Mauritanie : grâce présidentielle pour la journaliste Warda Sleimane
Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a accordé une grâce totale à la militante Maimouna Mint Ahmed Sleimane, dite Warda.

Nouakchott, le 28 septembre 2026 : Le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a accordé une grâce présidentielle spéciale à la journaliste et militante Maimouna Mint Ahmed Sleimane, dite « Warda », activiste du mouvement IRA, condamnée à cinq ans de prison dont trois ans fermes, peine confirmée en appel. Un décret en ce sens a été publié ce lundi, selon la Présidence de la République.
Une grâce totale
Le texte met fin à l’exécution du reliquat de la peine privative de liberté prononcée contre l’intéressée par un jugement définitif, dans une affaire relevant du droit commun. La mesure ne se limite pas à la peine de prison : ses effets s’étendent aux amendes, taxes et frais de justice liés au dossier.
Rappel des faits
La chambre criminelle près du tribunal de Nouakchott-Ouest avait condamné Maimouna Mint Ahmed Sleimane à cinq ans de prison, dont trois ans fermes. La peine a ensuite été confirmée par la Cour d’appel de Nouakchott. La militante était poursuivie pour outrage au Président de la République, à la suite de publications sur Facebook.
Les poursuites ont été engagées en vertu de la loi sur les symboles, adoptée par les autorités pour lutter contre les discours de haine en ligne.
Avant son incarcération, la militante était placée sous contrôle judiciaire. Sa défense a plaidé le caractère arbitraire de sa détention. L’accusation a soutenu de son côté qu’elle avait été emprisonnée pour violation des conditions de ce contrôle, argument également avancé par les autorités pour justifier les mesures prises à son encontre.
Les réactions des organisations de défense des droits humains
Le 24 septembre 2026, l’organisation Women Journalists Without Chains (WJWC) a condamné la peine et appelé à la révision du dossier. Elle estime que la condamnation soulève des préoccupations quant à la liberté d’expression, aux garanties d’un procès équitable et à l’usage de dispositions pénales liées à la sécurité de l’État, rappelant que les restrictions à l’expression politique doivent respecter les principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité.
L’organisation a demandé que la légalité de la révocation du contrôle judiciaire soit examinée, que la journaliste bénéficie d’un recours effectif, que le jugement soit publié et que les infractions d’outrage au président ou d’atteinte à la sécurité de l’État ne servent pas à sanctionner l’expression pacifique. Elle a également rappelé les engagements internationaux de la Mauritanie, notamment au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Les réactions politiques
Dans une déclaration publiée le 24 septembre 2026, le député et militant Biram Dah Abeid, fondateur du mouvement IRA, a estimé que la confirmation de la peine en appel soulevait des questions sur l’égalité devant la loi. Selon lui, la décision porte des connotations politiques. Il a dénoncé l’utilisation des institutions de l’État, y compris la justice et le Parlement, contre les adversaires politiques depuis l’arrivée au pouvoir du président Ghazouani, jugeant les peines prononcées contre certains militants plus sévères que celles infligées dans des affaires de corruption ou de crimes sociaux et économiques.
Il a inscrit le dossier dans un contexte plus large de poursuites visant des défenseurs des droits humains et des voix dissidentes, notamment au sein d’IRA. Il a également affirmé que le dialogue politique ne pouvait atteindre ses objectifs dans un espace d’expression et de protestation pacifique réduit, appelant à appliquer la loi avec la même rigueur à tous.
Réactions : entre gratitude et appel à des réformes
La grâce a été accueillie par des messages de remerciement adressés au chef de l’État. Certains y voient l’occasion de tirer les enseignements de cette affaire.
Dans un commentaire publié sur Facebook, le journaliste Mohamed Mohamed Lemine a ainsi écrit : « La liberté d’expression est certes un droit, mais elle ne peut s’exercer pleinement que dans un État de droit, une aspiration politique officielle qui reste à concrétiser. » Il pointe les résistances de certains cercles du pouvoir.
Une mesure de clémence
La grâce présidentielle est une prérogative du chef de l’État. Elle éteint tout ou partie de la peine sans remettre en cause le jugement rendu. L’affaire relance le débat sur l’exercice de la liberté d’expression et de la presse en Mauritanie.
Redaction Rapide info



