72 îlot L à Nouakchott : une veuve campe devant sa maison
Une décision de 2017 aurait donné raison aux Koumé. Neuf ans plus tard, ils ont été expulsés de la maison 72 îlot L à Nouakchott. Personne ne l’explique encore.

Depuis le 27 octobre, Fatou Kiné Sanghott, veuve d’Amadou Birane Koumé, vit sous une tente devant sa maison du 72 îlot L, à Nouakchott. Sa famille affirme que le bien avait été payé à la banque et qu’une décision de 2017 lui avait donné raison, mais qu’il a été vendu aux enchères à son insu, puis évacué. Rapide Info n’a pas encore pu recueillir la version des autres parties.
À Nouakchott, une veuve campe devant la maison que sa famille dit avoir payée
Une décision de 2017 aurait donné raison aux Koumé. Neuf ans plus tard, ils ont été expulsés. Personne ne l’explique encore.
Nouakchott, 4 novembre 2026
Depuis le 27 octobre, Fatou Kiné Sanghott vit sous une tente plantée devant la maison où elle a passé la majeure partie de sa vie, au 72 îlot L. Veuve d’Amadou Birane Koumé, elle y campe avec ses enfants. Sa famille assure que cette maison avait été entièrement payée à la banque, puis vendue aux enchères sans qu’elle en soit avertie.
Longtemps, l’affaire est restée dans l’ombre. Depuis quelques jours, des militants des droits humains, dont les activistes Beyrouck, sont venus voir la veuve sur place. Des acteurs de la société civile relaient son histoire, et plusieurs députés de l’opposition, dont Balla Touré et Khali Diallo, ont commencé à interroger la légalité de l’expulsion, selon la famille.
Celui qui parle pour elle, c’est son frère, Cherif Abdoul Kader Sanghott, aussi cousin et beau-frère du défunt.
Ce que raconte la famille
En 1973, Amadou Birane Koumé, diamantaire et commerçant, achète la maison. Elle est inscrite sous le titre foncier n° 1244. En 1985, il emprunte à la BMDC pour son commerce et met le bien en garantie. La banque garde alors le titre, comme c’est l’usage tant que le prêt n’est pas remboursé.
Puis la BMDC fait faillite. La Banque centrale de Mauritanie reprend ses dossiers et crée une agence chargée de recouvrer les créances. C’est auprès d’elle, affirme la famille, que M. Koumé a réglé la totalité de sa dette. En 2000, il reçoit la mainlevée de l’hypothèque. Mais le titre foncier, lui, ne lui est jamais revenu. Il aurait été retiré de son dossier.
Quelques années plus tard, la famille découvre que la maison a été vendue aux enchères, sans qu’elle en ait été informée.
Une décision de 2017, une expulsion en 2026
C’est le point le plus troublant. Selon M. Thiam, greffier à l’époque des faits et aujourd’hui retraité, l’affaire a été tranchée en 2017 en faveur de la famille Koumé, la partie adverse n’ayant pas apporté d’éléments solides. Les pièces remises par la famille indiquent que les documents invoqués pour justifier la vente ont été écartés, faute de valeur probante, comme reposant sur des faux.
Si ce jugement existe tel que la famille le décrit, une question reste entière : comment une expulsion a-t-elle pu avoir lieu neuf ans plus tard ? Et pourquoi la justice n’a-t-elle pas, à ce jour, poursuivi l’auteur éventuel de ces faux ? Nous n’avons pas, à ce stade, de réponse.
Ce qu’on ignore encore
Comment le titre a-t-il quitté le dossier ? Sur quelles pièces le notaire a-t-il établi l’acte de vente alors que la mainlevée datait de 2000 ? La famille pose ces questions. Elles relèvent, s’il y a lieu, de la justice.
Ce que demande la famille
Cherif Sanghott réclame la restitution du titre n° 1244, l’annulation de la vente, une enquête indépendante pour faux et usage de faux, et l’exécution de la décision de 2017. Il dit détenir l’acte d’achat de 1973, la mainlevée de 2000 et la décision de 2017, et se déclare prêt à les remettre aux autorités judiciaires.
Rapide Info n’a pas pu, à ce stade, joindre les autres parties concernées. Leur version sera publiée dès qu’elle sera recueillie.



