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le grand écart entre la promesse et la réalité !

le grand écart entre la promesse et la réalité !

La Mauritanie traverse aujourd’hui une crise de confiance qui ne peut plus être masquée par les discours officiels ni par les artifices de communication.

Alors que le pouvoir avait promis l’émergence, la réalité vécue par les populations est celle d’une précarité persistante, d’inégalités profondes, d’un accès difficile aux services essentiels et d’une gouvernance trop souvent perçue comme déconnectée des souffrances du pays.

Les constats disponibles montrent une fragilité sociale, économique et institutionnelle qui contredit brutalement l’image d’un pays en marche vers le développement .
Le fossé entre le programme annoncé et la situation réelle est devenu trop visible pour être ignoré.
Loin d’un décollage inclusif, le pays reste exposé à une pauvreté durable, à une insécurité alimentaire élevée, à des revenus fragiles et à une protection sociale encore insuffisante.

Un rapport du PNUD souligne que la couverture de protection sociale ne touchait que 6,6% de la population à la fin de 2020, bien en dessous de la moyenne africaine citée dans le document. Dans un tel contexte, parler d’émergence sans transformation concrète de la vie quotidienne relève davantage du slogan que du projet de société .

Une population sous pression.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’accumulation des souffrances ordinaires.

Les ménages affrontent la hausse du coût de la vie, la faiblesse des revenus, la difficulté d’accès aux soins, les ruptures dans l’éducation et l’érosion du pouvoir d’achat. Le rapport du PNUD indique que les revenus de 76% des ménages avaient baissé dès le début de la pandémie, et que 58,8% des ménages déclaraient encore une diminution des revenus un an et demi plus tard .

Ces chiffres ne décrivent pas une simple conjoncture difficile ; ils révèlent une vulnérabilité structurelle qui frappe surtout les pauvres, les ruraux et les travailleurs informels .

À cela s’ajoute une insécurité alimentaire alarmante.

Le même rapport note une aggravation de l’insécurité alimentaire grave, avec une progression de l’indicateur FIES dans le temps, et des zones rurales davantage touchées que les zones urbaines .

Quand une partie importante de la population ne sait pas de quoi demain sera fait, l’État ne peut pas se contenter de célébrer des indicateurs abstraits ou des annonces de façade. L’urgence n’est pas de vendre une vision, mais de garantir la dignité minimale des citoyens .

Gouvernance sous critique.

Le malaise mauritanien est aussi politique.
La gouvernance est souvent accusée de concentrer les ressources, d’entretenir des privilèges et de protéger des intérêts plutôt que de servir le bien commun.

Des critiques récentes évoquent même des “corruption systémique, contrats douteux, gaspillages à grande échelle” à propos du rapport 2022-2023 de la Cour des comptes, ce qui nourrit l’idée d’un usage contestable de l’argent public .

Dans le même temps, des voix de la société civile dénoncent des restrictions de libertés et une fermeture de l’espace public .
Le problème n’est pas seulement la mauvaise gestion ; c’est aussi l’impression d’impunité. Quand des citoyens peinent à survivre tandis que certains privilégiés semblent capter les ressources publiques, la rupture morale devient aussi grave que la crise économique.

Le discours officiel sur l’émergence perd alors toute crédibilité, car l’émergence ne se mesure pas seulement à quelques secteurs extractifs ou à des tableaux macroéconomiques, mais à la redistribution réelle des opportunités et à l’équité d’accès aux ressources .
Le pays réel

La Mauritanie ne manque ni d’atouts ni de potentialités. Elle dispose de ressources minières, d’un potentiel halieutique, d’un espace stratégique et de marges de développement dans l’agriculture, l’élevage et les services.

Mais ces atouts ne se transforment pas automatiquement en prospérité partagée.
Le rapport du PNUD rappelle que l’économie reste fortement dépendante des fluctuations de l’or, du minerai de fer et bientôt du gaz, avec un environnement des affaires et un système financier encore peu favorables au financement productif .

Autrement dit, la richesse existe, mais sa conversion en bien-être collectif reste défaillante .
C’est là que se situe le scandale politique majeur : un pays peut avoir des ressources et pourtant laisser sa population dans l’attente, la frustration et le désespoir.

Lorsqu’une économie demeure trop dépendante de quelques secteurs extractifs, sans investissement massif dans l’éducation, la santé, les infrastructures et la protection sociale, l’émergence reste un horizon lointain, voire un leurre .

Le développement n’est pas un discours ; c’est une politique de justice.
Ce qu’il faut dire clairement
Il faut avoir le courage de le dire : la Mauritanie ne souffre pas seulement de difficultés passagères, elle souffre d’un déficit de priorité sociale.
Les populations demandent de l’eau, des soins, des emplois, une école qui fonctionne, une administration juste, une justice crédible et un État qui protège au lieu d’exclure.

Or les éléments disponibles montrent encore des fragilités profondes en matière de santé, d’éducation, de sécurité alimentaire, de protection sociale et de cohésion sociale .
Le contraste avec la promesse d’un pays émergent est donc violent. Une promesse d’émergence qui ne se traduit pas par des résultats visibles dans la vie des plus vulnérables finit par être ressentie comme une tromperie politique.

Et lorsqu’un pouvoir demande de la patience sans offrir de justice, il fabrique surtout de la colère, de la défiance et du désenchantement.
Une exigence de rupture.

La Mauritanie n’a pas besoin de plus de proclamations, mais d’un changement de méthode. Il faut rompre avec la gestion par l’apparence, avec les privilèges, avec le gaspillage et avec la concentration des richesses entre quelques mains.

Les pistes identifiées par les institutions internationales vont dans un sens clair : renforcer la protection sociale, améliorer les services de base, soutenir les secteurs créateurs d’emplois, mieux gouverner les finances publiques et renforcer la redevabilité .
L’enjeu dépasse le seul mandat d’un chef d’État. Il s’agit de savoir si la Mauritanie veut rester un pays de promesses différées ou devenir un pays de droits effectifs.

Tant que la majorité vivra dans la précarité pendant qu’une minorité se gave de l’argent public, l’idée d’émergence restera une formule creuse.
Un pays ne devient pas émergent parce qu’il le dit ; il le devient quand ses citoyens le sentent dans leur assiette, dans leur école, dans leur hôpital et dans leur dignité.

Abdoulaziz DEME simple observateur politique
Le 29 Juin 2026.

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