Mauritanie : Entre traditions séculaires et malentendus médiatiques
Malentendus médiatiques
Par Rapide info
Nouakchott — Une vidéo du voyageur bosnien Robert Dacešin alimente les discussions sur les réseaux sociaux, affirmant l’existence d’un « marché des femmes divorcées » en Mauritanie. Si l’intention du créateur de contenu semble être la mise en lumière d’une curiosité culturelle, ces propos suscitent une vive mise au point de la part des observateurs locaux et des citoyens. Il est essentiel de rétablir la nuance là où le sensationnalisme a pris le dessus.
Un cadre social régi par l’honneur et la foi
Il convient d’abord de rappeler une réalité fondamentale : la Mauritanie est une République Islamique. Dans cette société profondément attachée à ses valeurs religieuses, l’institution du mariage est sacrée, et la pudeur est une pierre angulaire du lien social. Contrairement à l’interprétation de certains médias étrangers, il n’existe aucun « marché » au sens littéral ou dégradant du terme visant les femmes divorcées.
Ce que la société mauritanienne rejette avec la plus grande fermeté, c’est l’adultère. À l’inverse, le divorce, bien que regretté, n’est pas synonyme de bannissement social.
La désirabilité de la femme divorcée : une exception culturelle
Là où le voyageur dit vrai, sans toutefois en saisir toute la subtilité, c’est sur le statut de la femme divorcée. En Mauritanie, une femme ayant déjà été mariée n’est pas stigmatisée. Elle est souvent perçue comme une femme d’expérience, mature et pleinement consciente des responsabilités domestiques et sociales.
La femme mariée jouit d’un respect absolu au sein de son foyer.
La femme divorcée conserve son attractivité et sa place dans la communauté, souvent célébrée par des festivités pour signifier qu’elle est à nouveau libre de reconstruire sa vie.
L’économie du foyer : droit de propriété et pragmatisme
Le point le plus mal interprété concerne la vente d’objets domestiques ou du mariage. Ce que certains qualifient de « marché des divorcées » n’est en réalité qu’une pratique économique pragmatique et parfaitement légitime.
En Mauritanie, la coutume veut qu’une grande partie du mobilier et des équipements de la maison soit fournie par la famille de l’épouse lors du mariage. En cas de séparation, ces biens lui appartiennent de plein droit. Qu’une femme décide de vendre ces objets pour subvenir à ses besoins, renouveler son intérieur ou marquer un nouveau départ est un acte de gestion ordinaire.
« Il n’y a aucun problème à ce qu’une femme dispose de ses propres biens », expliquent de nombreux citoyens. « C’est un droit de propriété fondamental, pas un folklore pour touristes. »
La Mauritanie offre une vision du statut de la femme qui déroute parfois les schémas occidentaux ou orientaux. Si la femme divorcée y est effectivement recherchée pour sa maturité, il est réducteur et erroné de parler de « marché ». Il s’agit plutôt d’un système social qui, tout en condamnant l’immoralité, refuse de condamner les femmes aux marges de la société après un échec matrimonial.



