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Mutations structurelles de la production bovine en Mauritanie : entre pressions environnementales et contraintes géopolitiques

La production bovine en Mauritanie constitue l’un des piliers de l’économie rurale et de la sécurité alimentaire, tout en étant intimement liée aux dynamiques sociales et culturelles des communautés pastorales, notamment les Peuls et les Maures.
Traditionnellement, l’élevage reposait sur un système de transhumance organisée, permettant aux troupeaux de se déplacer entre les zones de pâturages saisonniers et les points d’eau, garantissant ainsi la régénération des ressources naturelles et la durabilité des pratiques pastorales.

Ce système constituait également un facteur de cohésion sociale, structurant les relations intercommunautaires et les échanges commerciaux régionaux.
Cependant, ce modèle est aujourd’hui confronté à des changements structurels profonds.
La réduction des pâturages due à la désertification accélérée, à l’urbanisation croissante et à la dégradation des terres agricoles fragilise la capacité des éleveurs à nourrir leurs troupeaux. Selon des études récentes, certaines zones traditionnellement utilisées pour le pâturage ont vu leur couverture végétale décliner de 15 à 30 % au cours des deux dernières décennies, entraînant une diminution progressive des rendements laitiers et de la production de bœuf.

À cette pression environnementale s’ajoutent des contraintes géopolitiques et sécuritaires. Les conflits persistants au Mali, voisins de la Mauritanie, ont limité l’accès à certains corridors de transhumance transfrontaliers, traditionnellement essentiels pour la rotation des troupeaux.
Parallèlement, les accords récents entre le Sénégal et la Mauritanie sur la circulation des personnes et des biens, souvent restrictifs, ont introduit des quotas et des contrôles administratifs renforcés aux frontières, réduisant la mobilité et augmentant les coûts logistiques pour les éleveurs.
La combinaison de ces facteurs entraîne une fragmentation progressive des parcours pastoraux et la nécessité de repenser les stratégies d’élevage.
Les effets socio-économiques sont multiples :
Réduction de la production : les troupeaux ayant un accès limité à l’herbe et à l’eau voient leur croissance et leur productivité diminuer, affectant à la fois le lait et la viande.

Augmentation des coûts :

la concentration des troupeaux sur des pâturages restreints accroît les besoins en compléments alimentaires et en soins vétérinaires.
Tensions sociales : la limitation de la transhumance génère des conflits entre communautés sur l’accès aux ressources pastorales, exacerbant les rivalités ethno-tribales.

Fragilisation des pratiques culturelles :

Les rituels et coutumes liés à la mobilité des troupeaux, qui structurent la vie sociale des éleveurs, sont menacés, risquant de rompre des siècles de continuité culturelle.
Face à ces défis, la résilience sociale et l’amour relationnel – entendus comme le soin mutuel, la solidarité et la reconnaissance de l’autre – apparaissent comme mécanismes essentiels de régulation collective. Les éleveurs qui coopèrent pour partager les ressources limitées, organiser la garde des troupeaux et assurer l’accès équitable aux pâturages démontrent que la solidarité et la coopération ne sont pas de simples valeurs morales, mais des stratégies adaptatives vitales pour la survie des communautés.
Pour soutenir la production bovine dans ce contexte, des mesures intégrées sont nécessaires :

Préservation et restauration des pâturages :

programmes de reboisement, protection des zones sensibles et gestion durable de l’eau.
Sécurisation des corridors de transhumance : négociations régionales pour maintenir la mobilité transfrontalière des troupeaux malgré les conflits.

Allégement des restrictions administratives :
accords bilatéraux et mécanismes simplifiés pour la circulation des personnes et des troupeaux.
Renforcement des pratiques communautaires : valorisation des mécanismes traditionnels de solidarité et de médiation pour prévenir les conflits.
Ainsi, la production bovine en Mauritanie traverse une période de transition critique, confrontée à des pressions environnementales et politiques inédites. La durabilité du secteur dépendra non seulement de l’adaptation technique des éleveurs, mais aussi de la capacité des communautés et des institutions à intégrer l’amour social, la coopération et la solidarité comme facteurs centraux de résilience collective et de régulation sociale.
Dia Daouda Moussa

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