*La Mauritanie n’a jamais cessé d’être souveraine : retour sur une histoire que certains aimeraient oublier* !

L’idée selon laquelle « la Mauritani tout entière ferait partie du Maroc » ne correspond ni à la réalité historique ni au droit international. Elle relève d’une ancienne revendication politique, celle du *« Grand Maroc »,* aujourd’hui dépassée par plus de soixante ans d’indépendance mauritanienne et par une coopération bilatérale fondée sur le respect mutuel.
Origine d’une revendication politique
Après l’indépendance du Maroc en 1956, certains courants nationalistes marocains ont défendu la thèse du « Grand Maroc », selon laquelle la Mauritanie, le Sahara occidental et plusieurs territoires voisins auraient dû revenir au royaume.
Cette thèse s’appuyait sur des liens historiques, tribaux et religieux, notamment avec l’Empire chérifien et les Almoravides.
Mais un héritage culturel commun ne saurait effacer la souveraineté d’un peuple ni le droit des États à disposer d’eux-mêmes.
La Mauritanie n’est pas une province oubliée : elle est une nation indépendante, reconnue par la communauté internationale.
Le droit international est clair
La Mauritanie est devenue indépendante de la France le 28 novembre 1960.
Le Maroc a officiellement reconnu cette indépendance en 1969, renonçant ainsi à ses revendications territoriales sur le pays.
Depuis lors, la Mauritanie est un État pleinement souverain, membre de l’Organisation des Nations unies et de l’Union africaine.
Toute tentative de raviver la thèse du « Grand Maroc » revient donc à contester un équilibre diplomatique pourtant acté depuis longtemps.
Une naissance difficile.
À l’indépendance de la Mauritanie, proclamée le 28 novembre 1960, le Maroc ne la reconnaît pas immédiatement.
Rabat défend alors la *thèse du « Grand Maroc »,* qui conteste directement la souveraineté mauritanienne.
Cette position crée une tension durable entre les deux pays.
Elle atteint son paroxysme lorsque la Mauritanie rejoint l’Organisation de l’unité africaine en 1963, décision que le Maroc refuse d’accepter, au point de se retirer de l’organisation.
La normalisation de 1969-1970
Le tournant intervient en septembre 1969, lors du Sommet islamique de Rabat.
Le président mauritanien Mokhtar Ould Daddah y est invité par le roi Hassan II, avec l’appui médiateur de l’Algérie.
Le Maroc reconnaît alors la Mauritanie et des ambassadeurs sont nommés dans les deux capitales.
En juin 1970, les deux pays signent un accord de coopération et de bon voisinage, qui acte officiellement la fin du différend territorial.
Une convention culturelle est ensuite signée à Nouakchott en 1972.
La reconnaissance n’est donc pas une faveur accordée à la Mauritanie : c’est la reconnaissance d’une réalité politique et juridique.
Crise, puis rétablissement.
Les relations se dégradent de nouveau en 1981, après une tentative de coup d’État en Mauritanie à laquelle une partie de l’opinion mauritanienne attribue une complicité marocaine.
Nouakchott rompt alors ses relations diplomatiques avec Rabat et se rapproche de l’Algérie.
Après le coup d’État de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya en 1984, des contacts progressifs reprennent. Les relations diplomatiques sont rétablies en avril 1985, ouvrant une période de coopération plus stable.
Cette séquence rappelle que la relation bilatérale a toujours été politique : elle dépend des choix souverains de Nouakchott, non d’une appartenance supposée au Maroc.
Un partenariat contemporain.
Depuis les années 2000, et surtout sous les présidences de Mohamed Ould Abdel Aziz puis de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, la relation s’est consolidée. Elle repose désormais sur une coopération politique, économique, sécuritaire, militaire, culturelle et universitaire.
Ce partenariat n’est pas une soumission de la Mauritanie au Maroc. C’est une coopération entre deux États souverains, chacun défendant ses intérêts nationaux et sa place dans la région.
Les facteurs d’un rapprochement
Trois éléments expliquent la solidité actuelle du lien : la position géographique de la Mauritanie comme passerelle entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest ; les défis sécuritaires sahéliens communs ; et la volonté des deux dirigeants de faire de la coopération bilatérale un levier d’intégration régionale.
La Mauritanie apporte à ce partenariat sa stabilité, son ancrage ouest-africain et son accès stratégique à l’Atlantique.
Elle n’est ni un prolongement du Maroc ni un simple corridor vers l’Afrique subsaharienne.
Une souveraineté non négociable
En somme, la relation maroco-mauritanienne a évolué d’un différend entre souveraineté et reconnaissance vers une coopération pragmatique.
Mais une chose demeure intangible : la Mauritanie est un État indépendant, souverain et maître de son destin.
Rappeler cette vérité n’est pas un acte hostile envers le Maroc.
C’est un acte de lucidité politique et de fidélité à l’histoire de la Mauritanie.
Abdoulaziz DEME
Le 26 Octobre 2026



