Nouakchott : Drame familial. Quand la facilité d’accès aux psychotropes tourne au drame

Drame familial.
Nouakchott : Drame familial. Quand la facilité d’accès aux psychotropes tourne au drame
Par Yahya Niane pour Rapide Info
Un triste fait divers défraie la chronique à Nouakchott. En effet, selon un officier de la gendarmerie en charge de l’enquête, un jeune homme a poignardé mortellement sa mère et agressé sa soeur enceinte, provoquant une fausse couche. Les faits seraient survenus à son retour au domicile, après avoir ingéré un comprimé « pour se relaxer » obtenu hors circuit légal.
D’après les premiers éléments communiqués par la gendarmerie, le jeune homme aurait pris le comprimé chez un ami avant de rentrer tardivement. C’est à ce moment-là que tout a basculé. Accueilli par les reproches de sa mère, il serait entré dans une violente colère. Dans ce contexte, il aurait poignardé mortellement sa mère. Sa soeur, enceinte, serait alors intervenue pour tenter de les séparer. Elle aussi aurait été violemment prise à partie. Grièvement blessée et profondément traumatisée, elle a perdu l’enfant qu’elle portait. « Il affirme ne se souvenir de rien et dit avoir reçu le produit d’un ami pour se détendre », précise l’officier de gendarmerie. Placé en garde à vue, le jeune homme fait désormais l’objet d’une enquête visant à identifier la nature exacte du comprimé et sa provenance.
Au-delà du drame familial, cette affaire met en lumière un problème plus large : celui des effets imprévisibles des psychotropes pris hors cadre médical. En effet, sans ordonnance ni suivi, certains relaxants ou euphorisants peuvent provoquer une perte de contrôle et une amnésie conduisant à des passages à l’acte sans conscience. Ils peuvent également entraîner une désinhibition et une agressivité avec des réactions disproportionnées au stress, voire des risques vitaux comme la dépression respiratoire ou le coma. Comme le souligne un pharmacien contacté : « Un médicament se prescrit, ne se partage pas. Entre amis, on banalise le risque, mais les conséquences peuvent être irréversibles ».
C’est précisément cette banalisation qui inquiète aujourd’hui. Car au-delà du cas individuel, ce fait divers relance la question cruciale de la circulation des psychotropes. À Nouakchott, plusieurs professionnels pointent du doigt une réalité préoccupante : certains médicaments soumis à prescription se retrouvent pourtant facilement, vendus à l’unité et sans ordonnance, dans la rue ou dans certaines officines peu scrupuleuses. Par conséquent, cette facilité d’accès banalise la consommation. Beaucoup de jeunes pensent « prendre un truc pour dormir ou se calmer », sans mesurer les effets secondaires ni les dangers du mélange et du surdosage. Ainsi, le manque de contrôle et d’information crée un terreau favorable aux dérives et fait peser un risque réel sur les familles.
Face à ce constat, il devient urgent d’agir. Les autorités sanitaires et les pharmaciens rappellent leur responsabilité : délivrer uniquement sur ordonnance, informer sur les risques, et refuser la vente en cas de doute. Pour les familles également, les spécialistes recommandent le dialogue et la consultation dès les premiers signes de mal-être : stress, anxiété, insomnie. À Nouakchott, les centres de santé, hôpitaux et services sociaux assurent l’orientation. En cas d’urgence, il faut contacter immédiatement les secours.
Il urge désormais de lancer de vastes campagnes de sensibilisation contre les psychotropes et autres comprimés euphorisants ou relaxants. Les Imams dans les mosquées, les médias et les associations de la société civile doivent se mobiliser pour informer, alerter et prévenir. Seule une action collective pourra briser le silence et empêcher que d’autres familles ne soient endeuillées.
Une mère décédée, une soeur blessée et traumatisée, un enfant empêché de naître. Ce drame laisse une famille brisée et pose une question à laquelle la société doit répondre : comment resserrer le contrôle dans les pharmacies pour qu’un comprimé obtenu facilement ne detruise plus de vies !



