Rapport IGE Mauritanie : Révélations, enjeux judiciaires et gabegie
Mauritanie : Du rapport de l’IGE aux prétoires, le grand test de la reddition des comptes
Analyse approfondie du rapport de l’Inspection Générale de l’État en Mauritanie : plus de 2,3 milliards d’ouguiyas d’irrégularités, le choc des partis et le défi de la suite judiciaire.
La publication du rapport annuel de l’Inspection Générale de l’État (IGE) met à nu plus de 2,3 milliards d’ouguiyas d’anomalies financières en Mauritanie. Mais au-delà du choc des chiffres et des batailles politiques entre la majorité et l’opposition, une question cruciale s’impose : l’État a-t-il la volonté et les mécanismes institutionnels pour transformer le constat administratif en véritables sanctions judiciaires ?
Mauritanie : Du rapport de l’IGE aux prétoires, le grand test de la reddition des comptes
En dévoilant les conclusions de son contrôle annuel couvrant les exercices 2024 et 2025, l’Inspection Générale de l’État (IGE) a levé le voile sur des irrégularités financières dépassant 2,37 milliards d’ouguiyas. Si l’exercice de transparence institutionnelle est salué, il rouvre le débat fondamental de la gouvernance en Mauritanie : que devient le rapport une fois les projecteurs éteints ? Entre exigences déontologiques, pressions de l’opposition, fermeté présidentielle et ∗verrous judiciaires, décryptage d’un tournant institutionnel.
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Une transparence sous contrôle : La ligne de crête de l’IGE
Depuis sa prestation de serment solennelle le 24 janvier 2025, l’Inspecteur Général de l’État, Sidi Mohamed Ould Cheikh Ould Beida, sait qu’il évolue sur une corde raide. Dans une déclaration exclusive accordée à ∗Sahara Media∗, le patron de l’organe de contrôle supérieur a tenu à cadrer fermement la portée du document rendu public.
Pour Ould Beida, la publication des résultats répond à des impératifs légaux et professionnels stricts. L’institution s’est imposée comme priorité absolue la protection de la présomption d’innocence, le respect des données à caractère personnel et le secret professionnel prescrit par les textes en vigueur.
« Ce rapport constitue, à ce stade, la référence officielle des informations pouvant être communiquées à l’opinion publique concernant le travail de l’Inspection générale et les résultats de ses missions », a souligné l’Inspecteur Général, se félicitant au passage du débat public suscité par la publication, qu’il qualifie de « naturel et utile« .
Derrière cette prudence verbale se cache pourtant un inventaire financier d’une ampleur saisissante.
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Radiographie des chiffres : L’ampleur des anomalies financières
Au cours de 35 missions d’inspection minutieuses menées en 2024 et 2025, l’IGE a ausculté un volume global de 32,86 milliards d’ouguiyas. Le diagnostic est sans appel : les anomalies constatées ayant un impact financier direct s’élèvent à 2,37 milliards d’ouguiyas.
L’action de l’IGE ne s’est pas limitée à la dénonciation a posteriori. L’arsenal préventif a permis d’éviter le gaspillage de 603,76 millions d’ouguiyas via la rationalisation des dépenses et la suspension de 694,69 millions de paiements injustifiés. Par ailleurs, 524,48 millions d’ouguiyas ont déjà été recouvrés ou sont en voie de l’être.
Sur le plan administratif, le couperet est tombé : 20 fonctionnaires ont été révoqués de leurs fonctions et 11 avertissements disciplinaires ont été prononcés. Enfin, la frange la plus lourde du dossier – représentant 1,21 milliard d’ouguiyas** d’impact financier – a été formellement transmise aux autorités judiciaires.
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La charge de l’opposition : « Tewassoul » dénonce le fléau des marchés publics
Si l’exécutif met en avant sa volonté d’assainissement, l’opposition politique y voit la preuve d’un mal systémique. Dans un communiqué sans concession publié ce dimanche, le Parti du Rassemblement National pour la Réforme et le Développement (*Tewassoul*) est monté au créneau.
Pour le principal parti d’opposition, le rapport de l’IGE met en lumière une gestion défaillante des deniers publics où 60 % des irrégularités constatées sont directement adossées à la commande publique. Tewassoul pointe du doigt :
– Des mécanismes de « concurrence fictive » et des ententes de gré à gré sans justification économique ;
– Le morcellement artificiel des dépenses pour contourner les seuils de contrôle ;
– L’absence de suivi de chantier et la livraison de travaux non conformes aux cahiers des charges.
Plus sévère encore, Tewassoul critique la lenteur du suivi des réformes, observant que seules 231 recommandations sur les 771 émanant de l’IGE ont été effectivement mises en œuvre.
« Le problème fondamental ne réside pas seulement dans le constat de ces anomalies, mais dans la responsabilisation effective des gestionnaires, le recouvrement de chaque ouguiya publique et la fin de l’impunité, quels que soient les postes ou l’influence des personnes impliquées », martèle le parti de l’opposition.
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L’après-rapport : Le goulot d’étranglement de la chaîne judiciaire
C’est ici que s’ouvre le véritable nœud gordien de la gouvernance mauritanienne, brillamment analysé par des observateurs et juristes de la société civile, à l’image des récents travaux d’analyse publiés sur la transition post-rapport.
La publication d’un rapport, aussi rigoureux soit-il, n’est pas une fin en soi. L’IGE enquête et constate ; elle n’est ni un tribunal pénal ni un juge d’instruction. La question cruciale demeure : que se passe-t-il une fois le document déposé sur la table du gouvernement ?
1. Le filtre politique de la poursuite pénale
Dans le système judiciaire actuel, la saisine des tribunaux dépend du Parquet, placé sous l’autorité institutionnelle du Ministère de la Justice. Ce lien organique entre l’exécutif et l’action publique crée un risque permanent d’arbitrage politique. Un dossier à fort impact financier risque-t-il d’être freiné s’il touche des personnalités politiquement influentes ?
2. La Cour des Comptes comme « Sas Institutionnel »
Pour sortir de ce piège, une réforme structurelle s’impose : créer un véritable sas institutionnel. Tout rapport de l’IGE comportant des fautes financières graves devrait être transmis systématiquement à la Cour des Comptes. Celle-ci, en tant que juridiction financière indépendante, évaluerait le dossier et le transmettrait directement à la justice pénale sur la base de critères objectifs fixés par la loi, affranchis des rapports de force politiques.
3. L’urgence de la spécialisation financière des juges
La criminalité financière moderne – sociétés écrans, montages budgétaires complexes, fausses facturations – exige une expertise que la seule maîtrise du droit pénal général ne peut offrir. La formation continue et spécialisée des magistrats en comptabilité publique, fiscalité et ingénierie financière est l’autre condition préalable à des procès équitables et efficaces.
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La réponse de l’Exécutif : Du limogeage à la riposte politique
Sensible à la pression de l’opinion publique et soucieux de marquer son magistère du sceau de l’intégrité, le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a réaffirmé sa ligne dure. Lors de ses récentes interventions, le chef de l’État a rappelé sa détermination à appliquer « les sanctions les plus sévères contre ceux qui ont trahi la confiance publique ».
Traduisant ces directives en actes, l’exécutif a pris des mesures spectaculaires : il a été mis fin aux fonctions de tous les responsables formellement cités dans les rapports de contrôle, laissant au Parquet le soin d’engager les poursuites pénales appropriées. Les ministres ont été sommés d’activer leurs structures de contrôle interne et de ne plus « attendre les bras croisés le passage des inspecteurs pour corriger les dysfonctionnements ».
Sur le terrain politique, le parti au pouvoir, El Insaf, s’est empressé de verrouiller le débat. Dans son communiqué n° 14/2026, la formation de la majorité salue « un leadership empreint de sagesse et de transparence« , voyant dans la démarche présidentielle la preuve irréfutable que la lutte contre la corruption est devenue une réalité institutionnelle incontournable en Mauritanie.
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Conclusion : Passer du constat à la responsabilité
La Mauritanie se trouve se trouver à un moment décisif de son existence où l’on doit faire un choix important entre plusieurs orientations. L’époque où les rapports d’audit étaient classés sans suite dans les tiroirs de l’administration semble s’éloigner. Mais le combat contre la gabegie ne se gagnera ni par des opérations de communication, ni par des règlements de comptes sélectifs.
Pour restaurer durablement la confiance du citoyen, l’État doit bâtir une chaîne d’imputabilité transparente, traçable et impersonnelle : du constat de l’inspecteur à la décision du juge, en passant par des nominations exclusivement fondées sur la compétence et la probité. C’est uniquement à ce prix que le rapport de l’IGE cessera d’être un simple état des lieux pour devenir le levier d’une véritable culture de la responsabilité publique.
Sources référencées :
AMI (Agence Mauritannienne d’Information) :
Cérémonie officielle de prestation de serment de l’Inspecteur Général de l’État, Sidi Mohamed Ould Cheikh Ould Beida, supervisée par le Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani au Palais présidentiel de Nouakchott.
SAHARA MEDIA :
Déclaration exclusive accordée par l’Inspecteur Général de l’État, Sidi Mohamed Ould Cheikh Ould Beida, précisant les contraintes juridiques, la protection de la présomption d’innocence, du secret professionnel et la portée du rapport annuel de l’IGE.
Publication des données financières, des montants d’irrégularités constatés (plus de 2 milliards d’ouguiyas) et de la révocation des 20 fonctionnaires.
RAPIDE INFO :
Couverture des réactions politiques, notamment les communiqués du parti d’opposition Tewassoul concernant les marchés publics et du parti au pouvoir El Insaf.
Ahmed Ould Bettar



