Chronique : À un an de la retraite, Mohamed Salem cherche encore un toit
Après 40 ans au service de l'État à Nouakchott, Mohamed Salem aborde la retraite sans logement à lui. Récit et revendications d'un servant de l'État.
Portrait de Mohamed Salem (illustrations)
Nouakchott, 30 septembre 2026. À l’occasion du 1er octobre, Journée internationale des personnes âgées, et à la veille de la Journée mondiale de l’habitat, voici le portrait d’un fonctionnaire qui a servi l’État pendant près de quarante ans et qui n’a toujours pas de maison à lui.
Il est à peine sept heures. Mohamed Salem, 59 ans, referme derrière lui la porte d’une petite maison louée dans un quartier populaire de la capitale. Sa chemise est repassée avec soin. Il porte un vieux cartable en cuir usé aux coins. Rien, dans sa silhouette droite, ne montre l’inquiétude qui l’habite. Dans douze mois, il prendra sa retraite. Cet agent de l’administration, originaire de l’Adrar, s’apprête à quitter la vie active sans avoir réalisé le rêve de toute une vie. Il n’a jamais possédé un toit.
Quatre décennies de service, zéro titre foncier
Entré dans la fonction publique à la fin des années 1980, Mohamed Salem raconte une carrière simple mais sans faux pas. Il a eu des postes en province, a déménagé plusieurs fois et a touché des salaires modestes, toujours partagés entre les besoins immédiats de la famille et l’espoir d’acheter un terrain. « Chaque fois que je mettais un peu d’argent de côté, il y avait une rentrée scolaire. Il y avait une maladie, un mariage ou un décès à gérer », confie-t-il avec un sourire discret. « La solidarité familiale est une richesse, mais elle coûte cher. »
Le loyer prend aujourd’hui une grande partie de son salaire. À la fin de chaque mois, il refait le même calcul. L’idée de la pension de retraite, qui sera forcément plus basse que son salaire actuel, le préoccupe. Il se demande comment il pourra continuer à payer un loyer, nourrir sa famille et faire face aux imprévus avec moins d’argent.
Neuf enfants, une grande famille à charge
Mohamed Salem a neuf enfants et il est déjà grand-père. Sa famille, qui réunit souvent plusieurs générations dans la même maison, vit au rythme des départs et des retours. Les repas se prennent ensemble. Plusieurs personnes dorment dans la même chambre.
Les aînés, dont certains ont un diplôme, ont entre vingt-cinq et trente-cinq ans. Ils essaient depuis des années d’entrer dans les concours, les entreprises ou les programmes d’insertion. Pourtant, ils n’arrivent pas à trouver un emploi stable. « Mon fils aîné a un diplôme universitaire. Il attend toujours. Je ne lui reproche rien. Ce n’est pas la volonté qui lui manque, c’est la place », dit le père en soupirant. Comme ils n’ont pas de revenus, ces jeunes adultes restent à la charge de la famille. Certains ont eux-mêmes fondé une famille mais ne peuvent pas vivre ailleurs.
Les plus jeunes sont sur les bancs du collège ou de l’école républicaine. Il s’agit de cette école publique que Mohamed Salem défend toujours. « L’école républicaine m’a tout donné. Elle donnera à mes petits-enfants ce qu’elle m’a donné, à condition qu’on la soutienne », dit-il. Chaque soir, dans la pièce commune, il vérifie les cahiers. Il pose des questions sur les leçons et rappelle que l’instruction reste le seul héritage qu’il pourra transmettre avec certitude.
Ce qu’il attend du gouvernement
Interrogé sur ses attentes à l’approche de la retraite, Mohamed Salem énumère, sans amertume mais avec fermeté, des demandes qui sont celles de nombreux retraités du pays :
Un accès plus simple au logement. Les lotissements sociaux sont attribués selon des critères clairs. Les plans de paiement tiennent compte des revenus des fonctionnaires et des retraités. La priorité va aux agents qui ont longtemps servi l’État sans jamais obtenir de terrain.
Une pension décente. Une hausse régulière des pensions, liée au coût de la vie, pour que la retraite ne soit pas synonyme de précarité.
Le paiement des pensions à temps. Un traitement rapide des dossiers de liquidation. Cela permet d’éviter de longs mois d’attente qui plongent des familles entières dans l’incertitude au moment du départ.
Une meilleure couverture santé. Une vraie prise en charge des soins et des médicaments. Cela devient crucial à un âge où les dépenses de santé augmentent.
Un avenir pour les jeunes. Des programmes d’emploi et de formation pour les diplômés sans travail, car, dit-il, un retraité ne se sent tranquille que si ses enfants ont un emploi.
Une histoire parmi tant d’autres
Le parcours de Mohamed Salem représente une génération de serviteurs de l’État qui vieillissent avec plus de dignité que de ressources. Il rappelle que le logement ne concerne pas seulement les bâtiments. Il touche aussi à la sécurité, à la stabilité familiale et au respect pour ceux qui ont consacré leur vie au service du pays.
Alors que le monde célèbre ses aînés et se pose des questions sur le droit à un logement décent, il exprime un souhait simple. « Je ne demande pas un palais. Je demande une maison où mes enfants et mes petits-enfants pourront dire, ici, c’est chez nous, et où je pourrai vieillir en paix. »
Puis il reprend son cartable et se dirige vers l’arrêt. Il marche d’un pas mesuré. Il lui reste un an de service. Il espère que ce sera aussi l’année où, enfin, quelqu’un lui ouvrira la porte d’un chez-soi.
Ahmed Ould Bettar
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