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Nouakchott sous les eaux : chronique d’un désastre annoncé

Inondations à Nouakchott : absence d'assainissement, incivisme et failles de gouvernance parcourent la crise environnementale et sanitaire lors de l'hivernage.

Nouakchott sous les eaux : les causes d’un désastre urbain

Chaque hivernage, Nouakchott offre le même spectacle de désolation. Aux premières précipitations, la capitale s’enlise. Les artères deviennent impraticables, les concessions encerclées par des eaux stagnantes et putrides. Au-delà de la simple inondation, ce sont des effluves pestilentiels de fosses septiques éventrées et des amoncellements d’immondices charriés par le flot qui surgissent, révélant une crise à la fois sanitaire, urbanistique et morale.

I. Le constat : une capitale vulnérable

En effet, ce qui devrait constituer une bénédiction dans un contexte sahélien se mue à Nouakchott en source d’angoisse. Faute d’un réseau d’assainissement cohérent et dimensionné, les eaux pluviales stagnent. Par conséquent, dans des quartiers tels que Sebkha, El Mina, Arafat ou Dar Naïm, véritables cuvettes de la capitale, elles se mêlent aux eaux usées et aux décharges sauvages, composant un environnement délétère propice à la prolifération des pathologies hydriques et du paludisme.

II. Le vécu : des citoyens à bout de souffle

Face à ce tableau, l’exaspération des populations est à son comble, car ce sont elles qui en supportent quotidiennement le fardeau.

À ce titre, Ali, fonctionnaire, ne cache pas son amertume : _« C’est vraiment pénible, cette situation cause énormément de désagréments aux citoyens. »_

De même, Coumba, interceptée alors qu’elle tentait de préserver ses effets des éclaboussures provoquées par les automobilistes, illustre la précarité engendrée par ces intempéries : _« Vous voyez, mes habits sont mouillés avec des éclaboussures causées par les voitures. Mon mari est soudeur mais, pour des raisons de sécurité, il doit attendre que tout devienne sec pour travailler. »_ Dès lors, pour une multitude de ménages tributaires de l’économie informelle et du gain journalier, chaque averse se traduit par une cessation forcée d’activité.

III. Les origines du mal : entre incivisme collectif et carences structurelles

Cette situation critique procède de la conjonction de deux facteurs majeurs.

1. D’une part, l’incivisme comme catalyseur

Premièrement, la prolifération des sachets plastiques et des dépotoirs sauvages constitue un fléau endémique. L’habitude de déverser les ordures ménagères dans la rue ou dans les rares caniveaux existants est ancrée. En conséquence, à la moindre pluie, ces exutoires, déjà sous-calibrés, se trouvent totalement obstrués. L’eau, ne trouvant plus d’issue, reflue inexorablement dans les habitations. L’infrastructure censée évacuer devient elle-même un obstacle.

Deuxièmement, la non-conformité des fosses septiques aggrave le tableau. Creusées à faible profondeur et dépourvues d’étanchéité pour des raisons d’économie, elles cèdent instantanément sous la pression hydrique. C’est cette confluence entre eaux pluviales et eaux fécales qui engendre ces odeurs nauséabondes et fait planer la menace d’épidémies.

2. D’autre part, l’absence d’études d’impact : une défaillance de gouvernance

Au-delà de la responsabilité citoyenne, il convient d’interroger la qualité de l’action publique. À Sebkha notamment, l’un des quartiers les plus éprouvés, des travaux de voirie et de remblaiement sont entrepris sans la moindre étude d’impact hydraulique préalable. Autrement dit, l’on érige une chaussée qui obstrue l’écoulement naturel vers l’océan, l’on lotit une dépression qui servait de bassin de rétention, sans prévoir le moindre ouvrage compensatoire.

Un riverain résume la situation avec fatalisme : « On verse du goudron et on part, sans se demander où va aller l’eau ».

De surcroît, cette absence de planification révèle aux yeux de la population un dysfonctionnement plus profond. Comme le souligne avec véhémence un habitant de Sebkha : _« Il faut une moralisation de la vie publique en Mauritanie. On ne peut pas continuer à attribuer des marchés à des entreprises qui exécutent un travail bâclé, sans contrôle ni suivi. Les fonds sont décaissés, les ouvrages inaugurés, mais à la première pluie, tout s’effondre. »_

IV. Perspectives : quelles solutions entreprendre ?

Face à ce double constat, des réponses graduées s’imposent.

À court terme, l’urgence commande la mise en place de brigades communales de curage préventif des caniveaux avant chaque hivernage, ainsi que la dotation des municipalités en motopompes et la mise en œuvre de campagnes de vidange subventionnées.

À moyen terme, il s’avère indispensable de rendre contraignante l’étude d’impact environnemental et hydraulique pour tout projet d’aménagement, d’instaurer un contrôle technique indépendant et de sanctionner rigoureusement les entreprises défaillantes.

Enfin, à long terme, la résilience de la ville passera par l’engagement citoyen et l’entrepreneuriat local, à travers l’encouragement de micro-entreprises de services de proximité et la conduite de vastes campagnes de sensibilisation.

En définitive, l’inondation à Nouakchott ne relève point de la fatalité. Elle est le symptôme éloquent d’un urbanisme non maîtrisé et d’une responsabilité collective défaillante. Ainsi, dans l’attente d’un schéma directeur d’assainissement global et cohérent, la moralisation de la commande publique et la prise de conscience citoyenne demeurent les remparts les plus sûrs contre les eaux de l’hivernage.

Yahya Niane – Rapideinfo

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