Mauritanie : Le général à la retraite Lebat Ould Maayouf incarcéré à Nouakchott

Le général à la retraite Lebat Ould Maayouf incarcéré à la prison civile pour incitation et atteinte à la sûreté de l’État
Nouakchott – Le juge d’instruction mauritanien a mis fin à deux semaines de flou juridique entourant le dossier du général à la retraite Lebat Ould Maayouf, en ordonnant ce mercredi son incarcération à la prison civile, après sa comparution devant le parquet de la wilaya du Nouakchott-Ouest, pour des faits liés à une atteinte à la sûreté de l’État et à une divulgation de secrets.
De l’arrestation à la cellule
L’affaire a débuté il y a deux semaines, lorsque le service de lutte contre la cybercriminalité de la Gendarmerie nationale a interpellé le général à la retraite, membre du bureau exécutif du parti « Mauritanie en avant », en lien avec des déclarations et des prises de position politiques ayant suscité une vive controverse, notamment sa participation à une émission médiatique comportant des critiques de l’action des autorités et des commentaires sur plusieurs dossiers politiques et nationaux sensibles.
À l’issue de l’enquête et de l’instruction préliminaire, l’escadron de gendarmerie compétent a transmis le dossier au procureur de la République, qui a lui-même déféré le général à la retraite devant le juge d’instruction, avec une demande de placement en détention. Ould Maayouf fait précisément face à des accusations liées à des infractions relatives à la sûreté de l’État, commises par des publications et des billets diffusés sur les réseaux sociaux, ainsi qu’à un manquement au devoir de réserve imposé par la loi aux hauts officiers à la retraite.
Une atmosphère tendue aux abords du Palais de justice
L’audience de comparution s’est déroulée sous un dispositif sécuritaire notable, autour du Palais de justice et des rues y menant, où les forces de police ont empêché les proches du général à la retraite et les sympathisants de son parti d’organiser tout rassemblement de soutien, allant jusqu’à disperser par la force ceux qui s’étaient regroupés, selon les déclarations du président du parti.
Le président du parti « Mauritanie en avant », le docteur Nourredine Ould Mohamedou, a exprimé son étonnement quant à la manière dont le général à la retraite a été traité, estimant que son arrestation trouvait probablement son origine dans l’expression de positions politiques. Il a annoncé que le bureau exécutif du parti tiendrait une réunion pour examiner les suites à donner à la décision du juge d’instruction, tout en réaffirmant que le parti continuerait de réclamer la libération de ce membre de son bureau exécutif. Il a par ailleurs dénoncé ce qu’il a qualifié d’irrégularités juridiques ayant entaché l’arrestation, citant notamment l’interdiction faite aux dirigeants du parti et à des membres de sa famille de lui rendre visite.
De son côté, l’avocat de la Défense a estimé que la détention du général à la retraite durant les premiers jours, sans qu’aucune charge officielle ne lui ait été notifiée ni qu’il ait pu communiquer avec son avocat et ses proches, constituerait – si ces éléments se confirmaient – une violation manifeste de la Constitution, du code de procédure pénale et des engagements internationaux de la Mauritanie en matière de droits humains.
Une personnalité militaire de premier plan
Le dossier Ould Maayouf revêt une dimension symbolique supplémentaire, puisqu’il s’agit du premier général à comparaître devant la police judiciaire en Mauritanie depuis l’époque de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz. Le général à la retraite est le fils du défunt commandant de la Gendarmerie, Viyah Ould Maayouf. Il a lui-même occupé le poste de chef d’état-major à la présidence de la République, avant de prendre la tête du groupement de sécurité routière, ultérieurement intégré au secteur de la police.
Un dossier qui dépasse le cas individuel
Selon des observateurs et des organisations de défense des droits humains, l’affaire du général à la retraite s’inscrit dans une série croissante de poursuites judiciaires ayant, ces dernières années, touché militants, blogueurs et journalistes, avant de s’étendre récemment à des députés élus ainsi qu’à des personnalités politiques et militaires de premier plan. Des organisations des droits humains et des médias ont documenté des dizaines de cas liés à la liberté d’expression en Mauritanie depuis l’entrée en vigueur de la loi sur la protection des symboles, parmi lesquels au moins quarante cas individuels directement liés à une activité politique, associative ou journalistique, sans compter des dizaines d’autres arrestations survenues lors de manifestations et de rassemblements pacifiques.
Avec l’incarcération du général à la retraite à la prison civile, l’issue de ce dossier reste suspendue au déroulement de la suite de l’instruction, tandis que son parti et ses avocats guettent tout développement susceptible de conduire à sa libération ou à la fixation d’une date pour son procès.



