La Situation de l’Éducation en Mauritanie : Le rapport UNICEF appelle à des réformes de rupture

Après la publication du dernier rapport UNICEF sur l’école mauritanienne, l’heure n’est plus aux demi-mesures. Il faut agir sur la chaîne complète du pilotage, de l’enseignant en classe jusqu’au décideur.
Le rapport dresse un état des lieux sans complaisance : taux d’abandon élevés, faibles acquis en lecture et écriture, manque de qualification linguistique chez une partie des enseignants. Le diagnostic est posé, mais la thérapie sera forcément douloureuse. En effet, dans un système éducatif, quand la base craque, toute la pyramide s’écroule. Or la base, ce sont les instituteurs et leur capacité réelle à transmettre. Il est donc temps que des responsabilités soient établies et que des changements profonds interviennent dans la chaîne de pilotage pour laisser place à une logique de résultats.
Pourtant, le grand problème, comme le souligne un instituteur, « c’est la frustration. Les enseignants ne sont pas tous mauvais, il y en a qui sont excellents mais ils sont frustrés. Il y a beaucoup de choses à revoir à l’enseignement primaire et créer des critères pour promouvoir les enseignants ». Ce cri du terrain confirme qu’on ne manque pas de talents, mais de conditions pour les faire émerger.
Pour redresser l’école, six chantiers s’imposent et s’enchaînent logiquement. D’abord, il est indispensable de procéder à une évaluation linguistique généralisée de tous les enseignants. Avant toute réforme pédagogique, il faut mesurer le niveau réel, car on ne peut pas enseigner les sciences, les maths ou même le français et l’arabe si la langue d’enseignement n’est pas maîtrisée. Cette évaluation nationale, transparente et obligatoire, constituerait le thermomètre du système : sans elle, on soignerait à l’aveugle.
Ensuite, une fois les enseignants « aptes » identifiés, ils doivent bénéficier de formations continues ciblées. Loin d’être arrivés, ils ont besoin d’être armés en nouvelles méthodes pédagogiques, gestion de classe et intégration des outils numériques. Un enseignant qui progresse tire toute sa classe vers le haut, c’est pourquoi l’État devrait créer des centres de formation régionaux et rendre la formation obligatoire plutôt que facultative.
Parallèlement, la mesure la plus difficile politiquement mais la plus juste pédagogiquement concerne les enseignants « non-aptes ». Garder en classe des enseignants qui échouent au test linguistique revient à condamner des milliers d’enfants. Il faut donc prévoir leur réorientation vers d’autres corps de la fonction publique où leurs compétences seraient utiles, ou leur proposer une retraite anticipée avec accompagnement. L’objectif n’est pas de punir, mais de protéger le droit fondamental des enfants à une éducation de qualité.
Au-delà de la question des compétences, il faut répondre directement à cette frustration dénoncée par les enseignants. Pour cela, il est urgent de créer de vraies perspectives grâce à une promotion au mérite avec des critères clairs. Une grille de carrière transparente, un avancement basé sur la performance et les résultats des élèves, des primes d’excellence et une reconnaissance publique permettraient de valoriser les excellents et de redonner de la motivation à tous.
Dans le même temps, l’efficacité du système passe par le renforcement du rôle des inspecteurs. Loin du « gendarme » de passage, l’inspecteur doit redevenir un coach pédagogique de proximité. Pour cela, il faut lui donner les moyens logistiques, le former aux techniques d’accompagnement et lui accorder l’autorité nécessaire pour imposer des plans d’amélioration. Son rôle doit être de suivre, orienter, appuyer et former l’instituteur dans sa classe, et non plus seulement de noter et sanctionner.
Enfin, aucune de ces réformes ne tiendra sans la revalorisation salariale. Tous les rapports et toutes les expériences internationales le confirment : il n’y a pas de bonne école sans enseignants bien payés. Les salaires actuels des instituteurs et inspecteurs ne reflètent pas l’importance de leur mission. Or un enseignant démotivé par le salaire multiplie les absences et les cours particuliers obligatoires. Investir dans les salaires, c’est donc investir directement dans la qualité de l’enseignement.
Au final, le rapport UNICEF met la Mauritanie face à ses responsabilités. Les solutions existent et sont connues. Ce qui manque, c’est le courage politique pour les appliquer, c’est-à-dire accepter des réformes impopulaires à court terme pour gagner sur le long terme. Si l’État ne peut pas tout faire d’un coup, il doit commencer par l’évaluation linguistique, car c’est elle qui donne la carte exacte du chantier. Les autres réformes s’enchaîneront ensuite de manière cohérente.
L’école mauritanienne ne manque pas d’enfants motivés, et elle ne manque pas non plus d’enseignants excellents. Elle manque surtout d’un système qui les reconnaît, les forme et les paie à la hauteur. Il est temps de changer cela, car l’éducation n’est pas une dépense : c’est l’investissement le plus rentable d’un pays.
Y.N Pour Rapideinfo_



