Mauritanie : aux élites noires, le devoir d’éveiller les consciences pour un vivre-ensemble équitable .
Mauritanie : aux élites noires, le devoir d’éveiller les consciences pour un vivre-ensemble équitable .
Par Abdoulaziz DEME : Analyste politique et acteur de la société civile.
La Mauritanie se trouve à un carrefour historique. Notre pays, riche de sa diversité ethnique et culturelle, reste traversé par des clivages anciens qui continuent de miner la cohésion sociale et entraver le développement équitable.
Dans ce contexte, il revient aux élites noires mauritaniennes une responsabilité particulière : celle d’éveiller les consciences et d’initier un dialogue franc et constructif avec nos frères beidanes pour construire ensemble une nation véritablement juste.
Le constat : une équité promise mais jamais pleinement réalisée
Depuis l’indépendance, la Mauritanie a multiplié les déclarations d’intention sur l’unité nationale et l’égalité de tous les citoyens. Pourtant, la réalité quotidienne des communautés noires Haratines, Halpulaar, Soninké, Wolof témoigne de persistantes inégalités structurelles : accès inéquitable à la terre, à l’éducation, à l’emploi public, à la justice, et représentation politique disproportionnée.
Ces discriminations, souvent niées ou minimisées, creusent des plaies qui ne cicatrisent pas.
L’abstention de la majorité des élites noires face à ces injustices, par peur, par commodité ou par manque de vision stratégique, ne fait qu’aggraver le problème.
Le silence des intelligents est complice de l’injustice.
Le devoir d’éveil : pourquoi nos frères beidanes doivent comprendre le vivre-ensemble
Éveiller les consciences ne signifie pas affronter, mais expliquer.
Il s’agit de porter une parole rationnelle, apaisée mais ferme, qui démontre aux beidanes que le vivre-ensemble n’est pas une concession des communautés noires, mais un impératif de survie collective pour tous les Mauritaniens.
Un pays divisé est un pays affaibli.
Les tensions ethniques, les discriminations systémiques et les inégalités criantes rendent la Mauritanie vulnérable aux chocs économiques, aux ingérences extérieures et à l’instabilité politique.
Nos frères beidanes doivent comprendre que l’équité n’est pas un « cadeau » aux communautés noires, mais la condition sine qua non d’une Mauritanie forte, stable et prospère pour tous ses enfants.
Le vivre-ensemble authentique repose sur trois piliers inébranlables : la reconnaissance mutuelle, la justice distributive et la citoyenneté égale pour tous.
Aucun de ces piliers ne peut être ignoré sans compromettre l’édifice national.
L’appel à l’action : comment les élites noires doivent se mobiliser
Nos élites intellectuels, cadres de l’État, responsables économiques, artistes, religieux, militants associatifs doivent cesser de se retrancher dans des positions passives ou individualistes. Voici ce que nous devons faire, concrètement :
Créer des espaces de dialogue structurés avec les élites beidanes, les intellectuels modérés et les médias pour expliquer les enjeux de l’équité sans accusation mais avec des faits.
Produire et diffuser des analyses documentées sur les inégalités systémiques, en s’appuyant sur des données chiffrées, des études de cas et des exemples concrets.
Proposer des solutions institutionnelles plutôt que de se contenter de dénoncer : réforme de la fonction publique, lois contre les discriminations, quotas équitables, commissions vérité et réconciliation.
Mobiliser la diaspora mauritanienne comme force de plaidoyer et de proposition, en capitalisant sur ses acquis académiques, économiques et politiques.
Soutenir les initiatives locales qui promeuvent le vivre-ensemble : écoles biculturelles, programmes de mixité sociale, projets économiques intercommunautaires.
Vers une Mauritanie réconciliée avec elle-même
Être élite, c’est accepter que son statut n’est pas un privilège personnel mais une responsabilité collective.
C’est comprendre que notre légitimité ne vient pas de nos titres ou de nos portefeuilles, mais de notre capacité à servir le bien commun, particulièrement les plus vulnérables.
La Mauritanie de demain ne peut se construire sur les cendres des injustices d’aujourd’hui. Elle exige que nous osions dire la vérité, même quand elle dérange, même quand elle menace nos intérêts à court terme.
Elle exige que nous bureaux les clivages plutôt que les exploiter.
Elle exige que nous croyions en la possibilité d’une nation où chaque Mauritanienne et chaque Mauritaniens, quelle que soit son origine ethnique, puisse vivre dans la dignité, la sécurité et l’égalité des chances.
Il est temps de cesser de subir l’histoire.
Il est temps de la contribuer activement, courageusement, collectivement.
Aux élites noires mauritaniennes : le moment est venu d’éveiller les consciences, de construire des ponts, d’exiger l’équité.
Notre devoir, c’est la justice. Notre mission, c’est l’unité.
Notre avenir, c’est une Mauritanie réconciliée.
Le signataire est analyste politique, acteur de la société civile et membre actif des réseaux diasporiques mauritaniens en France.
© Abdoulaziz DEME
Le 03 Juin 2026



