Opinions, tribunes, éditoriaux, billet d'humeurActualités économiques détailléesActualités Mauritanie

L’Urgence d’un nouveau contrat social

L’Urgence d’un nouveau contrat social
Par-delà les indicateurs macroéconomiques et les impératifs sécuritaires, la République Islamique de Mauritanie se trouve à un tournant décisif de sa vie. Pour transformer ses atouts naturels en stabilité pérenne, Nouakchott doit impérativement s’attaquer au chantier de la confiance et de la justice sociale.
Longtemps perçue comme un îlot de stabilité relative dans un Sahel tourmenté, la Mauritanie ne peut plus se contenter de ce satisfecit conjoncturel. Si les chiffres de la croissance flirtent avec l’optimisme, portés par les promesses du gaz et la solidité des rentes minières, le ressenti citoyen, lui, reste marqué par une dissonance profonde. Pour le gouvernement, le défi n’est plus seulement de gérer des flux, mais de recréer du lien.

Le Politique : dépasser la Symbolique

La refondation de l’État de droit ne peut plus faire l’économie d’une thérapie de choc institutionnelle. Il est urgent de passer d’une justice de cabinet à une justice de proximité, indépendante et diligente. Le sentiment d’impunité, ce poison, qui fragilise la cohésion nationale, ne disparaîtra qu’avec l’application équitable des lois, loin des prismes tribaux ou partisans.
La modernisation de l’administration, via une numérisation audacieuse, n’est pas qu’un gadget technique : c’est l’arme absolue contre la bureaucratie sclérosante et le favoritisme. En « détribalisant » la vie publique pour consacrer le mérite républicain, l’État enverra un signal fort à sa jeunesse : la compétence est le seul passeport valide pour servir la nation. Ce changement de paradigme doit s’accompagner d’une liberté de presse consolidée, où le journaliste, protégé juridiquement et soutenu économiquement, devient le gardien de l’éthique publique.

L’Économie : de la Rente au Développement Réel

La dépendance aux matières premières (fer, or, pêche et demain gaz) est un colosse aux pieds d’argile. La diversification n’est plus une option, c’est une survie. L’investissement doit se déplacer vers les secteurs productifs — agriculture, élevage moderne, PME — capables de générer une valeur ajoutée locale.
Cependant, la croissance restera une abstraction tant que la redistribution ne sera pas effective. Le chômage des jeunes, véritables bombes à retardement social, exige une adéquation brutale entre la formation universitaire et les réalités du marché. Il s’agit de transformer la manne gazière non pas en fond de thésaurisation, mais en levier pour l’éducation, la santé et des infrastructures qui désenclavent enfin les régions périphériques.

Le Social : réparer les Fractures

Au cœur de la crise de confiance, se niche la question de la cohésion. L’école doit redevenir le creuset de l’unité nationale, là où les langues se rencontrent et où les chances s’égalisent. Lutter contre les tensions communautaires ne se fera pas par des décrets, mais par un discours d’unité sincère et une politique de discrimination positive envers les plus vulnérables.
La place des femmes, piliers de l’économie informelle, doit être institutionnalisée par un accès facilité au financement. En multipliant les espaces de citoyenneté pour les jeunes, l’État offre une alternative au désenchantement et à l’exil.
La stabilité durable ne se construit pas uniquement par le contrôle politique ; elle s’érige sur le socle de l’équité et de la dignité.

L’Heure des Choix

Le diagnostic est clair : le principal défi mauritanien est moral. Les citoyens attendent des preuves que la richesse nationale n’est pas l’apanage d’une minorité. Le gouvernement doit accepter la critique comme un moteur de réforme et non comme une menace.
La Mauritanie possède les ressources, la position stratégique et la jeunesse nécessaires pour devenir un modèle régional. Mais cette promesse ne se réalisera qu’à une condition : que la gouvernance devienne inclusive. Le temps des dialogues de façade est révolu ; place à l’action concrète pour restaurer, enfin, le pacte de confiance entre le citoyen et ses institutions.

Ahmed Ould Bettar

Encadré:

Voici quelques données statistiques concernant la Mauritanie, basées principalement sur les rapports de la Banque mondiale, du PNUD et des institutions internationales.

Évolution du taux de pauvreté
La pauvreté continue de reculer progressivement en Mauritanie selon la Banque mondiale.
Le taux de pauvreté est passé de 27 % en 2024 à 25,2 % en 2025, permettant à environ 55 000 personnes de sortir de la pauvreté. Cette baisse est liée à la stabilité macroéconomique, aux programmes sociaux ciblés et aux recettes issues du secteur gazier.

Cependant, la pauvreté demeure particulièrement forte dans les zones rurales et parmi les jeunes, avec des inégalités persistantes d’accès à l’éducation, à la santé et à l’emploi.

Croissance économique
La Mauritanie figure parmi les économies les plus dynamiques du Sahel ces dernières années.

La croissance du PIB a atteint 6,3 % en 2024 selon la Banque mondiale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires