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Sept ans de Ghazouani : La Mauritanie a-t-elle vraiment progressé ?

Bilan de 7 ans de présidence Ghazouani en Mauritanie : stabilité sécuritaire, programmes sociaux et gaz face au chômage et aux inégalités sociales.

Analyse du bilan de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani après sept ans au pouvoir : la stabilité sécuritaire et l’aide sociale suffisent-elles à transformer durablement la Mauritanie ? Par Abdoulaziz DEME.

Après sept ans de présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, la Mauritanie s’illustre par une stabilité sécuritaire remarquable au Sahel, des avancées sociales inédites et un rôle diplomatique affirmé. Pourtant, entre dépendance aux ressources extractives, services publics sous pression et fractures sociales persistantes, le pays tarde à réaliser le « bond en avant » promis. Analyse d’un bilan davantage axé sur la consolidation que sur la rupture.

Sept ans de présidence de Ghazouani : la Mauritanie a-t-elle vraiment fait un bond en avant ?

Après sept années de présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, la Mauritanie peut revendiquer des avancées réelles, notamment en matière de stabilité, de protection sociale, d’infrastructures et de diplomatie.

Mais un bilan honnête doit aussi reconnaître que le pays n’a pas encore réalisé le « bond en avant » annoncé par la communication officielle : les progrès restent inégaux, l’économie demeure dépendante des matières premières et les réformes politiques et sociales n’ont pas suffisamment transformé la vie quotidienne de la majorité des citoyens.

Une stabilité dans un Sahel instable !

La première réussite du président Ghazouani est la stabilité. Depuis 2019, la Mauritanie a évité les coups d’État, l’effondrement institutionnel et l’extension de la violence jihadiste qui ont touché plusieurs pays voisins.

Cette stabilité sécuritaire constitue un acquis important dans un environnement régional marqué par les crises politiques, les conflits et les tensions géopolitiques.
Le pouvoir a également privilégié une forme d’apaisement politique. Le dialogue avec certains partis et acteurs sociaux a permis de réduire la confrontation directe qui caractérisait parfois la vie publique.

Cette méthode, plus prudente que spectaculaire, a contribué à préserver la continuité de l’État.
Mais la stabilité ne doit pas être confondue avec une démocratie pleinement consolidée.

La Mauritanie reste classée parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 38 sur 100 selon Freedom House.

Le jeu politique demeure déséquilibré, et des rapports récents évoquent des restrictions visant l’opposition, des arrestations lors de contestations et une faible transformation des rapports de pouvoir.

La protection sociale : une avancée réelle
Le programme social constitue probablement l’aspect le plus visible de la présidence Ghazouani. La délégation Taazour, les transferts sociaux, le programme Tekavoul et l’élargissement de la couverture maladie ont permis à l’État de mieux cibler les ménages vulnérables.
La Banque mondiale estime que les programmes de protection sociale ont eu un impact positif sur les populations pauvres et la réduction des inégalités, même si les montants et le ciblage doivent encore être améliorés.

Cette politique a changé la relation entre l’État et une partie des citoyens. Dans un pays où les inégalités territoriales et sociales sont anciennes, la reconnaissance institutionnelle des ménages pauvres représente une évolution importante.

L’État ne s’est plus limité à construire des routes ou des bâtiments : il a commencé à prendre en charge, au moins partiellement, la vulnérabilité sociale.
Cependant, ces dispositifs restent davantage des mécanismes de compensation que des instruments de transformation.
Ils soulagent la pauvreté sans toujours créer suffisamment d’emplois, de revenus durables ou d’autonomie économique.

La pauvreté rurale demeure particulièrement élevée : en 2025, elle était estimée à 38,9%, contre 11,6% en zone urbaine selon la Banque mondiale.

L’école républicaine : une ambition nécessaire

La réforme de l’école républicaine cherche à faire de l’éducation un espace de cohésion nationale, de citoyenneté et de réduction des inégalités.

Le gouvernement affirme que le nombre d’enseignants dans les classes est passé de 9 607 en 2019 à 17 222 en 2023, tandis que les cantines scolaires ont connu une forte expansion.

Ces efforts vont dans le bon sens.
L’école peut contribuer à réduire les fractures sociales, linguistiques et communautaires, à condition que la réforme soit appliquée avec équité et qu’elle améliore réellement le niveau des élèves.
Le principal risque est de transformer l’« école républicaine » en slogan administratif ou en projet centralisé imposé sans débat suffisant.

Une réforme scolaire ne se mesure pas seulement au nombre de salles de classe ou de tables-bancs.

Elle se mesure aussi aux résultats, à la qualité de la formation des enseignants, à la maîtrise de la lecture, aux conditions d’apprentissage et à la capacité de l’école à traiter les injustices historiques.

Une économie encore dépendante !

Le président Ghazouani a lancé ou accompagné plusieurs projets dans les domaines du gaz, de l’énergie, de l’eau, des infrastructures, de l’agriculture, de la pêche et du numérique.

Le projet gazier Grande Tortue Ahmeyim a commencé à produire en 2025, mais son effet immédiat sur la croissance a été limité par la fin de grands travaux et le ralentissement de l’investissement privé.
La croissance économique a été soutenue certaines années : elle a atteint 6,4% en 2023 et 5,2% en 2024, avant de ralentir en 2025.

Ces chiffres sont encourageants, mais ils ne suffisent pas à démontrer une transformation structurelle.

La Banque mondiale rappelle que la croissance mauritanienne est historiquement volatile et dépendante des secteurs extractifs. Sur les deux dernières décennies, la croissance moyenne n’a été que de 3,5%, en dessous de celle de pays comparables, tandis que l’objectif national de 7,5% n’a été atteint que rarement.

Le gaz offre donc une opportunité, mais aussi un danger.

S’il finance uniquement des dépenses publiques, enrichit quelques secteurs et renforce la dépendance aux exportations, il ne produira pas le développement attendu.

Pour constituer une véritable rupture, les revenus gaziers doivent financer l’éducation, la santé, l’agriculture, l’eau, les collectivités territoriales et la création d’emplois.
Des infrastructures visibles, mais des services encore fragiles
Les investissements publics ont amélioré certaines routes, l’accès à l’eau, l’électricité, les équipements scolaires et les infrastructures urbaines.

La modernisation de Nouakchott et le désenclavement de certaines zones montrent une volonté de rattrapage.

Mais les citoyens évaluent aussi l’État à travers des réalités quotidiennes : la qualité des hôpitaux, la disponibilité des médicaments, le prix des denrées, l’accès à l’eau, la régularité de l’électricité, la propreté des villes et les possibilités d’emploi. Sur ces sujets, le bilan reste mitigé.
La croissance démographique, l’urbanisation rapide et l’arrivée de populations déplacées ou migrantes exercent une pression croissante sur les services publics.

L’État investit, mais il peine encore à assurer une présence efficace et équitable dans l’ensemble du territoire.

La diplomatie : une influence renforcée .

La Mauritanie a renforcé son image de pays stable et de partenaire fiable dans la région. La présidence de l’Union africaine en 2024-2025 a offert au président Ghazouani une visibilité diplomatique importante et a permis à Nouakchott de jouer un rôle dans les discussions africaines et sahéliennes.

Cette diplomatie d’équilibre est l’un des points forts du régime.

La Mauritanie entretient des relations avec des partenaires divers, tout en évitant de s’aligner totalement sur les rivalités régionales.
Dans un Sahel fragmenté, cette prudence constitue un avantage stratégique.
Mais le rayonnement international ne doit pas masquer les problèmes internes.

Une diplomatie active ne remplacera jamais une justice indépendante, une administration performante ou une politique économique créatrice d’emplois.
La lutte contre la corruption : un précédent important
Le procès de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz a constitué un événement inédit dans l’histoire politique récente du pays.

Sa condamnation en appel à quinze ans de prison pour enrichissement illicite et blanchiment a été présentée comme un rare exemple de reddition de comptes visant un ancien chef d’État africain.

Cette procédure montre qu’un ancien président n’est plus nécessairement protégé par son statut. Elle peut contribuer à renforcer l’idée que les ressources publiques appartiennent à la nation et non aux dirigeants.
Mais une véritable lutte contre la corruption ne peut pas se limiter au procès d’un ancien président. Elle doit concerner les marchés publics, les entreprises publiques, les administrations, les collectivités, les réseaux d’influence et les conflits d’intérêts.

Elle nécessite également davantage de transparence, un accès effectif à l’information publique et des institutions de contrôle réellement autonomes.

La Mauritanie ne dispose toujours pas d’une loi complète sur l’accès à l’information publique, ce qui limite le contrôle citoyen.

Les questions sociales toujours non résolues
Le bilan reste insuffisant sur les grandes fractures de la société mauritanienne : séquelles de l’esclavage, discriminations, inégalités entre communautés, marginalisation de certaines zones et faible représentation de nombreux citoyens dans les postes de responsabilité.

La stabilité politique ne signifie pas que la justice sociale a été réalisée.

Une paix durable exige que chaque Mauritanien puisse accéder de manière équitable à l’école, à l’emploi, à la terre, aux soins et à la représentation politique.
Les critiques des organisations de défense des droits humains et de certains acteurs de l’opposition doivent donc être entendues, même lorsqu’elles dérangent le récit officiel.

La lutte contre les discours de haine ne doit pas devenir un moyen de réduire au silence les revendications légitimes contre le racisme, l’exclusion ou les injustices sociales.

Alors, un bond en avant ?

Un bilan de fondations, pas de rupture
Ghazouani a apporté à la Mauritanie davantage de stabilité, une politique sociale plus visible, une diplomatie plus affirmée et plusieurs investissements importants. Il serait injuste de nier ces acquis.
Mais il serait tout aussi injuste de parler d’un bond en avant complet.

Le pays reste confronté à une pauvreté importante, à un chômage préoccupant, à une économie peu diversifiée, à des services publics inégaux et à des fractures sociales non résolues.
La Banque mondiale estime néanmoins que la pauvreté a reculé en 2025, passant de 27% à 25,2% selon son indicateur utilisé, ce qui indique une amélioration mais pas une rupture historique.

Le bilan le plus honnête est donc celui d’une présidence de consolidation, plutôt que d’une révolution politique ou économique. Ghazouani a stabilisé les fondations et ouvert des chantiers importants, mais il n’a pas encore transformé en profondeur le modèle mauritanien.

La véritable question des prochaines années sera simple : la stabilité servira-t-elle à construire une prospérité partagée, ou restera-t-elle un objectif en soi ?

La réponse dépendra de la capacité du pouvoir à passer des annonces aux résultats, des programmes sociaux aux emplois durables, des grands projets à la diversification économique, et du dialogue contrôlé à une démocratie véritablement pluraliste.
Abdoulaziz DEME simple observateur politique et économique.
Le 11 Août 2026

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