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Mer Rouge et détroit d’Ormuz : le Moyen-Orient au bord du basculement

Escalade entre mer Rouge et détroit d’Ormuz : attaques contre l’Arabie saoudite, pétrole suspendu vers l’Europe et réunion militaire secrète de l’ONU.

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Moyen-Orient — 16 septembre 2026

En quelques jours, le théâtre de la mer Rouge et celui du détroit d’Ormuz se sont brutalement rapprochés. Entre attaques revendiquées contre l’Arabie saoudite, interruption des exportations pétrolières et réunions militaires tenues dans la plus grande discrétion, la région connaît une escalade que plusieurs médias internationaux jugent désormais susceptible de déborder ses frontières habituelles.

Un avion abattu, La Mecque visée par un drone

Les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, ont annoncé avoir abattu un chasseur F-15 saoudien au-dessus de la province de Marib, où l’appareil menait, selon eux, des opérations hostiles. Leur porte-parole, Yahya Sari, a affirmé que des combattants antigouvernementaux étaient parvenus à détruire l’avion à l’aide d’un missile sol-air.

Presque au même moment, la défense aérienne saoudienne a intercepté un drone suicide qui se dirigeait vers La Mecque, dont les débris seraient retombés au sud de la ville sainte. Il s’agirait, selon l’agence Anadolu, de la deuxième tentative des Houthis visant la ville depuis le lancement d’un missile balistique en 2017. Riyad a qualifié la protection des lieux saints de « ligne rouge », tandis que les Houthis ont rejeté ces accusations, les qualifiant de sans fondement. La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a par ailleurs fait état de treize civils blessés lors de frappes de missiles et de drones sur Khamis Mushait, Abha et Taïf.

Une partie de la presse internationale voit dans cette offensive une tentative des Houthis de peser sur le détroit de Bab el-Mandeb, deuxième voie maritime la plus stratégique après le détroit d’Ormuz, avec le risque d’entraîner Washington dans un conflit qu’il cherchait jusqu’ici à éviter. Plusieurs titres américains soulignent également que le groupe recourrait de plus en plus à l’intelligence artificielle pour la fabrication de ses armes, réduisant d’autant sa dépendance à Téhéran.

Le Conseil de sécurité de l’ONU saisi en urgence

Face à la menace d’une fermeture de Bab el-Mandeb, par où transite une part considérable du commerce entre l’Europe et l’Asie, le Conseil de sécurité des Nations unies a tenu une réunion extraordinaire. Selon l’arabiste Vladimir Tchoukov, la question a été portée par la France, qui préside actuellement l’instance, dans un climat de débats houleux ; le représentant du Qatar aurait averti qu’une fermeture du détroit ferait s’effondrer l’ensemble du système économique international.

Le prix du baril a franchi le seuil des 100 dollars et continue de progresser. Selon Tchoukov, environ 13 % du commerce mondial transite par Bab el-Mandeb, une artère qu’il juge quasiment vitale pour les échanges entre Europe et Asie ; la contourner via le cap de Bonne-Espérance rallongerait le trajet de plus de deux semaines et en renchérirait considérablement le coût. L’analyste estime que la stratégie iranienne, relayée par les Houthis, vise à neutraliser les exportations du deuxième exportateur mondial de pétrole. Il rappelle qu’un oléoduc reliant l’est à l’ouest de l’Arabie saoudite, assurant l’acheminement d’une partie de la production vers les ports de la mer Rouge, avait déjà été visé quelques semaines plus tôt.

Riyad suspend ses livraisons de pétrole vers l’Europe

Conséquence directe de ces attaques : l’Arabie saoudite a annoncé la suspension de ses livraisons de pétrole vers l’Europe, initialement prévue jusqu’à fin septembre mais susceptible de se prolonger. En cause, selon Reuters, de graves dommages infligés au complexe portuaire de Yanbu et à l’oléoduc Est-Ouest, qui permettait au royaume d’exporter plusieurs millions de barils par jour via la mer Rouge.

Négociants et armateurs se sont mis en quête de solutions alternatives, alors que le baril approchait 122 dollars sur le marché spot. Le groupe polonais Orlen a lancé des appels d’offres pour s’approvisionner en Algérie et en mer du Nord, sans grand succès jusqu’ici. Des analystes évoquent la possibilité pour Riyad d’accroître ses exportations via le détroit d’Ormuz avec une flotte réduite, alors que le coût d’affrètement d’un pétrolier avoisinerait désormais le million de dollars par jour, contre environ 100 000 dollars avant le début du conflit iranien.

Une réunion militaire secrète en Allemagne

Sur le plan diplomatique et militaire, de hauts responsables des États-Unis, d’Israël et de plusieurs pays arabes se sont réunis secrètement la semaine dernière en Allemagne, selon des informations d’Axios citant des sources à Tel-Aviv. Présidée par le général Bradley Cooper, commandant du CENTCOM, cette rencontre — une première depuis le déclenchement du conflit iranien — a réuni des représentants de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de Bahreïn, du Koweït, du Qatar, de la Jordanie et de l’Égypte, offrant à des États du Golfe sans relations diplomatiques avec Israël une occasion rare d’échanger avec des responsables militaires israéliens.

Le général Cooper aurait assuré ses interlocuteurs du maintien des forces américaines dans la région malgré les attaques iraniennes visant leurs bases, ainsi que de l’intention de Washington d’accroître le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Le chef d’état-major israélien, le général Eyal Zamir, aurait pour sa part indiqué que Tel-Aviv menait des opérations contre les forces iraniennes sur plusieurs fronts. Israël et l’Arabie saoudite auraient également évoqué une coopération renforcée, via le CENTCOM, pour contrer la montée en puissance des Houthis au Yémen.

Une région sous tension multiple

En toile de fond, une rencontre au Caire entre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a permis à ce dernier d’appeler à garantir la liberté et la sécurité de la navigation en mer Rouge. Le conflit qui oppose depuis 2014 les rebelles houthis au gouvernement yéménite reconnu internationalement — et qui avait conduit à l’intervention d’une coalition menée par Riyad en 2015 — s’est nettement intensifié depuis le début du mois de juillet, après plusieurs années d’accalmie relative.

Entre risques pesant sur l’approvisionnement pétrolier mondial, mobilisation diplomatique à l’ONU et coordination militaire discrète entre alliés régionaux, la situation entre la mer Rouge et le détroit d’Ormuz est suivie avec une attention croissante par les chancelleries occidentales, qui redoutent un embrasement plus large du Moyen-Orient.

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