Pluralisme médiatique en Mauritanie : le rapport 2025 de la HAPA
Rapport 2025 de la HAPA sur le pluralisme médiatique en Mauritanie : avancées, dominance de l'exécutif, sous-représentation de l'opposition et cas de Rapide Info.

Le rapport 2025 de la HAPA met en lumière des avancées, mais aussi de persistants déséquilibres
Nouakchott – La Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA) a rendu publics les résultats de son enquête sur le pluralisme médiatique au titre de l’année 2025. Réalisée sur la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2025, cette étude propose une photographie détaillée de la présence des différents acteurs politiques et sociaux dans les médias audiovisuels mauritaniens.
La publication de ce rapport s’inscrit dans les missions de régulation confiées à la HAPA, notamment en matière de liberté de communication audiovisuelle, de diversité des opinions et d’accès équitable des différents acteurs aux médias. La présentation du rapport, organisée en mai 2026, a réuni responsables institutionnels, représentants des partis politiques, société civile et responsables des médias.
Une forte présence du gouvernement dans le temps d’antenne
L’un des principaux enseignements du rapport concerne la répartition du temps d’antenne entre les différentes composantes de la vie publique.
Dans l’ensemble des médias étudiés, le gouvernement représente 54,38 % du temps d’antenne consacré aux différentes catégories d’acteurs, tandis que la société civile atteint 16,15 %. Les activités du président de la République représentent 9,91 %, la majorité soutenant le président 8,30 %, l’opposition 6,35 % et les entités régionales 4,90 %.
Ces chiffres traduisent une présence largement dominante de l’exécutif dans l’espace audiovisuel, alors que la représentation de l’opposition demeure nettement plus faible. La HAPA a ainsi relevé des déséquilibres dans la répartition du temps médiatique, particulièrement dans les médias publics.
L’opposition demeure le principal point de déséquilibre
Le rapport met particulièrement en évidence la faiblesse relative de la présence de l’opposition dans les médias audiovisuels.
La question est d’autant plus importante que le principe du pluralisme suppose que les différentes sensibilités politiques puissent accéder aux médias dans des conditions équitables.
La HAPA rappelle à ce titre la nécessité d’appliquer les dispositions légales relatives à la répartition du temps d’antenne entre gouvernement, majorité et opposition. Parmi les recommandations formulées figure notamment l’objectif de permettre à l’opposition d’obtenir une part significative du temps d’antenne, afin de renforcer l’équilibre du discours médiatique.
Cette préoccupation rejoint le constat général présenté lors de la discussion du rapport : le paysage audiovisuel mauritanien dispose d’une pluralité d’acteurs, mais cette pluralité ne se traduit pas encore partout par un équilibre équivalent dans le traitement médiatique.
Une diversité linguistique encore perfectible
L’étude s’intéresse également à la place des langues nationales dans les médias.
Sur le volume global observé pour les langues nationales, le pulaar représente 41,30 %, le wolof 32,42 % et le soninké 26,28 %.
La HAPA recommande néanmoins de renforcer l’équilibre entre les langues nationales et d’améliorer la production de journaux et de programmes directement réalisés dans ces langues, plutôt que de se limiter à la traduction ou au résumé de contenus initialement produits en arabe.
Cette recommandation souligne que le pluralisme médiatique ne se réduit pas à la diversité politique : il comprend également une dimension linguistique, culturelle et sociale.
Des différences importantes entre médias publics et privés
Le rapport relève également des écarts importants entre les médias publics et les médias privés.
Dans le secteur privé audiovisuel, certaines chaînes concentrent une part importante du temps d’antenne. Les données présentées par la HAPA montrent notamment une forte présence de Sahara 24, suivie par Al-Mourabitoun TV, Al-Sahel et El Medina TV.
La HAPA appelle par ailleurs à une meilleure viabilité économique des médias privés, à une actualisation de leurs cahiers des charges et au développement régulier de programmes et de journaux dans les langues nationales.
L’autorité recommande également de revoir certains accords de rediffusion entre médias privés et médias publics afin d’éviter toute concentration excessive ou orientation unilatérale des contenus.
Un rapport qui dépasse la simple mesure des temps d’antenne
Au-delà des statistiques, l’intérêt du rapport réside dans sa volonté de faire du pluralisme un véritable instrument de régulation du paysage médiatique.
La HAPA considère que l’enjeu consiste désormais à transformer les données recueillies en mesures concrètes : amélioration de l’équilibre politique, renforcement de la représentation de la société civile, meilleure présence des collectivités locales et régionales et développement de contenus en langues nationales.
Le rapport intervient également dans un contexte marqué par la montée des discours de haine et des tensions autour de la représentation des différentes composantes de la société. Le président de la HAPA a insisté sur la nécessité de lutter contre les discours de haine et les incitations à la discrimination.
Et Rapide Info dans tout cela ?
Une précision importante s’impose : le rapport de la HAPA consacré au pluralisme audiovisuel 2025 ne semble pas attribuer de note, de classement ou d’évaluation individuelle à Rapide Info.
Rapide Info étant un média numérique indépendant, son activité ne correspond pas directement au périmètre principal de l’enquête présenté dans ce rapport, qui porte sur le paysage audiovisuel public et privé.
Il serait donc incorrect d’affirmer que la HAPA a attribué à Rapide Info une note précise sur la base de ce document.
En revanche, si l’on applique aux médias numériques les principes défendus dans le rapport – pluralisme, diversité des opinions, équilibre, accès aux différentes sensibilités et diversité linguistique – Rapide Info peut être considéré comme un média qui s’inscrit dans cette dynamique de diversification de l’espace médiatique mauritanien.
Le média se présente lui-même comme une plateforme indépendante privilégiant une couverture diversifiée de l’actualité politique, économique et sociale et revendiquant le pluralisme et la pluralité des voix.
Une appréciation positive, mais à distinguer de l’évaluation officielle
Sur la base des éléments disponibles, on peut donc porter une appréciation favorable sur la contribution de Rapide Info au pluralisme médiatique, notamment en raison de son positionnement numérique indépendant et de sa volonté affichée de couvrir différentes sensibilités et thématiques.
Mais cette appréciation doit être clairement distinguée d’une évaluation officielle de la HAPA : le rapport 2025 ne fournit pas, dans les éléments examinés, de score individuel attribué à Rapide Info.
Cette distinction est essentielle pour éviter d’attribuer à l’autorité de régulation une appréciation qu’elle n’a pas explicitement formulée.
Conclusion : le défi est désormais celui de l’équilibre
Le rapport 2025 de la HAPA dresse finalement le portrait d’un paysage médiatique mauritanien plus diversifié, mais encore marqué par des déséquilibres importants.
La forte présence du gouvernement, la faiblesse relative de l’opposition, les écarts entre médias publics et privés ainsi que la nécessité de renforcer la diversité linguistique constituent les principaux défis identifiés.
L’enjeu pour les prochaines années sera donc moins de créer de nouveaux espaces médiatiques que de garantir que chaque voix puisse réellement y trouver sa place.
Dans cette perspective, les médias numériques indépendants tels que Rapide Info peuvent jouer un rôle important dans l’élargissement de l’espace public et dans la diversification de l’offre d’information. Leur crédibilité dépendra toutefois, comme pour l’ensemble de la presse, de leur capacité à maintenir dans la durée les exigences de rigueur, de vérification des faits, d’équilibre et de pluralisme.
En résumé : le rapport de la HAPA ne donne pas de note officielle à Rapide Info, mais les principes qu’il défend constituent une grille pertinente pour apprécier la contribution du média au pluralisme de l’espace informationnel mauritanien.



