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Dialogue national : avons-nous le courage d’affronter les véritables défis de la Mauritanie ?

Dialogue national : avons-nous le courage d’affronter les véritables défis de la Mauritanie ?

Sommes-nous une classe politique réellement préoccupée par les défis structurels qui entravent le développement de notre pays, ou sommes-nous devenus les otages de nos propres calculs, de nos peurs et de nos postures idéologiques ?

Face à un dialogue national placé sous le sceau du consensus, une question fondamentale mérite d’être posée : de quoi avons-nous peur ?

Lors de ses différentes rencontres avec les acteurs de la majorité et de l’opposition, le Président de la République s’est attaché à réaffirmer un principe simple, mais fondamental pour toute démarche de concertation nationale : aucun sujet ne doit être exclu du débat, et aucune conclusion ne saurait être retenue en dehors d’un consensus entre les différentes parties prenantes.
J’ai également pris connaissance du nouveau document-cadre de consensus et de sortie de crise élaboré par le Coordinateur national du dialogue. À sa lecture, il apparaît comme une contribution sérieuse, cohérente et objectivement orientée vers le rapprochement des positions. Son principal mérite réside dans sa volonté de créer les conditions d’un dialogue inclusif, où aucune sensibilité politique n’est exclue et où aucun sujet n’est soustrait à la discussion. Il ne s’agit ni d’un texte de victoire pour les uns ni d’un texte de capitulation pour les autres, mais d’une base de travail destinée à favoriser la convergence des points de vue autour de l’intérêt supérieur de la nation.
Pourquoi, dès lors, tant de réticences ? Pourquoi certains acteurs s’emploient-ils à discréditer un processus dont l’objectif est précisément de permettre à la nation de réfléchir sereinement à son avenir ?
Force est de constater que deux questions concentrent aujourd’hui l’essentiel des crispations : le passif humanitaire et la question des mandats . Ces problématiques, qui méritent d’être abordées avec gravité et responsabilité, sont devenues les principaux points de blocage du débat national.
Concernant le passif humanitaire, il convient de rappeler qu’aucune nation ne peut durablement construire son unité sur le déni de son histoire. La reconnaissance des souffrances, la recherche de la vérité, la justice et la réconciliation constituent des impératifs moraux et politiques. Cependant, transformer cette question en instrument de confrontation permanente ou en fonds de commerce politique ne contribue ni à la réparation ni à l’apaisement. La mémoire doit être un levier de réconciliation et non un outil de division.
La question des mandats présidentiels mérite, elle aussi, d’être abordée avec sérénité et rationalité. Dans une démocratie mature, aucun sujet institutionnel ne devrait être soustrait au débat public. Discuter n’est pas décider ; débattre n’est pas imposer. Le principe du consensus constitue précisément la garantie que nul ne pourra voir ses positions marginalisées ou ses préoccupations ignorées.
Mais réduire les enjeux nationaux à ces seules questions serait une erreur stratégique majeure. Les véritables défis de la Mauritanie sont plus profonds et plus structurants. Ils touchent à la nature même de l’État, à son mode d’organisation, à son modèle de gouvernance et à sa capacité à assurer une représentation équitable de l’ensemble de ses citoyens.
Notre pays continue de porter les conséquences de choix institutionnels et politiques qui ont progressivement produit des déséquilibres dans la gestion de la diversité nationale. La question linguistique demeure l’un des grands défis de notre construction nationale. Elle ne peut plus être abordée sous le prisme de l’émotion ou de l’idéologie, mais à travers une réflexion sereine sur les conditions d’édification d’un État véritablement inclusif.
L’arabisation quasi exclusive de l’administration, de la justice et de nombreux secteurs stratégiques a profondément influencé les mécanismes d’accès aux fonctions publiques et aux centres de décision. Qu’on le veuille ou non, une partie importante de nos concitoyens estime que cette évolution a contribué à créer des déséquilibres dans la représentation et dans l’accès aux responsabilités. Ces perceptions méritent d’être entendues et discutées avec honnêteté intellectuelle.
La question des langues nationales, de leur statut, de leur promotion et de leur intégration effective dans les politiques publiques doit donc être posée avec responsabilité et courage. Plus largement, la Mauritanie gagnerait à engager une réflexion approfondie sur l’équilibre de ses institutions. Une Constitution n’est pas un texte sacré ; elle est un contrat politique et social appelé à évoluer pour répondre aux exigences de son temps.
L’histoire enseigne que les nations qui progressent ne sont pas celles qui évitent les débats difficiles, mais celles qui ont le courage de les affronter avec lucidité. Le véritable patriotisme ne consiste pas à dissimuler les problèmes, mais à les nommer afin de mieux les résoudre.
La Mauritanie se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire. Elle peut choisir la voie des procès d’intention, des calculs partisans et des blocages stériles. Elle peut aussi choisir la voie du dialogue, de la responsabilité et de la recherche sincère du consensus.
Le défi n’est pas de savoir qui gagnera le dialogue. Le véritable défi est de savoir si la Mauritanie gagnera enfin son rendez-vous avec elle-même.
Car notre pays mérite mieux que des polémiques sans fin. Il mérite une vision nationale partagée, fondée sur la justice, l’inclusion, l’égalité des chances, la reconnaissance de sa diversité culturelle et linguistique, et la volonté commune de construire un destin partagé.

21 juin 2026
Mamadou Moustapha Bâ

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