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Un devoir sacré, une responsabilité partagée : hommage et appel à la communauté médicale mauritanienne

Face au manque de moyens dans la santé en Mauritanie, la communauté médicale s’organise pour défendre ses conditions de travail et la qualité des soins. Hommage et appel à la responsabilité par Abdoulaziz DEME.

Un devoir sacré, une responsabilité partagée : hommage et appel à la communauté médicale mauritanienne.

En Mauritanie, les médecins et l’ensemble du personnel de santé assument, chaque jour, une mission de service public essentielle : répondre aux urgences, soigner les populations et porter la confiance que la société place en eux.

Lorsque les moyens font défaut, il est légitime et responsable que la communauté médicale s’organise collectivement pour dénoncer ces manquements et exiger les conditions minimales d’un exercice digne et efficace.

Une fonction publique de santé sous tension.

Les structures publiques de santé mauritaniennes hôpitaux régionaux, départementaux et spécialisés, centres de santé constituent le premier rempart face à la maladie et aux urgences vitales.

Pourtant, plusieurs signaux récents montrent que les équipes évoluent dans un contexte de moyens limités : pénuries d’équipements et de fournitures, difficultés de maintenance, et parfois absence de dialogue avec les directions hospitalières.

À Boutilimit, par exemple, médecins et infirmiers de l’hôpital Hamad Ben Khalifa ont organisé un sit-in pour réclamer l’amélioration des conditions de travail et la mise à disposition des équipements nécessaires, alertant sur l’impact direct du manque de moyens sur la performance des équipes et la qualité des soins.

Dans le même établissement, des médecins ont même annoncé la suspension des consultations externes jusqu’à la satisfaction de leurs revendications, soulignant la fermeture de la direction à tout dialogue.

Ces mouvements ne sont pas des refus de soigner, mais des appels à la responsabilité : comment garantir une prise en charge digne et sécurisée des patients sans les outils, les médicaments et les effectifs adaptés ?

La confiance des populations, un engagement moral.

La population mauritanienne place dans ses médecins une confiance profonde, souvent teintée d’attente et d’espoir.

Cette confiance est un contrat moral : en échange, l’État doit fournir les moyens matériels, humains et organisationnels permettant d’honorer cette mission de service public.

Lorsque cette chaîne se rompt par manque de budgets, de logistique ou de gouvernance ce sont les soignants qui se retrouvent en première ligne, à la fois garants de la continuité des soins et témoins des défaillances structurelles.

Dans ce contexte, leur parole collective devient un outil de protection des patients autant que de défense de leur propre capacité à exercer correctement.

Quand les moyens manquent : le devoir de dénonciation organisée.

Si l’État ne remplit pas son obligation de mise à disposition des moyens, la communauté médicale a non seulement le droit, mais le devoir, de s’organiser pour :

Documenter les carences : établir des rapports factuels sur les équipements manquants, les ruptures de stocks, les effectifs insuffisants, et les conséquences cliniques observées.

Porter une voix collective : à travers les syndicats, les ordres professionnels et les associations médicales, formuler des revendications claires, publiques et constructives.

Utiliser des formes d’action mesurées : sit-in, communiqués, suspension temporaire de certaines activités non urgentes, tout en maintenant la prise en charge des cas vitaux, afin de préserver la confiance des patients tout en faisant pression pour des solutions.

Proposer des pistes de réforme : budgétisation transparente, plans d’équipement pluriannuels, mécanismes de maintenance, et dialogue permanent entre autorités sanitaires et représentants du personnel.

Ces démarches ne fragilisent pas la profession : elles la renforcent en montrant que les soignants placent l’intérêt des patients et la qualité du service public au cœur de leur engagement.

Reconnaissance et soutien à ceux qui soignent

Il est essentiel de rappeler que, malgré les difficultés, les équipes médicales mauritaniennes continuent d’assurer des services sensibles comme la réanimation, les urgences, l’hémodialyse ou la chirurgie, souvent dans des conditions exigeantes.

Des projets d’extension hospitalière, comme celui de l’hôpital de l’Amitié en partenariat avec la Chine, témoignent d’efforts structurels, mais ils doivent s’accompagner d’une amélioration concrète et quotidienne des conditions d’exercice.

Honnorer les médecins et la communauté médicale, c’est :

Reconnaître leur engagement quotidien et leur sens du service public.

Soutenir leurs demandes légitimes de moyens et de dialogue.

Encourager une culture de responsabilité partagée : l’État fournit les moyens, les soignants organisent l’excellence des soins, et la société soutient cet effort par sa confiance et son exigence citoyenne.

Pour un pacte renouvelé entre l’État, les soignants et la population

La santé est un bien commun.

En Mauritanie, elle repose sur un pacte implicite : la population confie sa vie aux soignants ; les soignants consacrent leur savoir et leur temps au service de tous ; l’État garantit les conditions matérielles et organisationnelles de cette mission.

Lorsque ce pacte est menacé par le manque de moyens, la réponse ne peut être le silence. Elle doit être une mobilisation respectueuse, structurée et courageuse de la communauté médicale, afin que chaque médecin, chaque infirmier, chaque agent de santé puisse exercer dans la dignité, et que chaque patient reçoive les soins qu’il mérite.

C’est à cette condition que la confiance sera préservée, et que le service public de santé mauritanien pourra pleinement honorer sa vocation : protéger, soigner et rassembler.

Abdoulaziz DEME

Le 01 Septembre 2026

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