Mauritanie: Appel à la cohésion sociale.
Je lance un appel solennel à l’ensemble de la population mauritanienne, dans toutes ses composantes, afin que nous fassions de l’éducation à la cohésion sociale une priorité dès la petite enfance.
J’ai été profondément choqué de voir circuler sur les réseaux sociaux la vidéo d’un enfant d’à peine sept ans tenant des propos racistes et menaçants à l’égard des Mauritaniens noirs. Entendre un enfant affirmer que « les Noirs vont tous les tuer » doit nous interpeller collectivement.
Un enfant ne naît pas avec la haine : il l’apprend dans son environnement, à travers certains discours entendu à la maison a côté des parents ou en famille , comportements, silences ou contenus diffusés dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Nous devons donc agir avant que les préjugés ne s’enracinent dans le cœur et l’esprit de nos enfants.
La Mauritanie appartient à tous ses fils et filles, dans la diversité de ses composantes, de ses cultures et de ses traditions.
Aucun enfant ne doit être éduqué dans le mépris de l’autre, la peur de l’autre ou la supériorité supposée d’une communauté sur une autre.
Responsabilité collective.
J’adresse cet appel :
Aux pouvoirs publics, pour renforcer l’éducation civique, les programmes scolaires, la prévention du racisme et les actions en faveur de la cohésion sociale ;
Aux parents et aux familles, afin qu’ils apprennent aux enfants le respect, l’égalité, la fraternité et la dignité de chaque citoyen ;
Aux enseignants, éducateurs, imams et responsables communautaires, pour qu’ils condamnent clairement les discours de haine et transmettent un message de paix et de vivre-ensemble ;
Aux médias et aux utilisateurs des réseaux sociaux, afin qu’ils ne banalisent ni ne relaient les propos racistes, haineux ou menaçants ;
À chaque citoyenne et chaque citoyen, pour refuser l’injustice, dénoncer les discriminations et défendre une Mauritanie unie.
La Constitution mauritanienne affirme l’égalité des citoyens devant la loi, sans distinction d’origine, de race, de sexe ou de condition sociale.
La législation mauritanienne interdit également l’incitation à la haine et à la discrimination raciale. Ces principes doivent être enseignés, protégés et appliqués dans la vie quotidienne.
Pour nos enfants.
Parler du racisme aux enfants doit se faire avec des mots adaptés à leur âge, mais avec clarté. Il faut leur expliquer que la couleur de peau, l’origine, la langue ou l’appartenance communautaire ne diminuent jamais la valeur d’un être humain.
Les spécialistes recommandent notamment de parler d’égalité, d’écouter les enfants, de répondre à leurs questions et d’échanger avec eux sur les contenus qu’ils voient sur Internet.
Nous devons encourager :
les activités scolaires et sportives réunissant les enfants de toutes les composantes ; puular soninké wolof et le peu de bambaras.
les échanges culturels et les initiatives de jeunesse ;
l’apprentissage de l’histoire et de la diversité de la Mauritanie ;
la médiation et le dialogue lorsqu’un enfant tient des propos discriminatoires ;
l’accompagnement des familles plutôt que le silence ou la banalisation.
Il ne s’agit pas de stigmatiser un enfant, une famille ou une communauté.
Il s’agit de protéger tous les enfants et de corriger, avec responsabilité, les discours qui peuvent conduire demain à la haine et à la violence.
Notre devoir envers la Mauritanie.
La lutte contre le racisme et la xénophobie ne doit pas être une réaction ponctuelle après la diffusion d’une vidéo d’un enfant de 7 ans.
Elle doit devenir une politique durable, menée par l’État, l’école, les familles, les leaders religieux, les associations, les médias et l’ensemble de la société.
Éduquons nos enfants dans l’amour de la patrie, le respect de la diversité et la fraternité. Apprenons-leur que la différence n’est pas une menace, mais une richesse.
La Mauritanie de demain sera ce que nous transmettons à ses enfants aujourd’hui.
Non au racisme.
Non à la xénophobie.
Oui à l’égalité, à la fraternité et à la cohésion sociale entre tous les Mauritaniens.
Abdoulaziz DEME
Le 09 Septembre 2026




Monsieur Aziz DEME,
Vous interpellez, à juste titre, la conscience nationale sur un phénomène qui, s’il n’est pas pris à bras-le-corps, risque de devenir une menace grave pour notre cohésion sociale et, au-delà, pour notre existence même en tant que nation.
Permettez-moi toutefois d’insister sur un point qui me paraît fondamental : aussi longtemps que l’éducation ne constituera pas une véritable priorité nationale, il sera illusoire d’espérer un changement profond et durable.
C’est à l’école, dès la petite enfance, que doivent se construire les fondements de notre avenir commun : le respect de l’autre, la citoyenneté, l’égalité, la fraternité, mais aussi le mérite, l’effort, la compétence et le sens de la responsabilité.
Un système éducatif performant et équitable est le seul véritable socle sur lequel une nation peut bâtir durablement son unité. Il ne suffit pas de condamner les discours de haine lorsqu’ils apparaissent ; il faut agir en amont, en donnant à chaque enfant les outils intellectuels et moraux qui lui permettront de comprendre que la diversité de notre société n’est ni une faiblesse ni une menace, mais une composante essentielle de notre identité nationale.
Notre responsabilité est donc immense. Elle incombe à l’État, à l’école, aux familles, aux enseignants, aux leaders religieux et communautaires, aux médias et à chacun d’entre nous.
Nous devons surtout éviter de transmettre à nos enfants les blessures, les préjugés et les divisions de notre passé. Ils n’ont pas à hériter de nos rancœurs. Ils doivent hériter d’une Mauritanie dans laquelle chacun, quelle que soit son origine, sa couleur, sa langue ou sa communauté, se sent pleinement citoyen et pleinement chez lui.
La cohésion nationale ne se décrète pas. Elle s’éduque, se construit et se consolide génération après génération.
C’est pourquoi le débat que vous avez courageusement relancé doit dépasser l’émotion suscitée par une vidéo ou un événement particulier. Il doit nous conduire à une réflexion nationale profonde sur notre système éducatif, sur ce que nous enseignons à nos enfants et surtout sur les valeurs que nous voulons leur transmettre.
La Mauritanie de demain sera nécessairement le reflet de l’éducation que nous donnons à ses enfants aujourd’hui.
Merci, Monsieur Aziz DEME, d’avoir posé cette question essentielle. Puisse votre appel contribuer à faire de l’éducation, de la citoyenneté et de la cohésion nationale de véritables priorités de notre pays.
Bien à vous votre frère Cheikh Mohamedelheiba