Mon analyse sur la situation au Mali ! Deme Abdoulaziz

La dégradation récente de la situation sécuritaire au Mali met en lumière les limites de la stratégie adoptée par les autorités militaires depuis leur prise de pouvoir en 2020. L’offensive coordonnée du 25 avril, menée conjointement par des groupes jihadistes affiliés au JNIM et des rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad, marque une évolution significative du rapport de force sur le terrain.
Cette coopération entre acteurs aux objectifs distincts mais convergents n’est pas sans précédent.
Elle rappelle les configurations observées en 2012, lorsque des alliances tactiques avaient permis une prise de contrôle rapide du nord du pays. La reprise de villes stratégiques comme Kidal et Mopti suggère une capacité renouvelée des groupes armés à exploiter les failles du dispositif sécuritaire étatique, notamment dans les zones de transition entre le nord et le centre.
Le rôle des partenaires extérieurs constitue un autre élément d’analyse. Le recentrage des autorités maliennes vers la Russie, après la rupture avec les forces françaises et européennes, visait à renforcer l’ultimatum opérationnelle contre les groupes armés. Toutefois, les récents événements soulèvent des interrogations sur l’efficacité réelle de ce partenariat, en particulier au regard du retrait ou de la faible implication apparente des contingents russes lors de l’offensive.
Cela met en évidence les limites d’une externalisation partielle de la sécurité nationale.
Sur le plan politique interne, la centralisation du pouvoir et la restriction de l’espace public ont contribué à réduire les capacités de médiation et de gestion des conflits locaux.
Or, dans un contexte sahélien marqué par la multiplicité des acteurs armés et des revendications territoriales, l’approche exclusivement militaire montre ses limites. La persistance de tensions entre le pouvoir central et certaines communautés du nord favorise des formes de recomposition des alliances, parfois au détriment de la stabilité nationale.ì
Par ailleurs, l’environnement régional apparaît fragmenté. L’Alliance des États du Sahel, bien qu’affichée comme un cadre de coopération sécuritaire renforcée, n’a pas, à ce stade, démontré sa capacité à répondre collectivement à une crise d’ampleur.
De même, les relations avec des acteurs clés comme l’Algérie restent marquées par des divergences stratégiques, ce qui complique la coordination régionale indispensable à la gestion des flux transfrontaliers et des groupes armés.
Dans ce contexte, plusieurs scénarios peuvent être envisagés à moyen terme.
Une consolidation des positions des groupes armés dans le nord pourrait conduire à une forme de partition de facto du territoire.
À l’inverse, une contre-offensive réussie des forces maliennes pourrait temporairement rétablir un équilibre, sans pour autant traiter les causes structurelles du conflit.
Enfin, une réouverture du dialogue politique, incluant les acteurs locaux et régionaux, pourrait offrir une voie de stabilisation plus durable, bien que politiquement complexe à mettre en œuvre.
L’évolution de la situation dépendra ainsi de la capacité des autorités maliennes à articuler réponse sécuritaire, stratégie politique et coopération régionale dans un environnement particulièrement instable.
Abdoulaziz DEME
Simple observateur politique.
Le 02 Mai 2026



