PK12 Nouakchott : Matricide et fratricide, l’urgence sociale en Mauritanie
Un matricide et un fratricide secouent PK12 Nouakchott. Comment la drogue et l'abandon des quartiers périphériques pèsent sur la jeunesse mauritanienne.
PK12 Nouakchott drogue jeunesse- Deux drame intrafamiliaux frappent le quartier PK12 Nouakchott. Entre drogue, chômage et absence de l’État, analyse d’une jeunesse livrée à elle-même et des solutions urgentes à déployer.
PK12 Nouakchott: Quand l’abandon des quartiers périphériques fabrique des assassins
Par Yahya Niane
_Deux drames le même jour au même quartier. Un fils tue sa mère. Un autre tue son frère. À Nouadhibou, même horreur la semaine dernière. Ce n’est plus de la délinquance. C’est la faillite de la prise en charge d’une jeunesse livrée à la drogue._
Nouakchott, PK12. Le jour noir. En quelques heures, dans le même quartier périphérique, deux familles ont été anéanties. Un matricide et un fratricide. Deux jeunes sans qualification, sans emploi et sans aucun encadrement, qui ont tué ce qu’ils avaient de plus sacré, sous l’emprise de psychotropes vendus à 500 MRU au coin des rues.
Or, ce qui rend ce drame encore plus douloureux, c’est qu’il était impensable il y a quelques décennies. En effet, dans les années 1980, il était rarissime d’entendre parler de fratricide, de matricide ou de parricide en Mauritanie, car la famille était un sanctuaire inviolable et le respect de la mère était sacré. A l’époque, même le jeune sans diplôme était encadré par la famille élargie, par le respect des anciens, par l’école coranique et par l’apprentissage chez un artisan. Aujourd’hui au contraire, ce tissu social a explosé et la jeunesse des quartiers périphériques comme PK12, El Mina, Tarhil, ou de l’intérieur comme Boghé et Maghama, est totalement désoeuvrée et livrée à elle-même.
Dès lors, le vide laissé par l’absence de l’État est immédiatement rempli par la drogue. Faute de centre de formation, de maison de jeunes fonctionnelle ou de terrain éclairé, le jeune traîne du matin au soir et le dealer devient son seul grand frère. Ainsi, à Boghé et Maghama, comme à Nouakchott et à Nouadhibou, on observe la même dérive : des jeunes déscolarisés sombrent dans la consommation de Tramadol et de Rivotril, puis commettent sous emprise des agressions à l’arme blanche, des vols qui virent au meurtre et des violences intrafamiliales qui choquent toute la communauté.
Par conséquent, on ne peut plus parler de simples faits divers, car on ne peut pas abandonner une génération entière et s’étonner ensuite qu’elle viole et qu’elle tue. C’est la conséquence directe de l’absence de prise en charge, et c’est pourquoi la sécurité de Nouakchott ne se jouera pas au centre-ville, mais bien à PK12, à Boghé et à Maghama.
Face à cette urgence, il est donc impératif que tout le monde prenne ses responsabilités. D’abord, l’État doit agir avec un plan d’urgence en trois volets : sécuritaire en démantelant les points de vente connus de tous, sanitaire en ouvrant une cellule d’écoute et de sevrage gratuite dans chaque centre de santé, et surtout social en accompagnant concrètement les jeunes déscolarisés à travers des formations courtes et payées en soudure, électricité, plomberie, mécanique et transformation agricole.
Ensuite, et c’est tout aussi crucial, les Imams dans les mosquées, les médias et surtout la radio et la télévision nationales, ainsi que les associations de jeunes, doivent lancer une vaste campagne de sensibilisation. Car tant que la drogue ne sera pas dénoncée comme une destruction de la famille et de la religion, le comprimé continuera de remplacer le Coran et le métier.
En définitive, quand un fils en arrive à tuer sa mère le même jour où un autre tue son frère, ce n’est plus un crime familial, c’est l’échec de toute une société. Tant que le comprimé reste à la portée de tous et que l’avenir d’un jeune ne vaut pas la peine, on pleurera d’autres mères.



