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L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DANS LE DÉBAT SUR L’OFFICIALISATION DES LANGUES NÉGRO-AFRICAINES

_Par Gourmo Abdoul Lô_

Pendant des décennies, le débat sur l’officialisation des 3 autres langues nationales ( pulaar, soninké et wolof) s’est enlisé et a tourné le plus souvent dans le vide de polémiques stériles.
On l’a inscrit et enfermé dans le registre de la politique politicienne, celui des frayeurs identitaires et du constitutionnellement correct. Et on l’a surtout paralysé au nom de trois mots définitifs: « trop cher, trop compliqué, trop risqué ».

Une donnée nouvelle oblige aujourd’hui à reposer cette problématique sensible de notre vivre ensemble de manière tout à fait inattendue: le développement spectaculaire et fulgurant de l’intelligence artificielle et son intrusion dans toutes les sphères de la vie politique économique et sociale.
Si, bien sûr l’IA ne résout pas tout, comme dans la quasi totalité des domaines d’activités humaines, elle fait tomber l’essentiel des verrous techniques et financiers qui rendaient cette réforme du statut des langues nationales quasiment indéfendable aux yeux d’une partie de l’élite du pays rivée sur des  » constantes idéologiques » oppressives et dominatrices.
Aujourd’hui, le progrés technologique sans précedent qu’impose l’IA fait que la question n’est plus : « Peut-on officialiser 4 langues ? »
La vraie question est désormais : « Voulons-nous un État où chaque citoyen accède au droit et au service public dans une langue qu’il comprend ? ».
La nouvelle révolution technologique permet de la maniére la plus évidente, de lever les 5 objections primordiales qui étaient opposées comme une muraille de Chine à la demande d’officialisation des langues négro-africaines par les forces démocratiques patriotiques du pays.

*I. LES 5 OBJECTIONS MAJEURES À L’OFFICIALISATION ET LA RÉPONSE QUE PERMET L’IA*

Les adversaires de l’officialisation avancent des arguments  » massus ». Souvent de bonne foi, ils étaient répétés avec insistance tant ils semblaient insurmontables . L’IA dissout leur pragmatisme sans principe et les réduit à leur juste et réelle dimension idéologique, sans fard.
Voyons ces arguments devenus mécaniques à force d’être répétés et la réponse définitive qu’en donne l’IA

*1. L’objection 1 est financière : « Nous n’avons pas les moyens »*
_Argument_ : « Traduire les lois, les décrets, les manuels, les jugements, les documents électoraux dans 4 langues va ruiner le budget de l’État ». Lire :  » Satisfaire un besoin légitime de larges secteurs de notre peuple coûte trop cher à l’Etat ».

Réponse IA: Cette approche se fondait sur un écosystème bâti sur un socle technologique et administratif désormais en pleine désuétude qui égalisait les charges de la production et de la reproduction de toutes les données liées à des activités humaines identiques. Pour chaque donnée liée à l’une des langues, le schéma impose une multiplication constante par 4. Dans ce schema le « budget »de l’officialisation des langues est donc 4 fois superieur à celui de la non officialisation sur la base de la  » théorie des coûts ». Ce modèle a précisément changé. Grâce à l’IA un nouveau modéle du moindre coût peut être installé.
En matière dz documentation par exemple, l’administration produit une version de référence, l’arabe en l’occurence. L’IA génère instantanément les trois autres versions à un coût marginal.
Seuls les textes constitutionnels, législatifs et judiciaires sont soumis à validation par des traducteurs juristes assermentés dont le nombre est par définition réduit.
Résultat : On passe de dépenses de fonctionnement récurrentes à un investissement technologique unique. Ce qui coûtait des milliards dans le modèle suisse ou canadien par exemple devient très
soutenable pour un État aux ressources modestes. C’est chiffrable et très raisonnable par rapport à bien des dépenses de prestige. Il suffit de prendre les informations auprès de nos frères algériens et marocains qui fonctionnent depuis plusieurs années avec le système de deux langues officielles ( arabe- berbère) ou les rwandais ( quatre langues)…

*2. L’objection administrative : « L’État va se gripper »*
_Argument_? « Un système quadrilingue va multiplier les procédures, ralentir les décisions et provoquer fatalement des erreurs insupportables. ».

Que dit l’ IA ? L’IA accélère les processus au lieu de les ralentir.
Les formulaires, les correspondances administratives, les sites internet de l’État deviennent automatiquement multilingues.
Dans les Mairies, Moughataa, Wilayas et autres administrations publiques, des bornes et assistants virtuels accueillent le citoyen et l’orientent dans sa langue maternelle sans bruit et sans attendre.
L’objectif n’est pas d’ajouter des étapes, de compliquer les procédures et de perdre du temps et de l’énergie mais, au contraire, de supprimer la barrière de la langue entre l’administration et l’usager, de redonner aux citoyens leur dignité administrative et leur sentiment national quotidiennement bafoué par l’inégalité linguistique. Sur ce plan, le processus de numérisation notamment de l’état-civil et les facilités énormes qu’elle procure aux administrés -et qui est cité en exemple à l’étranger, nous donne une idée claire de l’opérationnalité du systéme administratif raccordé à l’intelligence technologique et de l’apaisement social qu’elle peut procurer.

*3. L’objection juridique : « Quelle version fera foi ? »*
_Argument_ : « Avec 4 versions officielles, chaque loi sera source de conflits d’interprétation. C’est l’insécurité juridique assurée » disent les sceptiques.

Q’en dit l’ IA ? La solution existe déjà.
L’Union Européenne fonctionne avec 24 langues officielles.
Le principe est simple pour nous : publication des 4 versions pour garantir l’égalité d’accès au droit + désignation par la Constitution d’une version de référence qui fait foi en cas de divergence. Cette version chez nous est toute trouvée : c’est l’arabe. De par la loi actuelle, en cas de divergences dans l’interprétation des versions arabe et française d’un texte, seul fait foi la version arabe. Les acquis de l’arabe sont donc intégralement maintenus mais sans suprémacisme désuet ni arrogance chauvine méprisante. Voilà le modèle judiciaire qui en résulte à titre d’illustration. Le texte est produit en arabe.
L’IA traduit instantanement . Le traducteur juriste valide.Chaque locuteur d’une langue en a la version officielle. Les avocats plaident. juge tranche. Le tout dans les langues que comprennent quasi-instantanément les justiciables. La sécurité juridique est préservée et même renforcée par le sentiment de confiance des acteurs et des justiciables.

*4. L’objection technique : « Nos langues négro-africaines ne sont pas prêtes »*
_Argument_? : « Le pulaar, le soninké et le wolof n’ont pas de terminologie juridique, scientifique, médicale et administrative harmonisée.
_Réponse IA_ : Le problème n’est pas la pauvreté des langues, mais leur faible numérisation.
L’IA permet de constituer en quelques années des banques terminologiques évolutives. Elle propose des équivalents à partir des corpus existants : lois, manuels, médias. Des académies et universités outillées valident. De remarquables spécialistes locuteurs de ces langues en tous les domaines existent déja. Certains ont une renommée mondiale comme par exemple dans les mathématiques superieures , notre compatriote le Prof. Sy Mouhamedou, dont les travaux contribuent à modifier la perception et les préjugés concernant l’usage de nos langues en matière des sciences  » dures ».
Désormais, un travail qui aurait pris 30 ans peut être accompli maintenant en 5 ans voire bien moins, avec les bons investissements et la ferme décision politique.

*5. L’objection politique : « Cela va diviser la Nation »*

Argument récurrent:
« Reconnaître 4 langues, c’est encourager le repli communautaire et affaiblir le rôle fédérateur de l’arabe ».

Réponse : L’exclusion divise plus que la reconnaissance.
Quand un citoyen ne comprend pas la convocation au tribunal, le texte que lui fait signer la police ou le juge d’instruction, le formulaire de santé ou le cours de son enfant, il se sent étranger dans son propre pays. En vérité objectivement il est traité comme tel .
L’IA permet l’inverse : un même droit, une même information, un même service, dans 4 langues.
L’arabe conserve pleinement son rôle de langue de référence et de lien. On ajoute des droits. On n’en retire aucun. Le plurilinguisme institutionnel, quand il est encadré, est un facteur d’intégration. L’expérience du Rwanda et du Canada le démontre. C’est la voie du Maroc, de l’Algérie, de l’Irak, du Mali etc.

*II. 6 DOMAINES OÙ L’IA PRODUIT UN CHANGEMENT IMMÉDIAT*

1. Dans les différentes institutions :
A l’exemple du Parlement, traduction simultanée des débats. Au parlement, déjà depuis plusieurs années et après quelques réticenes, chaque député suit dans la langue de son choix parmi les 4. Publication des comptes rendus dans les 4 langues quasi instantanément. Cette pratique se généraliserait rapidement dans toutes les institutions et administrations et redonnerait une meilleure et plus grande visibilité des locuteurs des langues négro-africaines de plus en plus absents de l’espace public en raison de l’obstacle linguistique
2. *La Justice* : On l’a vu precedemment. L’IA assiste les interprètes pour la traduction des procès-verbaux, des pièces et des décisions. Elle ne remplace pas l’humain, elle lui fait gagner plus de 70% de temps.
3. *L’École et l’Université* : Génération automatique de manuels, de dictionnaires spécialisés et de parcours d’apprentissage personnalisés. L’IA facilite le bilinguisme arabe + langue nationale dès le primaire comme l’impose en principe la loi sur le système éducatif.
4. *Les Médias publics* : Le journal télévisé et radiodiffusé peut être doublé et sous-titré automatiquement dans les 4 langues le jour même, pour un coût dérisoire. Mettant ainsi fin à la longue et intolérable inégalité de traitement en matière de communication qui régne dans ́les stations, les plateaux radio et tv, dans le pays.
5. *L’Administration territoriale* : Dans chaque service public, un citoyen peut être informé et orienté dans sa langue grâce à un assistant numérique.
6. *Le Patrimoine* : Numérisation de l’oralité, reconnaissance et synthèse vocale. L’IA devient un outil de sauvegarde des langues nationales.

III. LES CONDITIONS NECESSAIRES A L’OPTIMISATION DU RÔLE DE L’IA

L’IA n’est pas une baguette magique. Pour que ce modèle d’assistance de l’IA fonctionne, 4 conditions doivent être réunies :

1. *Une volonté politique claire* : Une révision de la constitution qui reconnaît la vocation de toutes les langues nationales à être officielles comme déjà inscrit dans le pacte républicain signé par le le ministre de l’Intérieur au nom du Président de la République est la condition de base. Puis une loi-cadre qui définit le statut effectif des langues et leurs domaines d’usage dans un esprit d’unité nationale, de compréhension mutuelle, de réalisme historique et dans le souci de l’efficacité.
2. *Des investissements ciblés* : Programmer et orienter de manière efficiente les investissements dans les infrastructures numériques, la constitution de corpus de données, et la formation d’ingénieurs et de linguistes en nombre suffisant.
3. *Une gouvernance rigoureuse* : Création d’une Agence Nationale de la Traduction et de la Terminologie chargée de valider les corpus.
4. *Une mise en œuvre progressive* : Suite à l’adoption des textes partinents, lancer le processus en 2027-2028 sur 3 ministères pilotes : Éducation, Justice, Santé. Puis le généraliser à l’horizon 2030.

CONCLUSION : DU domaine du possible à celui de la volonté

Pendant longtemps, le multilinguisme institutionnel a été l’apanage des États riches.
L’intelligence artificielle change cette réalité. Elle automatise de nos jours plus de 80% des tâches de traduction, de transcription et de traitement documentaire.
Ce qui relevait d’une capacité budgétaire exceptionnelle devient un projet techniquement réalisable et économiquement soutenable pour un pays comme la Mauritanie.

Pour la première fois, la Mauritanie peut donc envisager l’officialisation des quatre langues non comme une charge, mais comme un projet d’État fiable et réalisable.

Le débat n’est donc plus technique. Il est politique et moral.
Voulons-nous continuer à demander à des milliers de Mauritaniens de signer des actes qu’ils ne comprennent pas ?
Voulons-nous une administration qui parle à tous ses citoyens ?
Voulons-nous transformer notre diversité linguistique d’un handicap supposé en une richesse et en un avantage compétitif ?

L’intelligence artificielle ne répond pas à ces questions à la place des responsables politiques.
En revanche, elle leur retire le dernier alibi technique et financier.
Elle ouvre la voie à un nouveau modèle de gouvernance : celui d’une République une, diverse, et accessible à tous dans sa langue.

La Mauritanie a l’opportunité de devenir l’un des tous premiers laboratoires africains du multilinguisme numérique.
Ce serait un acte fort pour l’égalité, pour l’efficacité de l’État, et pour l’unité nationale.

Gourmo Lô, 7 juillet 2026

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