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Discours du Premier ministre Ould Djay : lecture de Mohamed Sid’Ahmed

Mohamed Sid’Ahmed analyse le discours d’Ould Djay devant l’Assemblée nationale : continuité, bilan 2019-2026, pouvoir d’achat et vision 2060.

Lecture politique et développementale du discours du Premier ministre, M. El Mokhtar Ould Djay, devant le Parlement (7 novembre 2026)

Par Mohamed Sid’Ahmed, membre du Conseil national du parti El Insaf, administrateur du corps financier, expert-comptable agréé, membre de l’Ordre national des experts-comptables.

Le discours prononcé par le Premier ministre, M. El Mokhtar Ould Djay, devant l’Assemblée nationale le samedi 7 novembre 2026 n’était pas un simple exposé protocolaire du programme de politique générale du gouvernement. Il portait des messages politiques, institutionnels, économiques et sociaux importants. Ils traduisent clairement la volonté de l’État de ancrer la continuité de l’action nationale, de consolider les acquis, de corriger les dysfonctionnements et d’ouvrir de nouvelles perspectives de développement et de réforme.

Le discours s’est distingué par sa clarté et son sens des responsabilités, qu’il s’agisse de dresser le bilan de l’action gouvernementale des dernières années, de reconnaître les efforts du gouvernement sortant ou de définir les priorités et les défis de la période à venir.

I. Le volet politique : fidélité aux réalisations et continuité assumée

Le Premier ministre n’a pas traité la période gouvernementale précédente comme une page tournée avec la fin d’une équipe. Il a rendu justice à ses efforts et reconnu les sacrifices consentis par ses membres, ainsi que les résultats obtenus dans l’exécution des programmes, malgré les défis structurels et le contexte international, régional et national.

Il a remercié et félicité nommément chacun des membres du gouvernement sortant, jugeant leur bilan honorable. Ce geste a une portée politique et institutionnelle : il reflète une culture de reconnaissance de l’effort collectif et rappelle que l’action gouvernementale est une responsabilité cumulative. Les réalisations nationales tiennent moins aux personnes ou aux équipes qu’au projet national que les institutions de l’État s’emploient à concrétiser.

Le Premier ministre a aussi exprimé sa profonde gratitude au Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, pour le soutien, l’accompagnement et les orientations dont il a bénéficié pendant qu’il coordonnait l’action du gouvernement précédent, ainsi que pour la nouvelle confiance qui lui a été accordée afin de former l’actuel gouvernement et d’en diriger les travaux.

Cette position a une importance particulière : le renouvellement de la confiance ne relève pas du simple choix d’une personnalité, il traduit la volonté de poursuivre la voie des réformes et du développement, en tirant parti de l’expérience passée, en perfectionnant les méthodes de travail et en élevant le niveau de performance.

Surtout, le discours place le gouvernement actuel et le précédent sous une même référence politique : le projet de société du Président de la République et le programme « Mon Ambition pour la Patrie », ce qui confirme l’unité de vision et la complémentarité des étapes de mise en œuvre.

L’un des messages politiques majeurs est ainsi la nécessité de passer de la logique des recommencements à chaque changement de gouvernement à une culture de continuité, d’accumulation et de construction sur l’acquis. Le Premier ministre a rappelé la position du Président : les États ne se refondent pas à chaque étape, et chaque gouvernement doit partir de là où s’est arrêté son prédécesseur, ajouter à ce qui a été accompli, traiter les dysfonctionnements et ouvrir des perspectives pour ce qui reste à faire.

Cette orientation est l’une des conditions de l’édification d’un État moderne. La vraie réforme ne repose pas sur une rupture permanente avec les expériences antérieures, mais sur leur évaluation objective, la conservation de ce qui a prouvé son efficacité, la correction des insuffisances et la pérennité des politiques publiques.

II. Valoriser la vision du Président de la République

Il est juste, en lisant le bilan gouvernemental et les nouvelles orientations, de souligner le rôle central du Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, auteur de la vision politique et de développement sur laquelle reposent les programmes du gouvernement.

Le discours a précisé que les réalisations des dernières années s’inscrivent dans la mise en œuvre du programme « Mes Engagements » (Taahoudati), référence de la première phase, et du programme « Mon Ambition pour la Patrie », qui encadre la phase actuelle.

Cette vision s’est traduite par plusieurs choix stratégiques : le renforcement de l’État de droit et des institutions, l’élargissement de l’accès aux services de base, la consolidation de l’école républicaine, le renforcement de la protection sociale, le développement des infrastructures et le raffermissement de l’unité nationale et de la cohésion sociale.

Les orientations présidentielles sur le lancement de la deuxième phase des programmes d’urgence, l’intensification des investissements dans les wilayas de l’intérieur et l’élaboration d’une vision nationale de long terme à l’horizon 2060 témoignent d’une volonté de passer du traitement des besoins immédiats à un modèle de développement plus inclusif et durable.

Il faut également saluer ce que le discours a affirmé sur le dialogue national inclusif, conçu comme une occasion d’élargir le consensus sur les grandes questions nationales, de renforcer la participation politique et d’ancrer une culture du désaccord responsable, dans le respect de l’unité et de la stabilité du pays.

Cette reconnaissance ne se dissocie pas de celle du rôle des institutions, du gouvernement, de l’administration, des élus et de tous les acteurs qui transforment les orientations stratégiques en programmes, en projets et en résultats concrets.

III. Un bilan gouvernemental qui mérite d’être reconnu

Le Premier ministre a présenté plusieurs indicateurs et réalisations qui traduisent l’ampleur de l’effort fourni sur la période 2019-2026, bilan qui mérite attention au vu de la diversité des secteurs concernés.

1. Économie et finances

Le discours a indiqué que la croissance économique moyenne a dépassé 4 % sur 2019-2026, avec l’objectif de maintenir des taux supérieurs à ce seuil sur 2027-2029.

Il a aussi indiqué que la dette publique extérieure est revenue à moins de 40 % du PIB en 2026, indicateur important pour la résilience économique et la stabilité financière.

Selon les données présentées, cela illustre l’importance de politiques économiques et financières rigoureuses, qui ont dégagé des marges pour financer les programmes sociaux et d’investissement.

2. Protection sociale

Parmi les indicateurs les plus marquants : plus de 350 000 ménages bénéficient de transferts monétaires, et la couverture d’assurance maladie dépasse 1,4 million d’assurés en 2026, contre 496 000 en 2019.

Le nombre de bénéficiaires de l’assurance maladie via le Fonds national de solidarité en santé est passé à plus de 279 000 personnes, et plus de 45 000 étudiants universitaires sont couverts.

Ces programmes méritent d’être salués, car ils montrent une volonté de faire de la protection sociale un pilier des politiques publiques et d’élargir l’accès des catégories les plus démunies aux services de l’État.

3. Éducation et santé

Le discours a mis en avant la réalisation d’environ 7 600 salles de classe depuis 2019, ainsi que le doublement de la capacité d’accueil de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle.

Dans le domaine de la santé, deux hôpitaux régionaux ont été construits et équipés, et le Centre hospitalier national a été agrandi et rénové. Les travaux se poursuivent pour cinq hôpitaux régionaux, environ 65 centres de santé et 114 postes de santé.

Ces projets illustrent l’importance de l’investissement dans le capital humain et rappellent que la construction de l’homme doit rester au premier rang des priorités nationales.

4. Eau, électricité, routes et infrastructures

Le secteur de l’eau a connu une expansion notable de la production et de la capacité de distribution, avec le lancement de nouveaux projets structurants, dont l’alimentation en eau de l’axe Kori–Kiffa, l’approvisionnement de 165 agglomérations et le forage de 1 340 puits depuis 2019.

Dans l’électricité, 55 groupes électrogènes ont été acquis, les travaux de trois nouvelles centrales de production ont démarré et l’électrification de plus de 400 villages est en cours.

Côté routes, 784 kilomètres de routes neuves ont été réalisés et 997 kilomètres reconstruits, tandis que les travaux se poursuivent sur 1 431 kilomètres.

Trois ponts de Nouakchott sont achevés, ceux de la Solidarité, de l’Amitié et d’Elhay Essakin, et le lancement de cinq nouveaux ponts est en préparation.

Ces chiffres montrent l’ampleur des investissements en infrastructures et leur effet attendu sur le lien entre villes et localités, la circulation des personnes et des biens et le dynamisme économique.

5. Réforme administrative et juridique

Le discours a présenté d’importants efforts de modernisation du cadre juridique et institutionnel : 156 projets de loi adoptés et transmis à l’Assemblée nationale, ainsi que 383 décrets réglementaires.

Les réformes ont touché le code des investissements, le partenariat public-privé, la commande publique, les marchés financiers, la lutte contre la corruption et la déclaration des biens et des intérêts.

Il a également souligné les progrès de la dématérialisation de l’administration et l’organisation de concours de recrutement transparents, qui ont permis d’embaucher 3 000 nouveaux fonctionnaires.

Ces réformes confirment l’importance de moderniser l’administration, de renforcer la transparence et de créer un environnement institutionnel plus favorable à l’investissement et à l’amélioration des services publics.

IV. Le volet social : le citoyen au cœur des priorités

L’un des aspects les plus remarquables du discours est le passage de l’exposé des réalisations à la reconnaissance des défis qui demeurent, notamment le pouvoir d’achat et la fourniture des services de base.

Le Premier ministre a affirmé avec franchise et sens des responsabilités que, quelle que soit leur importance, les réalisations restent en deçà de l’ambition du Président et des attentes des citoyens tant qu’un citoyen peine à se soigner, qu’un enfant est privé d’école, qu’une famille n’a ni eau ni électricité ou qu’un jeune cherche un emploi.

Cette approche traduit une juste conception du développement, qui ne se mesure pas seulement au nombre de projets ou aux taux de croissance, mais à leur effet sur la vie, la dignité et le niveau de vie des citoyens.

Dans ce cadre, les nouvelles mesures annoncées par le Premier ministre sont importantes :

  • compenser l’effet de l’inflation sur le pouvoir d’achat des fonctionnaires et des retraités civils et militaires, par des hausses de salaires et de pensions ou une aide financière temporaire ;
  • ouvrir des négociations urgentes pour relever les salaires des travailleurs relevant de la convention collective ;
  • prendre temporairement en charge une part importante des factures d’eau et d’électricité des ménages à faible revenu ;
  • élargir la base des bénéficiaires de l’aide destinée aux personnes handicapées et aux malades chroniques ;
  • réviser le mécanisme de fixation des prix des carburants et ajouter la viande à la liste des produits aux prix plafonnés ;
  • stabiliser les prix de l’aliment du bétail et renforcer les programmes en faveur des éleveurs et des zones touchées par le déficit pluviométrique.

Ces engagements montrent la conscience de la nécessité d’équilibrer les exigences de stabilité économique et la protection des catégories sociales les plus vulnérables.

V. Développement des wilayas de l’intérieur et répartition des opportunités de croissance

Parmi les points stratégiques du nouveau programme figure l’attention particulière portée au développement des wilayas de l’intérieur, au lieu de le concentrer dans les grands centres urbains.

Le Premier ministre a annoncé l’élaboration d’un programme économique intégré pour dynamiser les secteurs prioritaires de chaque wilaya, en particulier l’agriculture, l’élevage et les services urbains, avec encouragement de l’investissement local et incitations financières et fiscales.

Il a aussi annoncé la création d’un fonds spécial pour encourager le financement du développement à l’intérieur du pays et le doublement des financements dédiés aux initiatives de jeunes capables de créer emplois et revenus.

Cette orientation mérite d’être saluée : elle relie l’investissement public à la relance de l’activité économique locale et vise à réduire les disparités géographiques, à fixer les populations sur leurs territoires et à offrir de vraies opportunités aux jeunes, loin de l’exode interne vers la capitale.

VI. Vision Mauritanie 2060 : vers une planification stratégique de long terme

L’un des axes les plus ambitieux du discours est l’annonce du lancement d’un processus d’élaboration d’une vision stratégique nationale pour la Mauritanie à l’horizon 2060, soit un siècle après l’indépendance.

L’intérêt de cette initiative est de dépasser les limites de la planification à court ou moyen terme pour construire une vision nationale de long terme, qui définisse les grands choix de développement et garantisse la cohérence et la continuité des politiques publiques.

L’association des différents acteurs économiques et sociaux, des jeunes et des personnes d’expérience, quelles que soient leurs appartenances politiques et intellectuelles, donnerait en outre à cette vision un caractère national rassembleur.

Les pays qui ont réussi de profondes transformations sont ceux qui ont fait de la planification stratégique, de l’accumulation institutionnelle et de l’investissement dans l’humain les piliers durables de leurs politiques.

La vision Mauritanie 2060 peut ainsi être l’occasion de rédiger un nouveau contrat de développement, qui dépasse les considérations conjoncturelles et place l’intérêt des générations futures au cœur des choix nationaux.

VII. Défis politiques et institutionnels et exigences de la période à venir

Reconnaître les réalisations n’empêche pas d’admettre les défis ; une lecture objective du bilan exige les deux.

Il était positif que le Premier ministre ne présente pas le bilan comme achevé : il a admis des insuffisances et affirmé la nécessité de traiter les dysfonctionnements révélés par l’évaluation de la période écoulée.

Dans ce contexte, il importe de poursuivre la réforme de la justice et de l’administration, de renforcer la lutte contre la corruption, de développer les mécanismes de redevabilité et d’améliorer la performance des institutions publiques.

L’appel à un dialogue national inclusif, associant majorité et opposition à la discussion des grandes questions, est également une occasion de renforcer le consensus national et de faire progresser la pratique démocratique.

Le désaccord politique est un droit légitime, la critique constructive est nécessaire pour améliorer les politiques publiques et la compétition démocratique doit rester dans le cadre du respect des institutions et de l’intérêt national supérieur.

Il importe enfin que les engagements annoncés soient assortis d’échéances claires, d’indicateurs mesurables et d’une identification précise des ressources financières, afin que le Parlement et l’opinion publique puissent suivre le niveau de réalisation et évaluer les résultats.

Conclusion : une nouvelle étape placée sous le signe de la continuité, du renouveau et de la réalisation

Le discours du Premier ministre, M. El Mokhtar Ould Djay, mérite d’être salué à plusieurs titres. Il a rendu justice au gouvernement sortant et reconnu les efforts de ses membres, mis en avant le rôle de direction du Président de la République dans la définition des orientations stratégiques du pays, et affirmé que le renouvellement de la confiance envers le Premier ministre et le gouvernement actuel s’inscrit dans un parcours national continu, non dans un nouveau départ détaché des étapes précédentes.

Allier la fierté de ce qui a été accompli et la reconnaissance de ce qui reste à faire est une approche politique et de développement équilibrée, qui renforce la culture de la responsabilité et ouvre la voie à une amélioration de la performance gouvernementale.

Il faut donc poursuivre cette démarche politique et de développement, sous la conduite du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, fondée sur la continuité, la reconnaissance des efforts et l’accumulation des réalisations, afin de consolider les acquis, de traiter les dysfonctionnements existants et d’accélérer la mise en œuvre des programmes et des engagements. La période exige aussi de renforcer la coordination entre les institutions de l’État, de mobiliser les énergies nationales et d’ancrer l’esprit de responsabilité et de travail collectif, pour que les aspirations légitimes des citoyens se transforment en réalisations concrètes et que se réalisent les objectifs que le Président a fixés dans son projet de société, au service de la patrie et du citoyen.

L’enjeu véritable de la prochaine étape est de transformer la vision en programmes, les programmes en projets et les projets en résultats que le citoyen ressent dans sa vie quotidienne : amélioration de son revenu, accès aux services de base, création d’emplois, justice et égalité des chances.

Fidélité aux efforts des gouvernements précédents, valorisation du leadership politique du Président de la République et renouvellement de la confiance envers le gouvernement actuel sont ainsi des éléments complémentaires d’un même parcours, celui du service de la patrie et du citoyen.

Car les nations ne se construisent ni en rompant avec ce qui a été accompli, ni en se contentant de s’enorgueillir du passé, mais par la continuité dans la réalisation, le courage de la réforme, la sincérité de l’engagement et l’union des efforts de tous, pour un avenir plus sûr, plus juste et plus prospère pour la Mauritanie.

Article traduit de l’arabe: lire l’article Original

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