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Nouadhibou : Le front de l’opposition défie les restrictions et s’empare du mécontentement social

Nouadhibou : Le front de l’opposition défie les restrictions et s’empare du mécontentement social
REPORTAGE — Malgré un bras de fer administratif avec les autorités locales, les principaux leaders de l’opposition mauritanienne ont réussi leur pari ce dimanche 5 juillet 2026. Réunis en meeting populaire dans la capitale économique, ils sonnent la charge contre la vie chère, l’effondrement des services publics et la corruption.

Par Med Ghowth pour Rapide info

L’air marin de Nouadhibou avait un goût de soufre politique ce dimanche soir. Dans une ambiance électrique, rythmée par les slogans d’une foule venue crier son ras-le-bol, les figures de proue de l’opposition mauritanienne ont acté leur front commun. Ce rassemblement de la capitale économique marque la deuxième étape majeure d’une tournée nationale de contestation entamée à Nouakchott en mai dernier, sur fond de flambée mondiale des prix de l’énergie.

Pourtant, jusqu’aux dernières heures précédant le meeting, la tenue même de l’événement restait suspendue aux humeurs de l’administration.

Le bras de fer des hauts-parleurs et l’ombre des violences

Dès le week-end, le ton était monté d’un cran. Dans un communiqué conjoint, les états-majors politiques accusaient les autorités sécuritaires de la ville de multiplier les entraves : interdiction des cortèges d’accueil pour les délégations venues de Nouakchott et interdiction absolue d’utiliser des véhicules équipés de haut-parleurs pour mobiliser les citoyens.

Mais au-delà du harcèlement logistique, c’est l’indignation face à la répression qui a dominé l’ouverture de la tribune. Prenant la parole devant une foule survoltée, le député et leader anti-esclavagiste Biram Dah Abeid a jeté un pavé dans la mare en dénonçant publiquement des violences physiques ciblant son entourage proche.

 » Ils s’en sont pris à Leila [son épouse]. Ils l’ont frappée, alors qu’elle ne fait pourtant pas partie de la liste des 351 voleurs accusés d’avoir pillé le pays aux côtés d’Ould Abdel Aziz ! « , a martelé le leader de la Coalition de l’alternance démocratique, sous les acclamations du public.

Cette charge virulente, faisant explicitement écho aux dossiers de corruption de la décennie passée, visait à dénoncer le deux poids, deux mesures d’un appareil sécuritaire accusé de brutaliser les militants pacifiques tout en ménageant les prévaricateurs de l’État.

Nouadhibou la prospère a soif

À la tribune, les discours n’ont pas fait dans la dentelle, pointant du doigt le paradoxe de Nouadhibou : une métropole côtière milliardaire, hub de la pêche et des mines, mais où les robinets restent désespérément secs.

« La corruption systémique est la seule coupable du calvaire de la soif ici », a martelé Mohamed Ould Maouloud, fustigeant l’inefficacité des projets de dessalement et les lenteurs des infrastructures de forages à Boulenouar, malgré les budgets colossaux alloués.

Biram Dah Abeid a quant à lui relayé la colère sociale liée au pouvoir d’achat. Entre l’augmentation jugée  » injuste » des prix des carburants à la pompe et le coût exorbitant des denrées de première nécessité, le quotidien des ménages stagne dans la précarité. Pour lui, la gestion de la zone franche et le manque d’investissements dans la santé et l’éducation locales sacrifient l’avenir de la jeunesse au profit d’intérêts opaques.

Cap sur les autres wilayas

Clôturant les interventions, le chef de file de l’opposition démocratique, Hamadi Ould Sid’ El Mokhtar, a appelé à des réformes structurelles urgentes, liant le renforcement de l’unité nationale à une justice sociale concrète.

Ce meeting de Nouadhibou n’est qu’un avertissement pour le pouvoir en place. Revigorés par la forte mobilisation populaire du jour, les leaders de l’opposition ont d’ores et déjà annoncé que la caravane de la contestation allait se déployer dans les autres wilayas (provinces) de l’intérieur du pays au cours des prochaines semaines. La trêve politique post-électorale semble bel et bien terminée sous les cieux mauritaniens.

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