Petite Métaphysique du Recyclage Politique:

Recyclage Politique
Il est des lois de la physique qui, une fois transposées sous nos latitudes, perdent leur rigueur scientifique pour devenir les piliers d’une comédie humaine sans fin. En Mauritanie, le célèbre adage de Lavoisier sur la conservation de la matière trouve une illustration presque surnaturelle au sein de la haute administration. Ici, rien ne se perd, rien ne se crée, mais tout se recycle avec une audace qui défie l’entendement. Tandis que les sommets de l’État vacillent au gré des tempêtes politiques, une certaine caste de hauts fonctionnaires semble jouir d’une immunité biologique face au changement.
Que le palais change de maître, qu’un président déchoit ou qu’il soit frappé par les rigueurs de l’incarcération, ces figures de proue demeurent imperturbables, solidement ancrées aux bastions du pouvoir. Cette résilience est d’autant plus fascinante qu’elle survit aux verdicts les plus accablants. En effet, alors que les rapports de la Cour des Comptes pointent du doigt des gestions calamiteuses, le pouvoir, loin de s’en offusquer, semble leur tendre une main secourable dans un élan de solidarité qui confine à la magie. On en vient alors à se demander si ces carrières ne sont pas protégées par quelque gris-gris institutionnel ou un secret d’alchimie que le commun des mortels ignore.
Pourtant, derrière ces carrières de marbre, le vide est sidérant. Ces hommes ne produisent rien, n’édifient rien, mais ils gravitent avec une agilité de funambule vers les centres de profit. Ils tournent autour des fonctions comme des planètes autour d’un soleil, s’accrochant aux privilèges avec une absence totale de scrupules. Dans ce grand banquet national, ils se servent sans jamais connaître la satiété, transformant l’éthique publique en un lointain souvenir. C’est là le grand paradoxe de notre système : une élite qui, par son insignifiance même, parvient à se rendre éternelle, prouvant ainsi que l’art de la survie politique est devenu, chez nous, le plus grand des prestiges.
Eléya Mohamed
Notes d’un vieux professeur



