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Le dialogue à l’épreuve du droit : l’art d’invoquer la clarté pour mieux négocier l’Impossible

Le dialogue à l’épreuve du droit : l’art d’invoquer la clarté pour mieux négocier l’Impossible

Un dialogue national est le lieu où s’expriment les ambitions d’une nation et les complexités de sa rhétorique politique. En Mauritanie, alors que le processus préparatoire s’est enlisé dans des divergences stratégiques, deux visions de la démocratie se confrontent à travers des tribunes et des écrans. D’un côté, la majorité présidentielle, soutenue par le parti Insaf, appelle à une approche globale et ouverte. De l’autre, les défenseurs de la Constitution rappellent fermement que la loi suprême n’est pas un ensemble d’options négociables.

Au cœur de cette discorde se trouve la clause des « mandats ». La majorité refuse de mettre cette question de côté au nom de l’exhaustivité du débat. En revanche, l’opposition et les constitutionnalistes la voient comme un précédent dangereux, verrouillé par l’esprit et la lettre de la Constitution.

Pour le pouvoir, récemment représenté par Yarba Ould El-Mane, membre du Comité permanent d’Insaf, la position est pragmatique, presque vertueuse. Comment peut-on prétendre mener un dialogue sincère si l’on commence par éviter les sujets difficiles ? Selon cette logique, un dialogue ne doit pas se limiter aux consensus doux, il doit s’attaquer aux véritables points de friction. En qualifiant une feuille de route qui classerait les dossiers d’ » inéquitable », la majorité tente de faire peser la responsabilité du blocage sur l’opposition. Pourtant, à cet argument, la sagesse arabe pourrait répondre : « Une vérité invoquée au service d’une finalité erronée ».
L’argument de l’inclusion absolue se heurte à un mur juridique. Tout peut être discuté dans une démocratie, mais tout ne peut pas être révisé. Confondre l’ouverture politique et la remise en question des fondements constitutionnels est donc un chemin risqué.

Le sanctuaire de l’article 99

La Constitution mauritanienne, à travers ses réformes successives, a été conçue pour protéger le pays des caprices du moment. L’article 99 est clair : il fixe la limitation du mandat présidentiel à deux quinquennats comme une norme intangible, au même titre que l’intégrité territoriale ou la forme républicaine de l’État. Ce « noyau dur » n’appartient ni aux majorités d’un jour ni aux oppositions de demain. Au contraire, il constitue le socle inébranlable de l’alternance démocratique.

Vouloir inclure la « durée des mandats » dans le débat sous prétexte d’examiner toutes les contingences nationales revient à ouvrir une boîte de Pandore que le constituant avait pourtant fermée. Par conséquent, en refusant de clarifier la nature de cette discussion, la majorité alimente, volontairement ou non, le soupçon d’une manœuvre dilatoire.

Sortir de l’impasse par le haut

Désormais, alors que le coordinateur du dialogue, Moussa Fall, tente de concilier les positions au travers d’un document de référence, la Mauritanie ne peut plus se permettre de rester immobile. L’argument d’Ould El-Mane, qui considère qu’il est « prématuré » d’évoquer un blocage, alors que le dialogue n’est qu’à sa phase préliminaire, sonne comme une demi-vérité. En réalité, cette phase préliminaire s’étire et menace de retarder indéfiniment des chantiers pourtant cruciaux.

L’enjeu réel du moment :

L’unité nationale, la justice sociale, la gouvernance économique et la sécurité dans un contexte sahélien très instable sont les véritables défis qui attendent les Mauritaniens.
Le pays peut-il raisonnablement suspendre son avenir à un débat constitutionnellement clos ? Au final, les acteurs politiques, tant de la majorité que de l’opposition, doivent accepter une vérité simple : respecter la Constitution. Ce n’est pas seulement appliquer ce qu’elle permet, c’est aussi protéger ce qu’elle interdit. Il est donc temps de mettre fin aux faux débats pour enfin engager de vraies réformes.

Ahmed Ould Bettar – Facebook

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