Ould Djay : crise jusqu’à mi-2027 et débat jugé trop court
Le Premier ministre Moctar Ould Djay annonce des mesures sur les prix et les salaires, une vision 2060 et une crise jusqu’à mi-2027. Des députés dénoncent un débat trop court.

Ould Djay devant les députés : des mesures pour le pouvoir d’achat, une crise attendue jusqu’à mi-2027, et un débat jugé trop court
Devant l’Assemblée nationale, samedi 7 novembre, le Premier ministre Moctar Ould Djay a présenté la feuille de route de son gouvernement : vision 2060, programme pour l’intérieur du pays, appel à la jeunesse. Il a aussi prévenu que la crise économique pourrait durer au moins jusqu’à la mi-2027, avec des prix en hausse d’environ 7,3 % depuis février. Des mesures sur le pouvoir d’achat auraient été annoncées, selon la presse. Mais plusieurs députés dénoncent déjà un temps de parole trop réduit pour examiner sérieusement le programme.
C’est une phrase presque glissée au milieu du discours, mais c’est sans doute la plus importante. Le gouvernement travaille sur l’hypothèse d’une crise économique qui se prolongerait au moins jusqu’à la mi-2027, et il prépare déjà des plans pour le cas où elle irait au-delà. Moctar Ould Djay l’a dit samedi 7 novembre devant les députés, en présentant sa déclaration de politique générale.
Les chiffres donnent la mesure du problème. Selon le Premier ministre, les prix ont grimpé d’environ 7,3 % entre fin février et fin septembre 2026. Pour les ménages, cela veut dire des denrées, de l’énergie et des transports plus chers, mois après mois.
Des mesures sur le pouvoir d’achat
Sur ce front, le discours aurait évoqué, d’après Rimnow, une révision du prix des carburants, un plafonnement du prix de la viande, une hausse des salaires et une prise en charge partielle des factures d’eau et d’électricité. Le détail des montants et du calendrier reste à préciser, de même que le financement, alors que le gouvernement dit lui-même devoir arbitrer entre dépenses sociales et investissements.
Un appel à la jeunesse
Le chef du gouvernement s’est aussi adressé directement aux jeunes. Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a-t-il dit, compte sur eux pour « porter le flambeau de l’avenir » et « façonner les transformations de demain ». Il les a appelés à être des « partenaires actifs » du pays et à ne pas céder au découragement.
Du concret a suivi. Selon Al Akhbar, les financements destinés aux initiatives de jeunes créatrices de revenus et d’emplois dans les wilayas de l’intérieur seraient doublés, et un fonds spécial serait créé pour le développement de ces régions. Reste à savoir comment ces fonds seront distribués, et à qui. Emploi, formation, financement : c’est là que les jeunes attendent le gouvernement.
2060 : voir loin
Le gouvernement veut lancer l’élaboration d’une « vision nationale pour la Mauritanie que nous voulons à l’horizon 2060 ». Elle serait traduite en un plan national de développement, avec des priorités, des programmes et des projets suivis dans le temps. L’idée est de sortir des plans à court terme et d’éviter que chaque changement de gouvernement remette tout à zéro. Pour y parvenir, il faudra des objectifs clairs, des indicateurs mesurables et une vraie association de la société civile, du secteur privé et des jeunes.
L’intérieur du pays, enfin ?
Autre annonce : un programme économique propre à chaque wilaya, centré sur l’agriculture, l’élevage et les services urbains. Le Premier ministre a repris l’objectif du président : transformer l’investissement public en activités qui créent des emplois et fixent les populations sur place. Le sujet n’est pas neuf. Études, soins, travail : Nouakchott attire tout, et l’exode se poursuit.
Continuité assumée, bilan nuancé
Moctar Ould Djay a présenté son équipe comme n’ayant qu’une seule référence politique, le programme présidentiel « Tamoohi lil Watan » (« Ambition pour la patrie »). Il s’inscrit dans la lignée du gouvernement précédent, dont il salue les efforts malgré des « défis majeurs ». Il a même concédé que tout ce qui a été fait « reste en deçà » des attentes du peuple mauritanien. L’aveu est rare dans ce type d’exercice, mais il crée une obligation : dire comment on mesurera les progrès.
Il a par ailleurs défendu un bilan de croissance et de diversification, affirmant que l’essentiel des marges budgétaires avait été orienté vers la protection sociale.
Un débat sous tension
La discussion n’a pas attendu le discours pour s’échauffer. Le député Ahmed Ould Mballa (Tawassoul) avait contesté, avant même la séance, la réduction du temps de parole décidée par la Conférence des présidents. La députée Aziza Jeddou a ensuite dénoncé, selon Rimnow, le temps court accordé à chaque élu pour débattre d’un programme gouvernemental entier.
Dans la majorité, le ton était à la discipline. Le président d’El Insaf, Mohamed Ould Bilal Messoud, avait demandé à ses députés une attitude « positive et responsable », un vote groupé et une participation active au débat, rapporte Rim Infos.
Ce qu’il faut retenir
Le gouvernement promet une réponse rapide au pouvoir d’achat et à l’emploi des jeunes, dans un contexte de crise qu’il juge durable. Les élus, eux, estiment disposer de trop peu de temps pour en débattre. Sans calendrier, sans budget détaillé et sans indicateurs, ces annonces risquent de rester des déclarations d’intention. Les députés, comme les citoyens, jugeront sur pièces.



