Mauritanie – FMI : Les coulisses du pacte financier à 95,8 M$
Le partenariat entre Mauritanie FMI franchit un cap : un nouveau programme de 95,8 millions de dollars est validé. Analyse des réformes clés.
Mauritanie, FMI : les coulisses d’un nouveau pacte financier à 95,8 millions de dollars
L’annonce est tombée le 24 juin 2026 depuis les bureaux à Washington. Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a validé un nouveau programme de financement de 42 mois pour la Mauritanie. Ce programme comprend un montant de 95,8 millions de dollars, basé sur deux mécanismes bien connus : la Facilité élargie de crédit (FEC) et le Mécanisme élargi de financement (MEDC).
Derrière ces chiffres, cet accord symbolise la continuité d’une belle relation économique entre Nouakchott et l’institution de Bretton Woods. Il fixe aussi des règles pour des réformes structurelles de plus en plus exigeantes.
Le bilan 2022-2026 : Le bon élève d’Afrique de l’Ouest
Le FMI soutient la Mauritanie parce qu’elle a réussi ses précédents examens avec succès. Le bilan du programme qui s’est terminé au premier semestre 2026 est positif pour les autorités mauritaniennes. L’institution a salué ses performances passées :
– Une croissance résiliente : le secteur non-extractif a permis à l’économie mauritanienne de partiellement se libérer de la volatilité des cours du fer et de l’or.
– Une inflation maîtrisée : après les tensions post-pandémie et le choc de la guerre en Ukraine, la hausse des prix a été contrôlée.
– Des comptes assainis : le déficit du compte courant a diminué et les réserves internationales restent à un niveau jugé satisfaisant.
Les chiffres montrent que tous les objectifs fixés pour décembre 2025 ont été atteints. Parallèlement, le cinquième et dernier examen de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) a été réussi, félicitant les avancées concrètes de Nouakchott dans la gestion des risques climatiques et la réforme du secteur de l’eau.
Trois piliers pour une croissance inclusive
Cependant, l’aide du FMI n’est jamais sans conditions. Ce nouveau programme de 42 mois suit une feuille de route stricte, axée sur trois priorités :
1. La consolidation institutionnelle : renforcer les politiques économiques pour protéger le pays contre les chocs externes.
2. Le capital humain contre la pauvreté : transformer les points de croissance en bénéfices sociaux grâce à des investissements accrus dans l’éducation et la santé.
3. La gouvernance : moderniser l’État, avec un accent sur la transparence et la gestion des entreprises publiques, souvent perçues comme une faiblesse pour les finances de l’État.
Pour Nouakchott, ce programme représente surtout un gage de crédibilité. Avec ces 95,8 millions de dollars, la Mauritanie envoie un message fort aux marchés et aux bailleurs de fonds internationaux, ce qui facilitera la levée de fonds nécessaires pour les grands projets d’infrastructure du pays.
Prévisions de croissance du PIB pour la Mauritanie (2026) : 4,7 % (sous condition de réformes)
Le piège de la rente et l’urgence des réformes
Mais le plus dur commence maintenant. Le FMI prévoit une croissance économique solide de 4,7 % pour 2026. C’est une performance souhaitable, mais soumise à des conditions.
Pour réussir, la Mauritanie devra s’attaquer à ses défis structurels. Le FMI encourage le gouvernement à élargir l’assiette fiscale pour maximiser les recettes, à améliorer l’efficacité de la dépense publique et à accélérer la restructuration des entreprises d’État.
À l’aube d’un cycle économique qui pourrait voir la Mauritanie rejoindre le club des exportateurs de gaz grâce au projet Grand Tortue Ahmeyim, ce programme de 42 mois ressemble à une dernière répétition générale. Le défi est important : bâtir une économie diversifiée, transparente et résiliente, capable de résister à la tentation de la rente et de partager les bénéfices de la croissance avec l’ensemble de la population. Les compteurs sont lancés.
Par Ahmed Ould Bettar, membre du Réseau des journalistes économistes maghrébins
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