Relation France-Mauritanie: Dans un Sahel secoué par les crises politiques et la montée des insécurités, la Mauritanie s’impose comme un partenaire clé et relativement stable pour la France.

Relation France-Mauritanie – La visite d’État du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à Paris, le 15 avril 2026, en a donné une illustration claire : au-delà du protocole, c’est une relation stratégique qui se consolide.
Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont rompu avec leurs anciens alliés occidentaux pour se tourner vers Moscou, Nouakchott a choisi une autre voie.
Celle d’un équilibre assumé, sans rupture brutale ni alignement automatique.
Une posture pragmatique dans une région où les basculements géopolitiques sont souvent radicaux.
Cette stabilité relative s’explique en grande partie par une stratégie sécuritaire singulière. Depuis la fin des années 2000, les autorités mauritaniennes ont fait le pari d’une lutte à la fois militaire et idéologique contre le djihadisme. Programmes religieux encadrés, mobilisation des imams, contre-discours diffusés dans les mosquées comme en ligne : l’objectif est clair, saper la légitimité des groupes extrémistes à la racine.
Résultat : aucune attaque terroriste majeure sur le sol mauritanien depuis 2011, malgré une frontière de plus de
2 000 kilomètres avec le Mali.
En parallèle, l’armée a été profondément transformée, avec des moyens renforcés et une doctrine plus mobile, adaptée aux réalités du terrain saharien.
Pour Emmanuel Macron , la Mauritanie apparaît ainsi comme un point d’ancrage précieux dans une région devenue largement hostile.
La France, de son côté, a amorcé un virage stratégique : moins de bases visibles, plus de coopération ciblée et discrète. Une évolution contrainte par le rejet croissant de sa présence dans plusieurs pays africains.
Mais cette relation ne doit pas masquer les fragilités persistantes. La Mauritanie reste exposée aux tensions régionales, aux défis économiques et à une pression migratoire importante.
Sa stabilité tient autant à ses choix politiques qu’à des équilibres internes encore précaires.
Surtout, le relatif reflux du sentiment anti-français observé récemment ne signifie pas un retour de confiance durable.
Il reflète davantage la déception face à d’autres partenaires, notamment russes, que l’adhésion à une nouvelle dynamique avec Paris.
Dans ce contexte, la Mauritanie fait figure d’exception plus que de modèle.
Un partenaire fiable, certes, mais dans un environnement où les équilibres restent mouvants.
Pour la France, l’enjeu est désormais clair : transformer cette relation privilégiée en succès concret, sans reproduire les erreurs du passé.
© Abdoulaziz DEME
Observateur de la vie politique en Mauritanie
Le 28 Avril 2026



