Citoyenneté en Mauritanie : Bâtir un contrat national contre les fractures
Face aux fractures identitaires et sociales, Ahmed Ould Bettar plaide pour un nouveau contrat national en Mauritanie. Découvrez les piliers essentiels — éducation, justice et équité — pour transformer la citoyenneté de papier en une nation unie et prospère.
La citoyenneté en Mauritanie ne peut plus se contenter d’être un concept théorique alors que le pays traverse une crise identitaire profonde. Entre les séquelles de l’esclavage et le sentiment d’exclusion, Ahmed Ould Bettar plaide pour une refonte de notre contrat social. Pour que la citoyenneté en Mauritanie devienne une réalité tangible, il est urgent de placer la République au-dessus des tribus et des ethnies à travers une justice impartiale et une école unifiée.
Ce n’est un secret pour personne, et encore moins pour ceux qui parcourent les rues de Nouakchott, les vallées du Fleuve ou les sables de l’Adrar : notre pays traverse une crise identitaire et sociale aussi profonde qu’ancienne. Une fracture qui ne se soigne plus à coups de slogans électoraux ou de silences polis.
Le diagnostic est connu, mais il est de plus en plus lourd. Entre les séquelles indélébiles de l’esclavage, les plaies béantes des événements de 1989 et un sentiment d’exclusion qui ronge certaines de nos communautés — qu’elles soient harratines, négro-africaines ou arabes — la nation mauritanienne semble chercher son souffle. Minimiser ces tensions, c’est laisser le champ libre aux radicalismes de tous bords.
Le défi majeur du XXIe siècle mauritanien est de transformer une citoyenneté de papier en une réalité tangible. Un Mauritanien doit pouvoir se définir par son appartenance à la République avant de se retrancher derrière son ethnie ou sa tribu. Mais comment exiger cette loyauté nationale quand l’accès aux emplois publics, la justice et la gestion foncière semblent encore trop souvent dictés par le favoritisme ou l’origine ?
La citoyenneté ne se décrète pas, elle se vit. Elle se voit dans l’impartialité d’un juge, dans l’équité d’un concours administratif et dans la répartition juste des richesses du sol.
Pour bâtir ce « Contrat National », deux piliers sont non négociables.
D’abord, l’école. Véritable creuset de la nation, elle est aujourd’hui le miroir de nos divisions. Une réforme courageuse est impérative : une éducation qui valorise toutes nos langues, qui enseigne une histoire nationale apaisée et qui fait du bilinguisme un atout plutôt qu’un champ de bataille idéologique. Un enfant qui grandit en regardant l’autre comme un étranger est une promesse de conflit futur.
Ensuite, notre jeunesse. Entre chômage de masse et tentation de l’exil, nos jeunes perdent foi en la politique. Cette frustration est un terreau fertile pour les replis identitaires. Redonner de l’espoir par l’économie, c’est aussi stabiliser la République.
Il est temps de sortir des simulacres de concertation. La Mauritanie a besoin d’un dialogue national sincère, impliquant intellectuels, société civile et leaders religieux, pour définir non pas qui nous étions, mais qui nous voulons devenir ensemble.
Notre diversité — ce mélange unique d’héritages africains et arabes — ne doit plus être perçue comme une menace, mais comme une force géopolitique et culturelle. La stabilité durable ne viendra ni de l’oubli forcé, ni du communautarisme revanchard. Elle naîtra de l’équilibre fragile, mais nécessaire, entre la mémoire, la justice et l’égalité absolue devant la loi. Ahmed Ould Bettar.



