Actualité société MauritanieAccueil |

Nouakchott : L’expulsion de la famille Koumé suscite l’indignation et des interrogations juridiques

Expulsée de son domicile au 72 Ilôt L à Nouakchott malgré une décision de justice en 2017, la veuve Fatou Kiné Sanghott vit sous une tente. Analyse et réactions sur le litige du Titre Foncier n°1244.

Deux enfants de la famille Koumé assis sur un matelas au milieu de leurs affaires expulsées dans la rue à Nouakchott.Nouakchott : Une veuve sous une tente malgré une décision de justice de 2017 en sa faveur ?

Depuis le 27 octobre, Mme Fatou Kiné Sanghott, veuve de feu Amadou Birane Koumé, vit sous une tente devant son domicile du 72 Ilôt L. Une situation de précarité extrême qui soulève une question brûlante : pourquoi une mobilisation si faible des acteurs traditionnellement engagés sur les questions de justice sociale ?

Pourtant, sur le plan juridique, le dossier semblait clair. Selon les pièces versées par la famille de M. Cherif Abdoul Kader Sanghott, le litige porte sur le Titre Foncier n°1244 : acquisition en 1973, hypothèque en 1985, mainlevée bancaire en 2000 attestant du solde intégral de la dette.

Mieux encore, un rebondissement majeur vient d’être révélé. En effet, _selon M. TH, greffier au moment du jugement de 2017, aujourd’hui à la retraite, l’affaire avait déjà été tranchée en 2017 en faveur de la famille Koumé, faute d’éléments solides présentés par la partie plaignante._ Une décision qui rend l’expulsion actuelle d’autant plus incompréhensible pour la famille, qui affirme que la _non-restitution du titre foncier_ lors de la mainlevée en 2000 a ouvert la voie à une utilisation litigieuse au profit du plaignant. Face à cela, _M. Diagana parle d’une arnaque en vue d’accaparer la maison des Koumé et appelle l’État à agir._

Or, au-delà du simple litige foncier, c’est l’histoire d’une famille entière qui refait surface. Car comme le rappelle M. Bocoum, proche de la famille : _« Le sort s’acharne encore sur cette paisible famille. En effet, la famille Koumé avait le monopole du commerce textile Lagos et brodé en Mauritanie et du transport vers la vallée… Toute la richesse de la famille a été dilapidée lors des tristes évènements de 1989, leurs boutiques spoliées du marché de la Capitale… »_ Un passé douloureux qui donne une résonance particulière au drame actuel : après avoir tout perdu en 1989, la famille risque de perdre son dernier toit.

Sur place d’ailleurs, l’émotion est vive et le choc des voisins est palpable. Un voisin du quartier, témoin de la scène, confie ainsi : _« C’est vraiment injuste la manière dont la famille Koumé a été déguerpie, sans avertissement, des pick-up de la Police mettent une famille dehors. C’est inhumain vraiment. »_ Un témoignage qui pose frontalement la question du respect des procédures d’avertissement et d’exécution.

Et c’est là que le malaise devient le plus profond, car face à ce drame, trois silences assourdissants interrogent. D’abord, celui des organisations de défense des droits humains, dont aucun communiqué ni mission d’observation au 72 Ilôt L n’a été rendu public à ce jour, alors que la situation concerne une personne âgée et des enfants mineurs sous une tente. Ensuite, celui des créateurs de contenu, puisque peu relayé en dehors de quelques sites d’information, le dossier n’a pas été repris par les principaux blogueurs et influenceurs pourtant habituellement très actifs sur les affaires foncières à Nouakchott. Enfin, celui de la classe politique, où aucune interpellation parlementaire ni question écrite au Ministère de l’Intérieur ou de la Justice n’a été publiée concernant la légalité de l’intervention policière présumée du commissariat du tribunal central ou le statut du Titre Foncier n°1244.

Dernier développement : Selon les informations qui nous parviennent, plusieurs membres de la famille Koumé auraient été arrêtés suite à ce litige. Une situation qui a provoqué une vague de réactions : des parlementaires et des membres de la société civile commencent désormais à hausser le ton pour soutenir la famille et exiger des clarifications sur la légalité de la procédure.

Au final, la famille ne demande pas de faveur, mais simplement l’application du droit : une enquête indépendante, une expertise du titre foncier n°1244, et une vérification des décisions de 2017. M. Cherif Sanghott affirme disposer de l’ensemble des pièces et se dit prêt à les remettre aux autorités judiciaires compétentes, tandis que toutes les parties concernées restent ouvertes à s’exprimer pour garantir le principe du contradictoire.

Yahya Niane pour Rapide Info

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires