Nouakchott : visite du ministre de l’Énergie après l’incendie de la sous-station Est

Le ministre de l’Énergie, Mohamed Ould Khaled, s’est rendu sur le terrain à la sous-station Est (33/15 kV) de Nouakchott suite à l’incendie provoquant des défaillances électriques.
Incendies à répétition dans les postes de la SOMELEC : Nouakchott face à une nouvelle alerte sur la fragilité du réseau électrique
Nouakchott — 22 août 2026
Une capitale à nouveau plongée dans l’incertitude

Le Groupe SOMELEC a annoncé, ce samedi 22 août, qu’un important incendie s’était déclaré au poste de transformation 33/15 kV de Nouakchott Ouest. Selon l’entreprise, le sinistre a perturbé l’alimentation électrique de la majeure partie de Tevragh Zeina ainsi que de larges secteurs du Ksar et de Sebkha. Par ailleurs, la perturbation a également touché la ligne desservant Aghnoudert, l’aéroport international de Nouakchott-Oumtounsy et le port de Tanit.
De son côté, la SOMELEC affirme avoir mobilisé ses équipes techniques, cependant celles-ci devaient attendre la maîtrise complète de l’incendie par les services de secours avant de pouvoir sécuriser le site, évaluer les dégâts et commencer les réparations structurelles. En conséquence, l’entreprise parle d’une situation d’urgence aux « défis techniques complexes » et promet de mobiliser toutes les ressources disponibles pour rétablir le service dans les meilleurs délais.
Un incendie qui intervient au mauvais moment
L’incendie ne survient pourtant pas dans un ciel totalement serein pour le réseau électrique de la capitale. En effet, la veille, un autre incendie avait déjà frappé la sous-station Est 33/15 kV. Ce premier sinistre avait provoqué des perturbations dans plusieurs quartiers de Nouakchott, affectant notamment la liaison vers Ouad Naga, Idini et Aouleigat. Le ministère de l’Énergie a néanmoins confirmé que ses équipes travaillaient à rétablir progressivement l’alimentation par d’autres postes.
La succession de deux incidents sur des infrastructures électriques en l’espace de deux jours a ainsi alimenté les interrogations dans l’opinion. Des médias mauritaniens évoquent déjà une forte inquiétude au sein de la population et des questions sur l’état du réseau, bien qu’aucun élément public ne permette, à ce stade, d’établir un lien direct entre les deux événements.
Il faut toutefois éviter les conclusions hâtives : un incendie électrique ne constitue pas, en lui-même, la preuve d’une défaillance généralisée du système, encore moins d’un acte volontaire. Dès lors, les causes précises devront être établies par une expertise technique et, si nécessaire, par une enquête indépendante.
Dans les quartiers, l’exaspération monte
Pour les habitants, cependant, la distinction entre panne technique, surcharge, défaut de maintenance ou incident exceptionnel importe peu lorsqu’ils se retrouvent privés d’électricité en pleine période de fortes chaleurs.
D’autant plus que depuis plusieurs semaines, les coupures à répétition nourrissent déjà le mécontentement. Des médias locaux avaient récemment fait état de coupures prolongées, entraînant des conséquences lourdes pour les ménages, les commerces et notamment la conservation des produits alimentaires. L’incendie transforme ainsi une difficulté quotidienne en un véritable problème de confiance.
Désormais, dans les quartiers touchés, les attentes sont claires : connaître la cause réelle du sinistre, savoir quand le courant reviendra et obtenir l’assurance que les infrastructures pourront fonctionner de manière sûre demain. Car pour un ménage, une clinique ou une entreprise, une coupure n’est jamais une simple absence de lumière : elle peut paralyser une activité, endommager des équipements ou compromettre la chaîne du froid.
Le gouvernement veut montrer qu’il suit la situation
Face à la crise, le pouvoir n’est pas resté à distance. Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Mohamed Ould Khaled, s’est en effet rendu sur le terrain pour constater les dégâts. Selon les informations officielles, certaines zones ont déjà pu être réalimentées grâce à des reports de charge, tandis que les équipes s’attellent à rétablir la ligne d’Idini et les secteurs encore affectés.
Cette présence ministérielle traduit l’importance stratégique de l’incident. En effet, l’électricité n’est plus seulement un sujet technique relevant de l’exploitant : lorsqu’une panne affecte une partie majeure de la capitale ainsi que l’aéroport ou le port, elle devient immédiatement une question de continuité de l’État. Par conséquent, le gouvernement devra répondre à deux urgences : rétablir rapidement le courant et expliquer clairement ce qui s’est passé.
Les experts attendront l’expertise avant de conclure
Sur le plan technique, le niveau de tension de 33/15 kV correspond à des infrastructures clés du réseau de distribution. Un incendie à ce niveau peut provoquer des perturbations en cascade. C’est pourquoi plusieurs questions fondamentales devront être examinées par les spécialistes :
- Quelle est l’origine exacte de l’incendie et quel équipement a pris feu en premier ?
- Existait-il des signes précurseurs ou des dysfonctionnements sur les dispositifs de protection ?
- Les équipements de lutte contre l’incendie étaient-ils opérationnels et adaptés ?
- Quel était l’état de maintenance préventive des transformateurs et appareillages avant le sinistre ?
- Le réseau disposait-il de capacités suffisantes de secours et de redondance ?
Ces interrogations ne constituent pas des accusations, mais correspondent au minimum attendu après un incident sur une infrastructure critique. D’ailleurs, la documentation publique de la SOMELEC montre que l’entreprise travaille déjà sur des programmes de renforcement. Un marché publié en juillet 2026 porte notamment sur la réhabilitation du réseau 33 kV et du système d’évacuation 15 kV à Nouakchott. Autrement dit, la vulnérabilité du réseau était déjà identifiée comme un enjeu d’investissement prioritaire.
L’opposition face à une occasion de demander des comptes
Dans un contexte politique sensible, chaque panne majeure devient rapidement un sujet de débat. Les forces d’opposition disposent ainsi d’un angle évident pour demander davantage de transparence sur l’état des infrastructures et les budgets de maintenance. Cependant, une opposition responsable devrait également éviter de transformer un accident industriel en procès politique avant la publication des conclusions techniques.
La question essentielle n’est pas de savoir qui tirera un avantage politique de la crise, mais plutôt de comprendre pourquoi une infrastructure stratégique a brûlé et comment empêcher que cela se reproduise. La majorité, de son côté, ne pourra pas se contenter de présenter l’incendie comme un cas de force majeure. Le communiqué de la SOMELEC est utile pour informer, mais il ne constituera qu’une première étape.
Deux incendies, une même question
Le fait le plus préoccupant n’est pas seulement l’incendie de Nouakchott Ouest, mais surtout sa proximité temporelle avec celui de la sous-station Est.
Bien que les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que les deux événements ont une cause commune, leur succession justifie néanmoins un examen approfondi. Une mission technique devrait notamment déterminer s’il s’agit de deux incidents isolés ou si des facteurs communs — tels que le vieillissement des équipements, les surcharges ou les défauts de protection — sont en cause. C’est précisément à ce niveau que la communication publique devra gagner en précision.
Au-delà de la réparation : repenser la résilience du réseau
Réparer le poste incendié est l’urgence immédiate ; toutefois, reconstruire la confiance nécessitera une vision à plus long terme. La SOMELEC dispose certes de projets de renforcement pour 2026, mais le véritable enjeu est de savoir si ces investissements permettront de bâtir un réseau capable d’absorber des chocs sans impacter massivement la ville. Dans une capitale en forte expansion, il ne suffit plus de produire de l’électricité : il faut aussi pouvoir la transporter, la protéger et secourir le système en cas de panne. C’est ce que les ingénieurs définissent comme la résilience du réseau.
La prochaine bataille sera celle de la transparence
Pour l’heure, les équipes sont mobilisées et la priorité reste la sécurité du site puis le rétablissement du service. Mais une fois le courant revenu, l’heure des comptes viendra.
Les habitants exigeront des réponses, les professionnels réclameront des garanties et les décideurs devront prouver que des leçons ont été tirées. La panne finira par être réparée ; en revanche, la question de fond restera entière : Nouakchott dispose-t-elle d’un réseau assez solide pour résister aux incidents ? La réponse ne pourra pas venir d’un simple communiqué, mais devra s’appuyer sur des audits rigoureux et sur la capacité à prévenir le prochain sinistre plutôt qu’à simplement en effacer les traces.
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