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La voix du pauvre en Mauritanie : entre dignité blessée et colère silencieuse

Tribune libre d'Abdoulaziz DEME sur les inégalités sociales en Mauritanie, l'impact de la vie chère et le cri du cœur des familles face à la pauvreté.

La voix du pauvre Mauritanien : entre dignité blessée et colère silencieuse.

Un père de famille sous le poids des charges

Je suis ce Mauritanien ordinaire. Celui qui se lève avant l’aube, qui compte chaque ouguiya, qui sait que son salaire de misère ne suffit plus à nourrir, vêtir, soigner et scolariser ses enfants.

Je suis celui qui, chaque fin de mois, regarde les factures s’accumuler, les dettes s’alourdir, et qui prie pour que la maladie n’arrive pas, car une simple consultation peut faire basculer toute une famille dans le gouffre.

Les chiffres officiels parlent de baisse de la pauvreté, de croissance économique, de pouvoir d’achat en amélioration.

Mais dans ma réalité, celle des quartiers populaires de Nouakchott, des banlieues oubliées, des villages enclavés, la pauvreté n’a pas reculé : elle s’est installée, tenace, humiliante.

Le seuil de pauvreté monétaire est officiellement à 25,7% en 2025, mais qui peut croire qu’un salaire au SMIG (45 000 MRU) permet de vivre dignement quand il faut 252 000 MRU par mois pour une famille de cinq personnes afin d’échapper à l’extrême pauvreté ?

Le luxe insolent d’une minorité.

Pendant que je compte mes repas, d’autres jettent l’argent par les fenêtres.

Les fêtes somptueuses, les mariages princiers, les villas climatisées, les voitures de luxe importées, les voyages à Dubaï ou à Paris…

Tout cela existe, sous mes yeux, dans une Mauritanie à deux vitesses.

Certains vivent dans une « Mauritanie offshore », une bulle dorée où l’argent coule à flots, pendant que le reste du pays s’enfonce dans la précarité.

Ce contraste n’est pas seulement économique : il est moral, Il blesse, Il révolte.

Comment accepter que des mères tamisent le sable au port pour y trouver des grains de blé perdus, pendant que d’autres gaspillent des millions dans des festivités ostentatoires ?

Comment tolérer que des enfants meurent de malnutrition pendant que des élites affichent un luxe insolent sur les réseaux sociaux ?

La dignité du travail, la honte de la misère.

Je ne demande pas la charité.

Je demande la justice.

Je veux travailler, nourrir mes enfants, leur offrir un avenir.

Mais comment le faire quand les salaires sont dérisoires, quand le coût de la vie explose, quand l’inflation ronge chaque jour un peu plus le peu que je gagne ?

Les politiques parlent de mécanismes redistributifs, de croissance tirée par les mines et le gaz.

Mais moi, je ne vois rien venir.

Je vois mes enfants grandir sans perspectives, je vois mes voisins partir sur des embarcations de la mort, je vois des mères fouiller les décharges pour nourrir leur progéniture.

Un appel à la conscience nationale.

Ce que je vis, des millions de Mauritaniens le vivent.

Ce n’est pas une fatalité.

C’est le résultat d’un système qui a oublié l’humain, qui a laissé les inégalités se creuser, qui a permis à une minorité de s’enrichir pendant que la majorité s’appauvrit.

Je ne veux pas de discours.

Je veux des actes.

Je veux des salaires décents, des services publics fonctionnels, une fiscalité juste, une lutte réelle contre la corruption et le gaspillage.

Je veux que mes enfants grandissent dans un pays où la dignité n’est pas un luxe, mais un droit.

L’espoir d’un avenir meilleur.

Malgré tout, je garde espoir.

L’espoir que la prise de conscience collective finira par l’emporter.

L’espoir que les jeunes, les femmes, les travailleurs, les citoyens ordinaires se lèveront pour exiger un changement véritable.

L’espoir que la Mauritanie retrouvera le chemin de la justice sociale, de la solidarité, de la dignité pour tous.

Car au fond, ce que je veux, c’est simple :

Pouvoir regarder mes enfants dans les yeux et leur dire : « Votre père a fait de son mieux.

Votre pays vous offre un avenir. »

Cet article est une tribune libre, inspirée des réalités vécues par des milliers de familles mauritaniennes. Il ne représente pas une position officielle, mais la voix d’un citoyen qui refuse le silence face à l’injustice.

Abdoulaziz DEME

Le 08 Septembre 2026

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