositions utiles. Mais son message politique est déjà clairement identifiable : inscrire l’action publique dans la durée, consolider les acquis, préparer de nouvelles étapes et associer les forces politiques et sociales à la construction de l’avenir.
À Atar, le Président de la République a ainsi parlé de la Mauritanie telle qu’elle est, de celle qu’elle est en train de devenir et de celle qu’elle aspire à construire. Il a présenté les acquis sans nier les défis, annoncé de nouveaux projets sans prétendre que tout était achevé et évoqué la réforme sans remettre en cause les fondements de l’État.
Le discours d’Atar porte ainsi une ambition de continuité, de responsabilité et d’ouverture. Il rappelle que la construction nationale est un processus permanent, dans lequel chaque réalisation doit préparer la suivante et chaque réforme doit renforcer les capacités de l’État à servir le citoyen.
En définitive, le message d’Atar est celui d’une Mauritanie qui avance avec confiance, qui assume ses acquis, reconnaît ses défis et prépare l’avenir avec responsabilité. Il appartient désormais à l’ensemble des acteurs nationaux, et notamment à El Insaf, de contribuer à transformer cette dynamique en résultats durables, en rapprochant davantage l’action publique des citoyens et en accompagnant les ambitions de développement et de modernisation du pays.
Atar aura ainsi été plus qu’une étape : un moment où le bilan a rencontré la perspective, où la mémoire nationale s’est ouverte sur l’avenir et où l’action de l’État a été replacée au cœur d’une ambition collective. C’est dans cette capacité à consolider ce qui a été accompli tout en ouvrant de nouvelles portes que peut se construire, progressivement, une Mauritanie plus forte, plus équitable et résolument tournée vers l’avenir.
El Wely Sidi Heiba



