Haby Mint Rabah : De la servitude à l’Assemblée nationale de Mauritanie
Entrée à l'Assemblée nationale en octobre 2026, la députée mauritanienne Haby Mint Rabah rappelle le destin de Phoolan Devi. Récit d'un combat pour la dignité.

*De Behmai à Mederdra : deux femmes, deux Parlements, une même exigence de dignité*
Entrée à l’Assemblée nationale en octobre 2026, Haby Mint Rabah, qui se présente comme ancienne victime de servitude, rappelle le destin de l’Indienne Phoolan Devi. Les deux trajectoires diffèrent, mais elles disent la même chose : ceux que la société avait relégués peuvent finir par s’asseoir là où se décident les lois.
Deux enfances, une même relégation
Phoolan Devi naît en 1963 dans l’Uttar Pradesh, au sein de la communauté Nishad, tout en bas de l’échelle sociale. Mariée à 11 ans, victime de violences et de viols collectifs, elle prend le maquis dans les ravins du Chambal. En 1981, le massacre de Behmai, dont elle est accusée, fait d’elle une figure de légende et de scandale.
À Mederdra, dans le Trarza, Haby Mint Rabah naît dans une famille prise dans une dépendance héritée de génération en génération. Elle raconte avoir gardé le troupeau le jour et subi des violences la nuit dans la famille où elle était placée.
Deux chemins, deux méthodes
Phoolan Devi se rend en 1983, passe onze ans en détention, puis choisit la politique. Elle est élue députée au Lok Sabha en 1996, avant d’être assassinée en 2001 à New Delhi, preuve que l’entrée au Parlement ne protège pas de tout.
Haby, elle, a choisi dès le départ la voie du droit et de la parole publique. En 2008, sa sortie de la condition servile s’est faite grâce à une conjonction d’efforts : *l’implication décisive des autorités administratives et judiciaires de Mederdra et du Trarza qui ont fait appliquer la loi*, l’appui de son frère Bilal Ould Rabah, l’accompagnement de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA-Mauritanie) de Biram Dah Abeid, et le soutien de l’Association des femmes chefs de famille (AFCF) d’Aminetou Mint El Mokhtar.
Sans l’intervention de l’État local, sans la persévérance du frère et sans le filet associatif, l’issue aurait pu être différente.
Un siège qui dépasse une personne
En octobre 2026, Haby Mint Rabah entre à l’Assemblée nationale, en melhfa, *en remplacement de Mariam Cheikh Dieng, déchue de son mandat de députée*. Celle qui n’avait pas fréquenté l’école il y a quinze ans siège désormais parmi ceux qui votent les lois.
Son parcours est aussi le résultat d’un réseau : un frère qui a frappé aux portes, des autorités qui ont pris leurs responsabilités, une organisation qui a porté le dossier devant le tribunal de Rosso, une association qui l’a hébergée. Mais il serait injuste d’en faire seulement le fruit de leur générosité : c’est elle qui a témoigné, et qui a tenu.
Ce qu’elles se disent
Phoolan Devi a rappelé à l’Inde que la violence faite aux femmes de basse caste était une affaire d’État. Haby Mint Rabah, elle, sait que la loi de 2007 criminalisant l’esclavage en Mauritanie ne suffit pas : il reste à l’appliquer, à scolariser, à donner accès à l’eau et à la justice dans le Trarza et au-delà.
La première a dû choisir entre les armes et la parole ; la seconde n’a eu que la parole, et elle l’a emportée.
Reste à savoir ce qu’elle en fera. C’est cette question, plus que le symbole, que les femmes du Trarza lui poseront.
Yahya Niane pour Rapide info



