Mauritanie : Emploi, Énergie et Sécurité au cœur du Conseil des Ministres
Le gouvernement annonce la création de 30 000 emplois d'ici 2027 et détaille les mesures face à la hausse des prix des hydrocarbures. Analyse complète.

Entre promesses de plein emploi pour la jeunesse et gestion de crise énergétique, le gouvernement mauritanien joue l’équilibriste. Mercredi soir, lors du traditionnel compte-rendu du Conseil des ministres, les membres de l’exécutif ont dévoilé une feuille de route ambitieuse : 30 000 emplois à l’horizon 2027 et une stratégie de croissance (SCAPP) réorientée. Mais face à un baril de pétrole qui s’envole et des tensions persistantes à la frontière malienne, le discours officiel se veut aussi une mise au point sur la souveraineté et la résilience nationale.
Entre l’ambition de créer 30 000 emplois d’ici 2027 et la gestion tendue de la facture énergétique, le dernier Conseil des ministres dessine une feuille de route volontariste. Mais au-delà des chiffres, c’est un véritable test de résilience qui s’opère pour l’exécutif mauritanien.
Par Rapide info/Rédaction
Le rituel du mercredi soir a pris une tournure particulièrement dense cette semaine. Face à la presse, trois membres du gouvernement — El Houssein Ould Meddou (Porte-parole), Mohamed Abdallahi Ould Louly (Jeunesse et Emploi) et Abdallahi Ould Souleymane Ould Cheikh Sidiya (Affaires économiques) — se sont relayés pour détailler les chantiers prioritaires d’une Mauritanie à la croisée des chemins entre croissance accélérée et instabilité régionale.
Le pari des 30 000 emplois : Réalité statistique ou souffle nouveau ?
C’est sans doute le dossier le plus scruté par l’opinion publique : l’emploi des jeunes. Le ministre Ould Louly a mis les points sur les « i » concernant la promesse présidentielle de créer 30 000 opportunités d’ici 2027. Avec un plan découpé en deux phases (20 055 emplois en 2026 et 23 220 en 2027), le gouvernement affiche une confiance mathématique.
Sur les réseaux sociaux, la réaction ne s’est pas fait attendre. Si certains saluent la transparence de la plateforme jobs.mr, d’autres s’interrogent sur la pérennité des « emplois ponctuels » évoqués par le ministre. Pour l’exécutif, l’enjeu est clair : transformer ces expériences de terrain en véritables tremplins de compétences. La « mauritanisation » des postes n’est plus un slogan, mais un défi de formation que le département de l’Emploi compte relever en tandem avec la Formation professionnelle.
Énergie : Le fardeau du baril à 100 dollars
L’autre grand dossier brûlant concerne le portefeuille des ménages. Le ministre des Affaires économiques a jeté un froid — nécessaire — sur la réalité des prix à la pompe. Alors que le baril frôle les 103 $, l’État mauritanien continue de porter à bout de bras le prix du litre de gasoil avec une subvention de 200 ouguiyas par litre.
« Nous invitons les Mauritaniens à rationaliser leur consommation », a martelé le ministre.
Un appel à la sobriété qui passe difficilement dans une économie encore fragile, mais qui souligne l’urgence de la transition vers la SCAPP 2026-2030 (Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée), dont le troisième plan d’action vise précisément à rendre la croissance moins dépendante des chocs extérieurs.
Souveraineté et « Fake News » à la frontière malienne
Enfin, le porte-parole du gouvernement a dû revêtir son costume de diplomate pour éteindre l’incendie médiatique concernant les tensions à la frontière avec le Mali. Entre rumeurs d’incursions et de détentions de soldats maliens, Houssein Ould Meddou a été catégorique : « Fausses nouvelles ».
En convoquant l’ambassadeur du Mali, la Mauritanie réaffirme sa souveraineté tout en maintenant sa tradition d’accueil humanitaire sous l’égide de l’ONU. Dans un Sahel en ébullition, Nouakchott joue la carte de la force tranquille, rappelant que la sécurité intérieure reste une ligne rouge infranchissable.
Le gouvernement semble avoir compris que la communication institutionnelle ne suffit plus. En détaillant les profils techniques recherchés (électriciens, gestionnaires, techniciens de pompage), il tente de reconnecter les diplômés avec la réalité du marché. Cependant, le succès de cette politique dépendra de la capacité de l’État à maintenir ses subventions énergétiques sans creuser un déficit abyssal, tout en naviguant dans les eaux troubles de la géopolitique régionale.



