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Le dossier de Lagouira : Enjeux géopolitiques et sécuritaires pour la Mauritanie

Analyse stratégique du dossier de Lagouira (La Güera) : frontières, sécurité de Nouadhibou et équilibres diplomatiques entre le Maroc et la Mauritanie.

Entre enjeu frontalier hérité de l’histoire, intérêts stratégiques autour de Nouadhibou et équilibres diplomatiques délicats entre le Maroc, l’Algérie et le Front Polisario, la question de Lagouira (La Güera) cristallise de profonds défis pour la Mauritanie. Décryptage d’un dossier géopolitique sensible où la sécurité juridique des frontières nord de Nouakchott se conjugue avec les ambitions atlantiques de la région

Le dossier de Lagouira (La Güera) se situe au croisement de trois enjeux : une frontière héritée de la colonisation, la question du Sahara occidental, et la sécurité économique de la Mauritanie autour de Nouadhibou.

Où se trouve Lagouira

Lagouira se trouve à l’extrémité sud de la péninsule du Ras Nouadhibou (Cap Blanc), sur la côte atlantique, juste à l’ouest de Nouadhibou. La péninsule est partagée par la frontière maroco-mauritanienne : Nouadhibou est du côté mauritanien, tandis que Lagouira se trouve du côté administré par le Maroc, à l’extrême sud du Sahara occidental.

C’est aujourd’hui une localité quasi déserte, mais sa position lui donne une valeur stratégique disproportionnée par rapport à sa taille.

L’héritage colonial

La frontière de la péninsule découle des délimitations coloniales entre l’Espagne, qui administrait le Sahara espagnol, et la France, présente en Mauritanie.

Cette ligne a laissé Lagouira du côté espagnol, donc aujourd’hui rattachée administrativement au Maroc, alors que Nouadhibou est mauritanienne.

En 1979, la Mauritanie a renoncé à ses prétentions sur le Sahara occidental et signé avec le Front Polisario l’accord d’Alger.

Selon certaines lectures mauritaniennes, cet accord incluait un transfert ou une reconnaissance concernant Lagouira ; c’est l’un des fondements avancés par Nouakchott pour réclamer des garanties sur ce site.

Pourquoi le Maroc la revendique

Pour Rabat, Lagouira fait partie du Sahara marocain et s’inscrit dans le slogan national « de Tanger à Lagouira », qui symbolise l’unité territoriale du Royaume.

Le Maroc considère donc toute remise en cause du statut de la localité comme une atteinte à son intégrité territoriale.

Le dossier est aussi lié à la question plus large du Sahara occidental : toute clarification de la frontière nord de la Mauritanie peut être perçue par le Maroc comme une reconnaissance implicite d’une frontière « provisoire » ou contestée, alors que Rabat cherche au contraire à consolider sa souveraineté sur l’ensemble du territoire.

Pourquoi cela inquiète la Mauritanie.

La Mauritanie ne craint pas seulement une perte symbolique de territoire.

Lagouira est très proche de Nouadhibou, la capitale économique du pays, son principal port de pêche et un pôle majeur pour l’exploitation des ressources maritimes et minières.

Toute évolution du statut de la zone pourrait affecter la sécurité du littoral, les zones de pêche et les accès portuaires.

Nouakchott demande donc, dans le cadre des discussions onusiennes sur le Sahara, la création d’une commission chargée de définir de manière consensuelle des frontières internationales « définitives et permanentes ». L’objectif est d’obtenir des garanties internationales contre toute contestation future.

Le jeu des puissances

La Mauritanie participe aux pourparlers sur le Sahara comme pays observateur, aux côtés de l’Algérie, et reconnaît la RASD proclamée par le Polisario.

Cette position la place dans une situation délicate : elle entretient des relations importantes avec le Maroc, tout en restant liée à l’axe algéro-sahraoui.

Le Maroc, lui, développe une stratégie atlantique ambitieuse : ouverture du Sahara vers l’Afrique de l’Ouest, port de Dakhla, corridors routiers et offre d’accès à l’océan pour les pays du Sahel.

Dans ce contexte, Lagouira et la frontière avec la Mauritanie prennent une valeur stratégique accrue.

Ce que dit réellement Nouakchott.

Les autorités mauritaniennes ont démenti avoir formulé une nouvelle revendication territoriale sur Lagouira.

Elles affirment vouloir une clarification consensuelle des frontières, dans le cadre des Nations unies, et non une rupture avec Rabat.

Autrement dit, la question n’est pas forcément une volonté immédiate de « récupérer » Lagouira, mais plutôt une exigence mauritanienne de sécuriser juridiquement sa frontière nord avant que les évolutions du dossier saharien ne créent des faits accomplis.

Les risques pour la Mauritanie

Insécurité juridique : sans accord international clair, le statut de Lagouira peut rester une source de tension durable.

Pression sur Nouadhibou : la proximité immédiate de la capitale économique rend toute contestation particulièrement sensible.

Enlisement diplomatique : la Mauritanie doit éviter de choisir brutalement entre le Maroc, partenaire économique et sécuritaire, et l’Algérie ainsi que le Polisario.

Risque d’ambiguïté : le silence officiel peut laisser croire à un accord secret ou à une concession, ce qui alimente la méfiance de l’opinion publique.

Message possible.

La question de Lagouira dépasse le simple débat territorial : elle touche à la sécurité de notre frontière nord, à l’avenir de Nouadhibou et à la crédibilité de notre diplomatie.

La Mauritanie a le droit d’exiger des garanties claires, transparentes et internationalement reconnues sur ses frontières.

Le silence n’est pas une politique : la Nation mérite de savoir quelles positions défendent ses autorités face à un enjeu aussi stratégique.

© Abdoulaziz DEME

Le 25 Octobre 2026

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