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Mauritanie : donner le coup d’envoi au dialogue pour refonder le cadre constitutionnel

La Mauritanie est aujourd’hui appelée à réfléchir sereinement à son avenir institutionnel. En effet, dans un contexte où les attentes de la population évoluent et où les défis politiques, économiques et sociaux se multiplient, il devient nécessaire d’ouvrir un espace de dialogue national permettant de discuter, sans tabou mais avec responsabilité, des grandes questions qui engagent l’avenir du pays.

C’est dans cet esprit que devrait être envisagé le lancement d’un dialogue politique national, inclusif et constructif. En outre, l’objectif ne serait pas de chercher la confrontation, mais de réunir les différentes sensibilités nationales autour d’une même table afin de dégager des solutions consensuelles aux questions qui préoccupent la Nation.

Une Constitution qui mérite d’être réexaminée

Au cœur de ce débat pourrait ainsi figurer la Constitution de 1991. Adoptée dans un contexte historique très différent de celui que connaît la Mauritanie aujourd’hui, cette Constitution a accompagné plusieurs décennies de la vie institutionnelle du pays. Cependant, près de trente-cinq ans après son adoption, certaines de ses dispositions peuvent légitimement être réexaminées à la lumière des transformations que connaît la société mauritanienne.

Réfléchir à une nouvelle Constitution ou à une réforme profonde de la Loi fondamentale ne signifie pas nécessairement remettre en cause les acquis de la République. Au contraire, il s’agirait plutôt de se demander si notre cadre constitutionnel répond encore pleinement aux réalités actuelles et aux aspirations de la nouvelle génération. À ce titre, une réforme pourrait notamment viser à renforcer les institutions, améliorer les mécanismes de gouvernance, consolider l’État de droit et préciser davantage les règles qui organisent la vie démocratique.

La question du mandat présidentiel doit être débattue

Par ailleurs, parmi les sujets qui pourraient naturellement être abordés lors de ce dialogue figure également la question de la limitation des mandats présidentiels. Une proposition pourrait être soumise au débat national : ne pas remettre en cause le mandat actuellement exercé par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, mais permettre, dans le cadre d’une éventuelle évolution constitutionnelle, qu’il puisse se présenter une seule fois à une nouvelle élection, au regard du fait qu’il a déjà accompli un premier mandat.

Cette proposition doit toutefois être considérée comme une position à débattre, et non comme une décision acquise. D’une part, elle devrait être examinée à la lumière du droit constitutionnel, des principes démocratiques et des intérêts supérieurs du pays. D’autre part, son éventuelle adoption ne pourrait intervenir qu’à travers les procédures prévues par la Constitution et les lois de la République. Le débat devrait donc être ouvert, transparent et contradictoire, afin que toutes les sensibilités puissent exprimer leur point de vue.

Préserver la stabilité sans figer l’avenir

Certes, la stabilité institutionnelle demeure un élément essentiel pour tout pays. Néanmoins, la stabilité ne signifie pas nécessairement l’immobilisme. Une Constitution doit être suffisamment solide pour garantir la continuité de l’État, mais en même temps suffisamment adaptable pour accompagner les évolutions de la société. C’est pourquoi toute réflexion sur une réforme constitutionnelle devrait rechercher un équilibre entre la stabilité, la continuité de l’État, la volonté populaire et les exigences de la démocratie.

Le dialogue avant toute décision

En somme, avant toute modification de la Loi fondamentale, il apparaît essentiel de donner le coup d’envoi à un véritable dialogue national. Ce dialogue devrait réunir les partis politiques, les représentants de la société civile, les universitaires, les acteurs économiques, les jeunes, les femmes ainsi que toutes les composantes de la société mauritanienne.

En effet, la Constitution n’est pas la propriété d’une majorité ou d’un gouvernement, car elle constitue le socle juridique de la République et concerne chaque citoyen. Sa réforme, lorsqu’elle est envisagée, doit par conséquent être entourée du maximum de garanties, de transparence et de consensus.

Ainsi, la Mauritanie peut aujourd’hui choisir d’ouvrir ce débat avec maturité plutôt que de le subir demain dans la controverse. Donner le coup d’envoi au dialogue serait une manière de transformer les divergences en débat constructif et de réfléchir collectivement à un nouveau pacte institutionnel adapté aux réalités du pays. Le moment est dès lors venu de regarder vers l’avenir, sans renier l’histoire, et de donner à la Mauritanie un cadre constitutionnel à la hauteur de ses nouvelles ambitions.

Ahmed Ould Bettar

Rapideinfo.mr

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