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ACWA et IWA : deux projets structurants au service de l’énergie en Mauritanie

Avec le lancement de deux projets énergétiques majeurs portés par ACWA Power et Istithmar West Africa (IWA), la Mauritanie double sa capacité de production électrique en injectant 450 MW sur le réseau. Reposant sur un modèle inédit de partenariat public-privé et combinant gaz naturel et énergies renouvelables, cet investissement d’un milliard de dollars marque un tournant historique. Plus qu’une simple modernisation technique, c’est le socle d’une nouvelle souveraineté énergétique et industrielle qui se dessine pour le pays.

La Mauritanie vient de franchir une étape majeure dans la transformation de son secteur électrique avec le lancement de deux grands projets portés respectivement par ACWA Power et Istithmar West Africa (IWA), à travers sa filiale Istithmar Green Energy. Réalisés selon le modèle de la production indépendante d’électricité, dans le cadre de partenariats public-privé, ces investissements devraient profondément modifier la structure de la production nationale et contribuer à l’amélioration durable de la situation économique et sociale du pays.

Ces deux projets sont sans précédent en Mauritanie, compte tenu de leur envergure, de leur capacité de production, de leur coût et de leur mode de financement. Ensemble, ils représentent une capacité nouvelle d’environ 450 mégawatts, soit l’équivalent de la capacité installée du pays estimée à quelque 450 MW en 2025, et près d’un milliard de dollars d’investissements, dont une part majeure sera portée par des opérateurs privés. Ce mode de financement constitue, en lui-même, un signal fort : la mobilisation de capitaux privés sur le long terme traduit la confiance des investisseurs dans l’État mauritanien, sa stabilité institutionnelle, les perspectives de son économie et sa capacité à honorer ses engagements contractuels. Cette crédibilité est susceptible d’encourager d’autres investisseurs à s’engager dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et de l’industrie.

Le projet, développé par ACWA Power, porte sur la construction, à N’Diago, d’une centrale électrique à cycle combiné fonctionnant au gaz naturel, d’une capacité pouvant atteindre 230 mégawatts. D’un coût estimé à 669 millions de dollars, cette centrale sera développée dans le cadre d’un partenariat public-privé et d’un contrat de conversion d’énergie à long terme avec la SOMELEC. Elle utilisera le gaz du champ Grand Tortue Ahmeyim et devrait fournir une production pilotable, disponible en continu et indépendante des combustibles liquides importés. Le projet Banda Gas-to-Power, porté par GoGas autour des gisements de Banda et de Tevet, viendra compléter ce dispositif en fournissant du gaz national à la centrale électrique duale de Nouakchott.

Le second projet, porté par IWA à travers sa filiale Istithmar Green Energy, consiste en la réalisation d’une centrale hybride associant 160 mégawatts d’énergie solaire, 60 mégawatts d’énergie éolienne et un système de stockage par batteries d’une capacité de 370 mégawattheures. Cet investissement, évalué à environ 300 millions de dollars et entièrement financé par le secteur privé, permettra de valoriser deux ressources dont la Mauritanie dispose en abondance : le soleil, présent pendant la majeure partie de l’année, et le vent, particulièrement régulier sur la façade atlantique.

La complémentarité entre les deux projets constitue l’un de leurs principaux atouts. La centrale à gaz d’ACWA pourra assurer une production pilotable et relativement constante, tandis que la centrale solaire et éolienne d’IWA apportera une électricité renouvelable, appuyée par un important dispositif de stockage. Le gaz contribuera ainsi à la stabilité du système électrique, pendant que le solaire, l’éolien et les batteries permettront de réduire la consommation de combustibles et l’empreinte environnementale de la production.

Cette combinaison devrait renforcer considérablement la souveraineté énergétique de la Mauritanie. Pendant longtemps, le système électrique national a été exposé à la volatilité des cours internationaux du fioul et du gasoil, aux difficultés d’approvisionnement et aux coûts élevés de transport des combustibles, autant de facteurs qui ont exercé une pression constante sur la SOMELEC et fragilisé son équilibre financier. L’exploitation du gaz, du vent et du soleil comme sources énergétiques permettra de réduire cette dépendance extérieure et de mieux maîtriser les coûts de production.

À terme, la réduction des coûts moyens de production pourrait créer les conditions d’une baisse des tarifs. Une électricité plus fiable et plus accessible améliorerait directement les conditions de vie des populations, réduirait les dépenses énergétiques des ménages et faciliterait le développement des services essentiels, notamment l’approvisionnement en eau, la santé, l’éducation, la conservation des produits alimentaires et les activités artisanales.

Pour l’industrie, l’enjeu est encore plus déterminant. L’énergie représente une part importante, parfois décisive, des coûts de production, notamment dans des secteurs comme les mines, la sidérurgie, le ciment, le froid industriel, la pêche, l’agroalimentaire et le dessalement de l’eau. Dans certaines industries particulièrement énergivores, cette part peut atteindre des niveaux très élevés.

Une électricité stable et compétitive permettrait ainsi de réduire les coûts de transformation des matières premières mauritaniennes, d’améliorer la compétitivité des entreprises locales et d’attirer de nouveaux investisseurs. Au lieu d’exporter principalement des ressources brutes, la Mauritanie pourrait développer davantage d’activités de transformation dans les secteurs minier, halieutique et agricole, et créer ainsi une plus grande valeur ajoutée nationale. Cette industrialisation contribuerait à la création d’emplois qualifiés, à la résorption du chômage et à l’élargissement de la base productive nationale.

Les investissements dans la production d’électricité doivent toutefois être accompagnés par un renforcement rapide des infrastructures de transport et de distribution de l’électricité. Produire davantage d’électricité ne suffit pas si le réseau n’est pas en mesure de l’acheminer vers les centres de consommation dans de bonnes conditions de sécurité et de continuité.

La stratégie mise en œuvre par les autorités publiques semble avoir pris en considération cette exigence. À cet égard, la construction progressive d’un réseau national de transport à haute tension représente le second pilier de la transformation du secteur. Le projet de ligne de 225 kilovolts entre Nouakchott et Néma, associé à plusieurs postes de transformation et à des programmes d’électrification des localités traversées, viendra compléter les axes Nouakchott-Nouadhibou et Nouakchott-Keur Macène, ainsi que la ligne Nouakchott-Zouerate, dont l’achèvement est programmé en 2026. À ces infrastructures s’ajoute la composante mauritanienne du réseau de l’OMVS.

Cette mise en place progressive d’un véritable système électrique national interconnecté permettra de réduire le recours aux petites centrales thermiques isolées, coûteuses, polluantes et peu fiables. Ajoutées à la quote-part mauritanienne du productible des ouvrages hydroélectriques de l’OMVS, les nouvelles capacités gazières et renouvelables permettront au pays de se passer des centrales fonctionnant au fioul lourd et au gasoil. Elles faciliteront les échanges d’électricité entre les régions, l’intégration des centrales renouvelables, la mutualisation des capacités de production et la sécurisation des approvisionnements en énergie électrique.

Les projets d’ACWA Power et d’IWA ne doivent donc pas être considérés comme de simples centrales supplémentaires. Ils peuvent constituer le point de départ d’une nouvelle politique économique fondée sur la valorisation des ressources nationales, la mobilisation des capitaux privés, la modernisation du réseau et le développement industriel.

Leur réussite dépendra néanmoins de la transparence des contrats, de la maîtrise des engagements financiers de l’État, du respect des délais, de la qualité des infrastructures, du renforcement des compétences nationales et de la capacité de la SOMELEC à absorber et à distribuer efficacement les nouvelles quantités d’énergie.

Si ces conditions sont réunies et maintenues tout au long de leur mise en œuvre, comme cela semble être le cas, la Mauritanie pourra transformer ses potentialités naturelles (le gaz, le soleil et le vent) en un véritable levier de souveraineté, de prospérité et de progrès économique et social. L’énergie ne sera alors plus seulement un service public indispensable, elle deviendra l’un des principaux moteurs de l’industrialisation, de l’investissement et de la création de richesses dans le pays.

Dahane Taleb Ethmane

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