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El Guerguerat : Refoulement d’un journaliste au Sahara occidental | Liberté de la presse

Mohamed Mahamud Embarec, directeur de Maghreb Online, aurait été refoulé à El Guerguerat. Un incident qui relance le débat sur l'accès des médias au Sahara occidental.

À El Guerguerat, le refoulement d’un directeur de média ravive les interrogations sur la liberté de la presse au Sahara occidental

EL GUERGUERAT — Le refoulement rapporté de Mohamed Mahamud Embarec, directeur du média Maghreb Online, à son arrivée au poste frontalier d’El Guerguerat, relance les interrogations sur les conditions d’accès des journalistes aux zones contrôlées par le Maroc et, plus largement, sur la liberté d’informer autour du dossier du Sahara occidental.

Selon le récit communiqué par l’intéressé, les autorités marocaines lui auraient refusé l’accès au territoire après son arrivée au point de passage d’El Guerguerat. À ce stade, ce témoignage constitue le principal élément disponible concernant cet incident précis. Aucune confirmation indépendante du refoulement n’a toutefois pu être identifiée dans les sources consultées.

Cette prudence n’enlève rien à la portée de l’épisode. Le cas intervient dans un environnement où la question du Sahara occidental demeure particulièrement sensible pour les autorités marocaines et où les journalistes qui contestent ou questionnent le récit officiel sont régulièrement confrontés à des restrictions.

Un contexte médiatique déjà sous tension

Les rapports consacrés à la liberté de la presse dressent depuis plusieurs années un constat préoccupant. Reporters sans frontières classe en 2026 le Maroc et le Sahara occidental au 105e rang sur 180 dans son classement mondial de la liberté de la presse et souligne que le travail des journalistes est entravé sur plusieurs sujets sensibles, notamment le Sahara occidental.

Freedom House décrit pour sa part le Sahara occidental comme un territoire où les libertés civiles sont fortement restreintes. Son rapport 2026 rappelle que le Maroc contrôle la plus grande partie du territoire, tandis que le statut du Sahara occidental demeure, du point de vue des Nations unies, celui d’un territoire non autonome.

L’organisation relève également que les journalistes travaillant sur la question sahraouie sont particulièrement exposés aux restrictions. Dans son rapport précédent, elle indiquait que des journalistes de l’Equipe Media avaient notamment été arrêtés et expulsés lors d’une mission de reportage en 2024.

El Guerguerat, un point de passage hautement sensible

L’incident prend une dimension particulière en raison du lieu où il aurait eu lieu.

El Guerguerat constitue le principal point de passage terrestre entre le Sahara occidental contrôlé par le Maroc et la Mauritanie. Depuis la rupture du cessez-le-feu en novembre 2020, cette zone est devenue l’un des principaux symboles de la confrontation entre Rabat et le Front Polisario.

En novembre 2020, le Maroc avait annoncé une opération destinée à rétablir la circulation sur la route reliant le territoire à la Mauritanie. Le Front Polisario avait ensuite annoncé la fin du cessez-le-feu en vigueur depuis 1991.

Depuis, El Guerguerat est également devenu un axe économique et logistique important pour les échanges entre le Maroc, la Mauritanie et, plus largement, l’Afrique de l’Ouest.

Dans un tel environnement, le contrôle des mouvements et de l’information revêt nécessairement une dimension politique.

Le véritable enjeu : qui peut raconter le territoire ?

L’affaire Embarec pose surtout une question plus large : qui peut accéder au territoire, y travailler et en rendre compte ?

La question n’est pas nouvelle. Freedom House rappelle que les journalistes étrangers souhaitant couvrir le Sahara occidental ont historiquement fait l’objet d’un contrôle étroit de la part des autorités marocaines. L’organisation relevait déjà que les journalistes dont les reportages remettaient en cause la position marocaine pouvaient être expulsés, détenus ou empêchés d’exercer leur activité.

Cette situation donne une importance particulière à tout refus d’accès visant un professionnel de l’information.

Si le refoulement de Mohamed Mahamud Embarec est confirmé, il ne s’agirait donc pas simplement d’un différend administratif individuel. L’événement s’inscrirait dans une problématique plus vaste concernant l’accès des médias indépendants à un territoire au statut international contesté.

Une bataille qui se joue aussi sur le terrain de l’information

Le Sahara occidental n’est plus seulement un dossier militaire, diplomatique ou juridique. Il est également devenu une bataille de récits.

Rabat cherche depuis plusieurs années à consolider internationalement sa position sur le territoire, tandis que le Front Polisario continue de défendre l’option de l’indépendance. Dans cet affrontement, chaque reportage, chaque image et chaque témoignage peut contribuer à façonner la perception internationale du conflit.

C’est pourquoi la présence de journalistes indépendants demeure politiquement sensible.

Le rapport 2026 de Reporters sans frontières souligne précisément que les journalistes travaillant sur le Sahara font partie de ceux qui rencontrent les obstacles les plus importants dans l’exercice de leur profession.

Un incident qui appelle des explications

Le cas de Mohamed Mahamud Embarec mérite donc d’être documenté avec précision.

Les questions sont simples : pour quelle raison l’accès lui aurait-il été refusé ? Une décision formelle lui a-t-elle été notifiée ? S’agissait-il d’une interdiction temporaire, d’une mesure administrative ou d’une décision liée à son activité journalistique ? Les autorités marocaines ont-elles donné une justification officielle ?

Autant de questions qui restent ouvertes tant qu’une version officielle ou une confirmation indépendante n’est pas disponible.

Pour l’heure, il serait excessif de considérer cet épisode isolé comme la preuve définitive d’une « nervosité croissante » de Rabat. Mais il serait tout aussi imprudent de le considérer comme un simple incident sans portée.

À El Guerguerat, dans une région où la circulation des personnes, des marchandises et des informations est étroitement liée au conflit du Sahara occidental, l’accès d’un journaliste au territoire constitue en lui-même un sujet d’intérêt public.

La transparence des autorités marocaines sur les raisons de ce refus d’accès permettrait précisément de lever les ambiguïtés et de déterminer s’il s’agit d’une mesure administrative ordinaire ou d’une restriction liée à l’exercice du journalisme.

Source: Rapide info

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