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Tribune : Faire du Sud de la Mauritanie l’un des greniers du pays !

Face aux défis climatiques et à la dépendance alimentaire, le Sud de la Mauritanie s’impose comme le levier clé de la souveraineté nationale. Fort de ses ressources en eau et de terres à haut potentiel, la région démontre déjà sa capacité de production à travers des projets d’envergure comme le canal de Socam. Dans cette tribune, Abdoulaziz DEME lance un appel solennel aux pouvoirs publics pour faire de la vallée du fleuve Sénégal le véritable grenier agricole du pays.

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Le Sud de la Mauritanie, adossé au fleuve Sénégal et structuré par des marigots comme celui de Sokam, dispose d’un potentiel agricole exceptionnel. Pourtant, ce « grenier naturel » reste sous-exploité, alors même que le pays s’est fixé comme ambition stratégique d’atteindre la souveraineté alimentaire.

Dans un contexte marqué par la pression démographique, l’exode rural et les chocs climatiques, la sécurité alimentaire ne peut plus reposer sur des importations massives ni sur des projets ponctuels.

Elle exige une vision claire, des investissements structurants et une mobilisation nationale autour des territoires qui ont la capacité de nourrir la Mauritanie.
Le Sud en fait partie.

Un potentiel sous-estimé, mais bien réel

Les zones irriguées du Sud mauritanien bénéficient d’un accès à l’eau du fleuve Sénégal et de sols alluviaux propices aux cultures maraîchères, céréalières et fourragères.
Les derniers chiffres officiels montrent une progression spectaculaire de la production agricole, passée de 409 000 tonnes en 2019 à 985 000 tonnes en 2025‑2026, grâce à l’extension des périmètres irrigués et à l’appui aux producteurs.

Des projets récents, comme le canal de Socam (34 km) lancé à Rosso, visent à irriguer environ 16 000 hectares supplémentaires et à sécuriser la production maraîchère et céréalière.
La campagne maraîchère 2025‑2026 prévoit déjà 12 000 hectares exploités et 240 000 tonnes de légumes, avec un taux d’autosuffisance en légumes attendu à 84% d’ici 2026.
Ces résultats prouvent que, lorsque l’État investit dans l’hydraulique agricole, les infrastructures et l’accompagnement technique, le Sud répond. Il peut faire bien plus.

Un enjeu de souveraineté, d’emplois et de stabilité.

Faire du Sud l’un des greniers de la Mauritanie, c’est d’abord une question de souveraineté.
Le gouvernement a fixé comme objectif la couverture intégrale des besoins nationaux en riz et le développement de filières d’exportation pour les excédents.
Cela ne sera pas possible sans une spécialisation territoriale assumée : le Nord pour les mines et l’énergie, le Sud pour l’agriculture intensive et la transformation agroalimentaire.

C’est aussi un enjeu social majeur. Le secteur agricole est le premier pourvoyeur d’emplois en milieu rural. Une politique agricole ambitieuse dans le Sud permettrait de fixer les jeunes, de réduire l’exode vers Nouakchott et de créer des emplois décents dans la production, la logistique, la transformation et le commerce.

Enfin, c’est un levier de stabilité.

La dépendance aux importations expose le pays aux fluctuations des prix internationaux et aux ruptures d’approvisionnement.
Une production locale forte, en particulier pour les produits de base (riz, maïs, légumes, fourrages), renforce la résilience nationale face aux crises.

Les conditions d’une véritable transformation

Pour que le Sud devienne un véritable grenier, plusieurs conditions doivent être réunies :
Une politique foncière claire et juste, qui sécurise l’accès à la terre pour les paysans et les jeunes entrepreneurs ruraux, tout en évitant la concentration des terres et la spéculation.

Des investissements massifs dans l’hydraulique agricole : canaux, stations de pompage, périmètres irrigués, petits barrages, systèmes d’irrigation économes en eau.
Un accompagnement technique et financier des producteurs : semences améliorées, engrais subventionnés, crédit agricole, assurance récolte, vulgarisation, formation professionnelle.

Le développement de chaînes de valeur complètes : stockage, froid, conditionnement, transformation, commercialisation, avec un rôle accru du secteur privé et des coopératives.
Une gouvernance territoriale inclusive, associant collectivités locales, organisations paysannes, jeunesse et société civile à la planification et au suivi des projets.
Des instruments existent déjà : Stratégie pour la croissance accélérée et la prospérité partagée (SCAPP), Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire (PNIA‑SA), Code des investissements révisé, initiatives de la SONADER.
Il s’agit désormais de les orienter résolument vers le Sud, avec des objectifs chiffrés, des calendriers clairs et une redevabilité forte.

Une ambition nationale à incarner politiquement.

Faire du Sud de la Mauritanie l’un des greniers du pays n’est pas seulement un projet technique. C’est un choix politique : celui de placer l’agriculture et la souveraineté alimentaire au cœur du modèle de développement.
C’est aussi un message adressé à la jeunesse : il y a un avenir dans la terre, dans l’entrepreneuriat rural, dans la transformation locale.
Cette ambition doit être portée au plus haut niveau de l’État, déclinée dans les plans régionaux, et traduite en budgets pluriannuels. Elle mérite un pacte national entre l’État, les collectivités, les producteurs, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers.

Appel au gouvernement mauritanien et aux pouvoirs publics

Objectif : Faire du Sud de la Mauritanie l’un des greniers du pays .
Appel à une mobilisation nationale pour la souveraineté alimentaire

À l’attention de :
Monsieur le Président de la République, Chef de l’État.

Monsieur le Premier ministre
Monsieur le Ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.
Messieurs les Gouverneurs et Maires des régions et communes du Sud
Partenaires techniques et financiers, secteur privé, organisations paysannes et société civile.

Nous, citoyens, acteurs du développement, membres de la société civile et professionnels engagés pour la Mauritanie, adressons cet appel solennel aux pouvoirs publics pour faire du Sud de la Mauritanie l’un des greniers du pays.
Constat:
Le Sud mauritanien, bordé par le fleuve Sénégal et structuré par des axes comme la « route de l’Espoir », possède un potentiel agricole considérable.
Les récentes campagnes maraîchères, le lancement du canal de Socam et la progression de la production agricole montrent que, lorsqu’il y a une volonté politique et des investissements, le Sud produit.

Pourtant, ce potentiel reste en deçà de ce qu’il pourrait être. Une partie des terres irrigables n’est pas mise en valeur, les chaînes de valeur sont incomplètes, l’accès au foncier et au crédit reste difficile pour les jeunes et les petits producteurs, et la dépendance aux importations pour les produits de base demeure forte.
Demande:
Nous appelons le gouvernement mauritanien et les pouvoirs publics à :
Inscrire officiellement le Sud comme pôle stratégique de la souveraineté alimentaire, avec un objectif clair : faire de cette région l’un des principaux greniers céréaliers, maraîchers et fourragers du pays à l’horizon 2030.

Accélérer et amplifier les investissements dans l’hydraulique agricole du Sud : achèvement et extension du canal de Socam, réhabilitation et construction de canaux secondaires, stations de pompage solaires, petits barrages, périmètres irrigués équipés en systèmes d’irrigation économes.

Mettre en place un programme spécial. « Grenier du Sud », doté d’un budget pluriannuel, incluant :
Sécurisation foncière pour les paysans et les jeunes entrepreneurs ruraux ;
Subventions ciblées pour les intrants (semences, engrais, équipements d’irrigation) ;
Crédit agricole adapté et assurance récolte ;
Formation professionnelle et appui technique via la vulgarisation agricole ;
Infrastructures de stockage, de froid, de conditionnement et de transformation.

Favoriser l’implication du secteur privé et des coopératives dans les chaînes de valeur du Sud, via des partenariats public‑privé, des incitations fiscales et un environnement des affaires simplifié pour les projets agro‑industriels.

Associer étroitement les collectivités locales, les organisations paysannes et la jeunesse à la conception, à la mise en œuvre et au suivi des projets, pour garantir leur pertinence, leur appropriation et leur durabilité.
Rendre compte publiquement, chaque année, des avancées de cette politique (superficies mises en valeur, productions, emplois créés, taux d’autosuffisance par filière), afin de renforcer la transparence et la confiance.

Engagement:

Nous nous engageons, à notre niveau, à :
Sensibiliser les populations et les jeunes du Sud aux opportunités offertes par l’agriculture moderne et l’entrepreneuriat rural ;
Appuyer les initiatives locales de production, de transformation et de commercialisation ;
Contribuer à la réflexion et au suivi des politiques publiques en matière de sécurité alimentaire et de développement rural.

Conclusion de l’appel:

La Mauritanie a les atouts pour nourrir ses enfants et réduire sa dépendance aux importations. Le Sud peut et doit devenir l’un des greniers du pays. Cela exige une volonté politique forte, des investissements structurants et une mobilisation de tous les acteurs.
Nous invitons le gouvernement mauritanien et les pouvoirs publics à transformer cette ambition en priorité nationale, à la traduire en actes concrets et à en faire un projet rassembleur pour toute la nation.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Ministre, Messieurs les Gouverneurs et Maires, l’expression de notre haute considération et de notre engagement patriotique.

Abdoulaziz DEME
Le 14 Septembre 2026

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