Actualités économiques détailléesAccueil |

Mauritanie : l’acier porté par les grands projets énergétiques

La demande d’acier en Mauritanie devrait rester stable en 2026, tandis que les projets éoliens, solaires et d’infrastructures offrent de nouvelles perspectives au marché.

Mauritanie : la demande d’acier devrait rester stable à 100 000 tonnes en 2026, l’éolien appelé à devenir un nouveau moteur de croissance

Nouakchott — Rapide Info avec agences

La demande d’acier en Mauritanie devrait rester stable en 2026, autour de 100 000 tonnes de produits sidérurgiques finis, selon une nouvelle étude de marché. Alors que la construction résidentielle et les grands projets gaziers montrent des signes de ralentissement, le développement des énergies renouvelables, notamment l’éolien, pourrait constituer le prochain grand moteur de croissance du marché.

Un marché entièrement dépendant des importations

La Mauritanie ne dispose pas de production locale d’acier laminé et reste donc entièrement dépendante des importations, qui transitent principalement par les ports de Nouakchott et Nouadhibou.

Les fournisseurs chinois occupent une place importante sur le marché grâce à leurs prix compétitifs et à la flexibilité de leurs livraisons. Les producteurs européens, notamment de France, d’Espagne et de Belgique, conservent également une part significative, soutenue par les relations commerciales historiques.

La Turquie, le Maroc et le Sénégal complètent le paysage des fournisseurs, notamment pour les produits destinés à la construction, les treillis métalliques et certains produits laminés.

En raison de données commerciales parfois fragmentaires, les analystes ont reconstitué les volumes d’importation à partir des données portuaires de Nouakchott et Nouadhibou et des statistiques d’exportation des principaux pays fournisseurs.

Construction : un marché encore limité

La construction résidentielle demeure l’un des principaux débouchés de l’acier. Mais le secteur reste largement dominé par l’habitat informel et l’autoconstruction et ne bénéficie pas de vastes programmes publics de logements comparables à ceux observés dans d’autres pays d’Afrique du Nord.

Les infrastructures apportent toutefois une demande régulière.

Les ports de Nouadhibou et Nouakchott ont notamment fait l’objet d’importants travaux de modernisation. À Nouadhibou, les opérations de dragage et d’élargissement ont permis d’améliorer la capacité d’accueil du port. À Nouakchott, un projet évalué à environ 280 millions d’euros a permis d’approfondir le chenal et le bassin portuaire.

Dans le secteur ferroviaire, la réhabilitation de la ligne Zouérate–Nouadhibou, longue de 704 kilomètres, constitue également une source récurrente de consommation d’acier.

La SNIM utiliserait chaque année entre 10 000 et 15 000 tonnes de rails et d’équipements ferroviaires, notamment auprès de fournisseurs européens, pour répondre aux besoins d’entretien de cette infrastructure stratégique.

GTA : après le pic, le ralentissement

Le secteur gazier offshore a fortement contribué à la demande d’acier ces dernières années.

Le projet Grande Tortue Ahmeyim (GTA), développé par BP, Kosmos Energy et les partenaires nationaux mauritanien et sénégalais, a généré d’importants besoins en acier durant les phases de construction des infrastructures offshore.

Avec l’entrée en production du projet, cette source exceptionnelle de demande devrait toutefois progressivement s’atténuer en 2026.

Un nouveau relais pourrait cependant venir du projet gazier Banda & Tevet, situé à environ 55 kilomètres de Nouakchott.

Évalué à 1,4 milliard de dollars, le projet pourrait nécessiter environ 40 000 tonnes d’acier laminé de haute qualité pour les pipelines, les réservoirs et les infrastructures associées.

Un projet de centrale thermique au gaz de 365 MW, lié à la production de Banda, doit également accompagner ce développement. Sa première phase de 200 MW est annoncée pour une mise en service à l’horizon 2028.

L’éolien, nouveau pari pour l’acier mauritanien

À plus long terme, c’est toutefois le secteur des énergies renouvelables, et en particulier l’énergie éolienne, qui pourrait transformer le marché de l’acier en Mauritanie.

Le pays dispose d’un potentiel éolien exceptionnel sur sa façade atlantique. Pourtant, les capacités actuellement installées restent limitées, avec environ 132,4 MW répartis entre deux parcs éoliens.

Le principal obstacle est désormais le réseau électrique.

Le réseau de la SOMELEC doit être modernisé pour pouvoir absorber une production renouvelable plus importante et variable. Les nouveaux projets éoliens doivent ainsi être associés à des capacités de stockage.

Un contrat conclu fin 2025 prévoit notamment un ensemble comprenant 60 MW d’éolien, 160 MW de solaire et 370 MWh de stockage par batteries, avec une mise en service annoncée pour fin 2026.

Une nouvelle ligne électrique stratégique

La construction de la ligne de transport 225 kV Nouakchott–Kiffa constitue l’un des projets les plus importants pour accompagner cette transition énergétique.

Longue d’environ 600 kilomètres, cette ligne doit permettre de renforcer le réseau national et de faciliter l’intégration de nouvelles capacités renouvelables.

SOMELEC a annoncé début août que les 184 premiers kilomètres avaient déjà été réalisés.

Le projet devrait mobiliser environ 12 000 tonnes de profilés galvanisés et de tôles d’acier destinés notamment aux pylônes, aux postes électriques et aux structures associées.

À l’échelle du marché mauritanien, il s’agit donc d’un projet particulièrement important pour la consommation d’acier.

À terme, le réseau pourrait être prolongé jusqu’à la frontière malienne, portant sa longueur totale à environ 1 373 kilomètres, pour un investissement estimé à 888 millions de dollars.

L’objectif est également régional : permettre à la Mauritanie de valoriser ses futurs excédents d’électricité renouvelable en les exportant vers le Mali et d’autres pays du Sahel confrontés à des déficits énergétiques.

Trois méga-projets à très fort potentiel

Plusieurs projets de grande ampleur pourraient, à plus long terme, renforcer considérablement la demande d’acier :

  • AMAN : complexe éolien et solaire de 18 GW, évalué à environ 40 milliards de dollars et développé par CWP Global ;
  • Nour : projet éolien-solaire de 10 GW, porté par Chariot Energy ;
  • MGA : complexe éolien-solaire de 550 MW près du port de Nouakchott, évalué à environ 1,5 milliard de dollars et développé par Hynfra et Maurev Sarl, avec une première phase annoncée pour 2030.

Ces projets restent toutefois à des degrés de maturité différents et leur réalisation dépendra notamment des conditions de financement, des infrastructures de transport électrique et de la finalisation des accords avec les autorités.
Pour 2026, les prévisions tablent sur une demande physique d’acier d’environ 100 000 tonnes, soit un niveau globalement stable.

Le ralentissement des besoins liés à GTA devrait être compensé par l’entretien ferroviaire, les nouveaux travaux d’infrastructure et les premières dépenses associées à la ligne électrique Nouakchott–Kiffa.

En valeur, le marché pourrait néanmoins progresser pour atteindre environ 62 millions de dollars, sous l’effet notamment de la hausse des prix des produits tubulaires et des rails.

À plus long terme, les perspectives apparaissent plus dynamiques.

Si la Mauritanie parvient à moderniser son réseau électrique et à concrétiser une partie de son important portefeuille de projets renouvelables, l’énergie éolienne pourrait devenir l’un des principaux moteurs de la demande d’acier dans le pays, aux côtés — voire à terme devant — la construction et le secteur gazier.

Rapide Info avec agences

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires