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Hommage à Mahmoud Ould Saïd et Ahmed Salem Ould Demba

Hommage à Mahmoud Ould Saïd et Ahmed Salem Ould Demba

Hommage et révérence_, je vous les adresse aujourd’hui, à vous qui reposez dans deux tombes pures et abandonnées. Vous étiez parmi nous deux héros uniques, qui avez vécu pour une cause juste. Vous avez subi une torture barbare, et vous êtes restés fermes dans vos opinions libres et vos positions nobles, inflexibles face à une machine dont les fibres étaient faites du bois de l’enfer et des braises de la fournaise : ni pitié, ni clémence, ni compréhension… jusqu’à ce que vous mouriez des complications féroces de cette torture policière abjecte.

Je vous salue aujourd’hui pour que vous ne restiez pas oubliés, effacés de la mémoire, dans une patrie sans mémoire, qui néglige son histoire, se détourne de ceux qui ont forgé les vraies gloires, passe sous silence le rôle des braves, et efface toute trace laissée par les grands combattants dignes d’être immortalisés dans la mémoire collective, dans les programmes scolaires et dans les livres d’histoire.

Je vous salue aujourd’hui avec pudeur, réserve et honte, car ma nation, dans sa soif de marginalisation, a tourné votre page et ne vous a pas traités en courageux intrépides méritant la glorification. Et parce que mon pays, avec ses mensonges, a trahi votre parcours pur et ne l’a pas enseigné aux enfants pour semer en leur conscience les principes, la patience, les valeurs du refus et les fondements de la justice.

Je vous salue parce que vous n’avez pas trouvé de pleureuses ni de lamentations comme d’autres qui ont sacrifié leur vie, un jour funeste et malheureux, pour cette patrie. Pas de poèmes sublimes qui chantent votre élégie, pas d’articles nécrologiques ornés de prose poétique pour faire l’éloge de vos exploits, pas de conférences commémoratives pour perpétuer votre souvenir.

Ô vous, compagnons des deux tombes pures, recevez de moi tout le salut au nom des suppliciés déchirés sur terre… au nom des broyés dans les ruines de notre carrefour existentiel errant… au nom des orphelins, des veuves et des spoliés… au nom des brises de la liberté magnifique… au nom de chaque plume libre et rebelle… au nom de chaque lettre enivrée, égarée dans son ivresse spirituelle… au nom de l’amour miséricordieux et suave… au nom des paupières mouillées de larmes silencieuses et abondantes… au nom des sanglots de vos enfants et de leurs cœurs blessés et brûlés, qui répètent à chaque crépuscule triste : _“Et mes blessures refusent de refermer leurs lèvres”_… Salut qui embaume le parfum de l’affranchissement, qui exhale l’arôme du salut, qui bouillonne de l’espoir imminent et pressant.

_Ahmed Salem Ould Demba et Mahmoud Ould Saïd* : voilà deux noms que Dieu abritera sous Son ombre le jour où il n’y aura d’ombre que la Sienne. Chaque rue où vous avez manifesté pour libérer les esclaves chantera pour vos âmes, et chaque symphonie qui cherche à tirer l’être humain des cavernes de l’injustice et de l’oppression fredonnera vos qualités. Et chaque tableau digne de Vinci vous peindra, lui qui aime la liberté et aspire à l’égalité.

Le défunt Ahmed Salem Ould Dambe est né en 1954 à Néma. Diplômé du corps administratif, il a été nommé hakem pendant un temps dans la moughataa de Kiffa. Arrêté en 1980 pour appartenance au mouvement _El Hor_ dont il était un des fondateurs, il était convaincu que _“les gens, en choisissant le silence, donnent au tyran le feu vert pour persévérer dans sa tyrannie”_. Il a donc subi une torture atroce, qui lui a fait _“perdre conscience”_. Il a ensuite vécu presque paralysé, jusqu’à rejoindre le compagnon suprême en 2003.

Quant au défunt Mahmoud Ould Saïd, il est né en 1942 à Mederdra. Maçon de métier, il a exercé d’autres métiers sans pour autant renoncer à la politique au sein du mouvement des _Kaddahines_, où il a joué des rôles de premier plan. Il faisait partie des premiers jeunes à se révolter contre la pratique de l’esclavage et l’exploitation de l’homme. Il a rejoint _El Hor_ comme chef de terrain avec une longue expérience dans la mobilisation des masses. _El Hor_ fut le premier mouvement à s’opposer à l’esclavage, non seulement au niveau national et régional, mais dans toute l’histoire contemporaine du continent noir. Ce fut aussi la première organisation mauritanienne ciblée par le régime militaire au pouvoir. En mai 1980, elle subit une vague de traques et d’arrestations au cours desquelles certains de ses dirigeants connurent les pires tortures avant que 18 d’entre eux ne soient traduits en justice à Rosso. Le défunt Mahmoud Ould Saïd était l’un d’eux : il fut parmi les torturés et parmi les jugés.

Après sa libération, il a été convoqué plusieurs fois dans différents commissariats. Intransigeant, il refusait toute concession sur son combat pacifique pour libérer les esclaves, interdire leur vente et les intégrer dans la vie active comme citoyens jouissant de tous leurs droits. Son corps fut affecté par les tortures répétées, et il commença à en subir les complications, année après année, jusqu’à ce que la mort le surprenne en 1985, la tête haute et la conscience tranquille… _“Et c’est auprès d’Allah que les adversaires se retrouveront”_.

Ces deux éminents militants des droits humains ont donné, l’un sa vie dans la lutte contre l’esclavage, au service des principes de justice et d’équité, dans une quête incessante pour placer la cause des Haratines au cœur des sujets exigeant une solution radicale, sérieuse et juste. L’autre a donné sa _“conscience”_ et sa vie, pour que les générations suivantes vivent l’égalité en droits et en devoirs, loin de l’esclavage, de la culture de la supériorité et de la mentalité hiérarchique.

Ils n’étaient pas les seuls à subir les sévices, les interrogatoires, la torture et la violence policière aveugle. Des compagnons ont aussi souffert, parmi eux : Boubacar Ould Messaoud, Samori Ould Bi, Omar Ould Yali, Oum El Eid Oual, Mbarecka Sy, Bijel Ould Hmeida, Achour Ould Dambe, Achour Ould Samba, El Bechir Ould Enmeraye, El Maouloud Ould Maguine, Mahmoud Ould Jeri, Abbah Ould Abiah, El Kihal Ould Mohamed Abd, Mohamed Abdallah Ould Moattalah, Esghayr Ould Mbarek, Mohamed Ould Samba, Mohamed Ould Messaoud, Sidi Abdallah Ould Mahmoud, Ali Ould Mahmoud, Mohamedne Ould Arbah, Mohamed Ould El Heimer, Ahmed Ould El Heimer, Bilal Ould Dama, Mbarek Ould Samba Fall, Abdellahi Ould Mahmoud… et toute la liste des victimes des pratiques violentes et humiliantes qui ont visé les membres et fondateurs de ce grand mouvement. Il a changé les méthodes de lutte pour les droits humains et a forcé les autorités à faire des révisions juridiques. Il a diffusé la conscience de la révolte contre les maîtres dans les villages, les vallées, les campements et les bidonvilles. Certes, depuis des années il n’est plus le seul sur le terrain, mais il gardera le critère de l’antériorité et le droit de paternité historique aux niveaux national et africain. Il est juste aujourd’hui de prier pour ceux de cette noble élite qui ont rendu l’âme, en demandant à Dieu de prolonger la vie de ceux qui restent et qui ont tracé pour l’être humain le chemin le plus court vers la liberté.

Par Saïd Mohamed Saïd

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