Mauritanie : le débat du 3e mandat entre stabilité et respect de la Constitution
Analyse du débat en Mauritanie sur un éventuel 3e mandat du président Ghazouani : arguments de la majorité, oppositions de Biram Abeid et posture du pouvoir.
Polémique du 3e mandat en Mauritanie : entre discours de stabilité et discours de rupture avec la Constitution
Nouakchott — Depuis plusieurs mois, la scène politique mauritanienne connaît une polarisation croissante autour d’une seule question : le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani se présentera-t-il pour un troisième mandat présidentiel ? Une question simple dans sa formulation, mais qui a ouvert un front de controverse acharnée entre deux camps, chacun se présentant comme le porte-parole de la « volonté du peuple ».
La thèse : le discours de la continuité et du bilan
La polémique a débuté lorsque des personnalités et des partis proches du pouvoir ont formulé des demandes explicites pour ouvrir la voie au président vers un troisième mandat, une démarche qui a relancé les interrogations sur une éventuelle révision constitutionnelle et sur les limites des mandats présidentiels dans le pays. Parmi les voix les plus marquantes figure la présidente du parti « Hiwar », Vatma Mint Meiny, qui a publiquement appelé le président à se représenter, le décrivant comme l’espoir renouvelé des pauvres et des marginalisés des villages et des zones rurales, qui bénéficient désormais d’aides inconditionnelles via les programmes de solidarité. Elle a cité en exemple les avancées réalisées dans l’éducation grâce à « l’École républicaine », ainsi que le succès de la Mauritanie à préserver sa stabilité sécuritaire dans une région en proie aux tensions, attribuant ce résultat à la sagesse et à l’expérience du président.
Cette ligne a également été reprise par les élus de la wilaya du Trarza, qui ont annoncé leur soutien à une candidature du président pour un troisième mandat, l’appelant à poursuivre ce qu’ils ont qualifié de « mission que le peuple mauritanien lui a confiée », tout en réclamant l’ouverture d’un débat national sur les formules constitutionnelles et juridiques envisageables à cet effet.
L’antithèse : le discours de la rupture constitutionnelle
À l’inverse, les opposants à cette idée estiment que la question n’est tout simplement pas négociable. Sur le strict plan juridique, le président Ghazouani, élu pour un premier mandat (2019-2024) puis réélu pour un second, n’a constitutionnellement pas le droit de se présenter à un troisième mandat consécutif, la Constitution mauritanienne stipulant expressément qu’un candidat ne peut exercer plus de deux mandats.
L’opposant Biram Ould Dah Ould Abeid a été l’une des voix les plus en vue à exiger du président qu’il clarifie sa position, l’appelant à respecter son serment constitutionnel et à mettre fin à toute initiative visant à préparer le terrain pour sa candidature. Il a estimé que la limitation des mandats présidentiels constitue un acquis constitutionnel et démocratique qu’il convient de préserver, mettant en garde contre le fait qu’y toucher pourrait créer un précédent portant atteinte au principe de l’alternance pacifique du pouvoir. Biram a appelé l’opposition et les forces civiles — voire, selon ses mots, « ceux qui se soucient de l’avenir du pays » au sein même de la majorité — à se mobiliser pour défendre ces limites constitutionnelles.
La position de la présidence : une neutralité affichée, mais une ambiguïté sur le « Dialogue national »
Dans ce climat de polarisation, le président Ghazouani s’est jusqu’à présent gardé de trancher publiquement. Il a affirmé implicitement, dans des déclarations antérieures, qu’il ne recherchait pas de troisième mandat, précisant que tout son travail, jusqu’au dernier jour de son mandat, consisterait à poursuivre la mise en œuvre du programme sur la base duquel il avait été élu. Le porte-parole du gouvernement, Al-Hussein Ould Meddou, a toutefois livré une lecture différente, indiquant que le président avait adopté une position de neutralité sur ce dossier précis, à la suite de rencontres séparées avec les dirigeants des partis de la majorité et de l’opposition, dans le cadre de larges consultations politiques considérées comme les prémices d’un Dialogue national attendu.
Cette distinction entre un « déni implicite » d’un côté et une « neutralité officielle » — susceptible de laisser la porte entrouverte si le Dialogue national venait à « l’entériner » — de l’autre, alimente les soupçons de l’opposition et maintient le dossier bien vivant sur la scène politique, malgré la clarté des textes constitutionnels.
Un enjeu qui dépasse la personne du président
Ce qui caractérise cette controverse, selon des observateurs de la vie politique mauritanienne, c’est qu’elle a dépassé le cadre du strict débat juridique pour devenir un véritable test de la maturité de l’expérience démocratique du pays, et de la capacité de ses institutions à résister aux tentations du pouvoir — un test déterminant pour savoir si la Mauritanie s’oriente vers l’institutionnalisation de l’alternance pacifique, ou si elle risque de retomber dans le cycle des querelles constitutionnelles enflammées. Biram a résumé cette dimension en affirmant que l’enjeu dépasse la personne du président actuel pour toucher à l’avenir même du système démocratique, et à la garantie qu’une éventuelle révision des mandats ne devienne pas un précédent invoqué ultérieurement pour se maintenir au pouvoir.
En définitive, le sort du troisième mandat reste suspendu entre trois acteurs : une majorité proche du pouvoir qui voit dans la continuité du président une garantie de stabilité et de bilan positif ; une opposition qui brandit la Constitution et l’alternance du pouvoir comme un seuil infranchissable ; et une présidence qui privilégie, pour l’instant, un langage d’ambiguïté calculée, laissant le dénouement au « Dialogue national » à venir.
Rédaction Rapide info



